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saison 2009/2010

  • Écrits de spectateur (4) : Jérôme - DERNIER BILLET • Coup de théâtre




    Chers tous,

    Nous sommes le 30 juin : c'est donc le dernier billet de cette saison.

    Pour l'occasion, je laisse la place à Jérôme, lecteur du blog de l'Athénée (et créateur de celui-ci). Après Laetitia, Pierre et Jean, c'est le quatrième spectateur à écrire sur ce blog.

    Jérôme est venu à l'Athénée à trois reprises pour me suivre dans mon travail : ayant passé deux saisons à coller les artistes et techniciens avec mon appareil photo et mon micro, subir le même traitement était sans doute un juste retour des choses.

    Voici donc le texte et les photos de Jérôme. À vrai dire, je suis gênée de tant de gentillesse : je précise donc que je n'ai pas payé Jérôme pour qu'il écrive mon hagiographie et que je n'ai rien censuré, excepté pour les photos où je ne souhaitais pas être trop reconnaissable (vous vous doutez bien que j'aimerais marcher tranquillement dans la rue sans me faire assiéger par des cohortes de fans !…).

    Avant de laisser la parole à Jérôme, je remercie très sincèrement et chaleureusement toute l'équipe de l'Athénée (Patrice, Christine, Denis, Dominique, Julie, Amandine, Yan, Alexandra, Églantine, Florence, Isabelle, Laura, Naïma, Sylvie, Aline, l'équipe des ouvreurs, Mano, Jano, Marguerite, Thomas, Patricia, Moulaye), les techniciens intermittents (en particulier Yoann, Liza, Richard, Thomas et Sébastien) et bien sûr tous les artistes de la saison.
    Je vous remercie également, vous mes chers lecteurs, sans qui je ne servirais à rien.

    À l'année prochaine! Le blog reprendra mi-septembre.



    Pour l'heure, place à Jérôme :



    "Dans la peau de Clémence Hérout


    Je ne sais plus comment ça s'est trouvé. Un jour, Clémence et moi, nous nous sommes dit que ce serait bien que quelqu'un la suive dans ses expéditions à l'Athénée. Je connaissais un peu Clémence pour avoir refait de temps en temps le monde de la critique de spectacle avec elle et un groupe de blogueurs.
    Mine de rien, pour photographier ce que Clémence a photographié, pour capter ce qu'elle a capté, il fallait nécessairement qu'elle fût tantôt acrobate, équilibriste, passe-muraille, souris dans un trou à rats. Je me voyais donc déjà suivre une Catwoman au bout d'un filin d'araignée. Mais non, j'en suis témoin : tout ce que vous avez vu sur ce blog a été réalisé avec les moyens les plus simples et les plus rationnels du monde, sans aucun trucage.

    Clémence n'opère que de jour, n'use que d'escaliers, d'échelles, d'un objectif 24-105L et de son redoutable charme pour parvenir, toujours, à ses fins. Les pièges de la scène hérissée de fils, de tringles, de spots et de trous redoutables pour le néophyte, l'inquiètent bien moins que l'escalier de service, qui n'a pas été rénové depuis Dagobert : personne, dit-elle, n'a pu éviter d'en manquer une marche un jour ou l'autre.
    Avec elle, les recoins les plus obscurs s'illuminent, les portes les plus condamnées s'ouvrent toutes grandes comme par magie. Et si demain on lui demandait de réaliser le calendrier de l'Athénée, le surlendemain tout le théâtre poserait à poil pour elle sans sourciller. Ni les caves, ni le ciel, rien ne lui échappe de l'Athénée. Clémence écoute aux portes, fouille les poubelles (ce n'est pas vrai. Mais elle en serait capable) pour vous divulguer l'info la plus fraîche, vous surprendre et vous égayer tous les jours.

    Il paraît, chers 12 000 abonnés, qu'il y a longtemps que vous mouriez d'envie de voir qui se cache derrière le blog de Clémence. Ne serait-ce pas comme la confiture Bonne Maman ou le yaourt Mamie Nova, un truc marketing bidon pour vous mettre en confiance ? Non, Clémence existe. La voilà.
    Il y a un mais : vous ne la verrez presque que de dos, de côté, de dessus ou de dessous. Ce que j'ignorais encore au moment de la photographier, c'est que cette tête bien remplie ne voulait pas montrer son visage. Mais qu'importe. L'essentiel est qu'en se laissant photographier, Clémence admet qu'elle fait désormais partie de l'histoire et des murs de l'Athénée. Et pourtant, Clémence n'y a son Q.G. nulle part, juste son cintre en bas de l'escalier : quand il est occupé, c'est qu'elle fouine.

    Pour le reste, je ne sais presque rien d'elle. J'ai juste remarqué qu'elle aime les jupes courtes, le noir et les couleurs vives. Je sais encore qu'elle a tâté de la mise en scène, qu'à l'occasion elle joue et qu'elle danse. Clémence n'a peut-être pas les fesses de la Vénus hottentote, mais à cela près, cette fille-là est en or.

     

    Si vous ne voyez pas les photos, cliquez ici pour voir le diaporama

     

    Jérôme Delatour"



    Bon été à tous.


  • Toi toi mon toit • D'hier à aujourd'hui




    Cela fait un petit moment que j'ai repéré la trappe qui mène au toit de l'Athénée.

    Seulement voilà, c'est sans doute le seul lieu de l'Athénée où je n'ai pas le droit d'aller seule : il n'était cependant pas évident de me trouver un membre de l'équipe technique pour m'accompagner, le personnel de l'Athénée ayant souvent des choses plus urgentes à faire que de vérifier que je ne glisse pas sur des tôles.

    Heureusement, je suis très persévérante (qui a dit "têtue comme une mule"? Papa, Maman, je vous ai entendus !).
    Mon dévolu s'est jeté sur Dominique, directeur technique adjoint de l'Athénée et bon photographe amateur, sans doute le plus à même de comprendre que quand on a décidé de prendre des photos à un endroit précis, on fera tout pour mettre l'idée à exécution.

    J'ai quand même mis quelques temps à le convaincre : Dominique a du travail, et puis "mais je te jure qu'il n'y a rien à voir sur ce toit! Il y a de la tôle, des cheminées et un bout de l'opéra Garnier, point! L'Athénée n'est pas un bâtiment très haut, on ne voit rien. Et puis tu vas glisser avec tes petites chaussures".
    Mais j'ai quand même très envie d'aller ce toit et, heureusement, la technique éprouvée de revenir périodiquement sur un sujet l'air de rien pendant plusieurs mois a finalement marché. Dominique a fini par céder en soupirant ("bon de toutes façons ça ne va pas durer trois heures") et m'a emmenée sur le toit il y a quelques jours. Le pire, c'est qu'il n'avait même pas l'air de m'en vouloir : il s'est laissé prendre en photo de bonne grâce et m'a signalé les quelques centres d'intérêts du lieu.

    Dominique

     

    Une statue dorée de l'opéra de Paris (Palais Garnier)

     

    Un bout de la Tour Eiffel

     

    Les statues dorées de l'Opéra Garnier se reflétant dans la vitre de l'immeuble d'en face

     

     

    Il se trouve que Dominique et moi ne nous trouvions pas seuls sur le toit : nous étions accompagnés d'une troisième personne, que vous découvrirez demain pour le dernier billet de la saison.

    Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne continue à l'Athénée jusqu'au 17 juillet !



    Merci à Dominique pour sa collaboration et à Denis pour le titre.


  • Les Garçons et Guillaume, au lit ! • Pleins feux




    Depuis jeudi dernier, le mobilier en fer blanc de Guillaume Gallienne est revenu à l'Athénée où il restera jusqu'au 17 juillet pour la reprise du spectacle Les Garçons et Guillaume, à table !.

     

     

    Toutes les représentations de cette reprise du spectacle sont complètes. Cependant, des places se libèrent parfois le soir même, certaines personnes ayant réservé ne se présentant pas au Théâtre : il est donc possible de tenter votre chance une heure avant la représentation.

    D'autre part, la représentation du 14 juillet à 15h sera gratuite et ouverte à tous sans réservation :  les billets sont à retirer une heure avant la représentation.

    Bon début de semaine.


  • Portrait de spectateur (1) : Alekssandre • Coup de théâtre




    En novembre dernier, je vous avais annoncé à la fois des écrits et des portraits de spectateurs à paraître sur le blog.

    Si Laetitia, Pierre et Jean, tous trois lecteurs du blog, se sont lancés pour publier un texte sur l'Athénée en particulier ou le spectacle vivant en général, je n'avais pas encore pu réaliser un portrait de spectateur. Pour cette fin d'année, voici donc le premier qui inaugurera, je l'espère, une petite série la saison prochaine :



    Lorsque je contacte Alekssandre pour la première fois en octobre dernier, je ne sais rien de lui à part que son prénom a dû faire soupirer plus d'un employé de mairie, qu'il a laissé des commentaires réguliers sur le blog en changeant parfois de nom (le fourbe), et qu'il m'a fait parvenir un gentil courrier à l'Athénée un jour de février 2009.

    Les brefs messages qu'il m'a adressés ne témoignent pas vraiment d'une personnalité aimant s'étaler, mais je ne sais pas pourquoi, je lui écris tout de même un mail pour lui proposer de faire son portrait lors de sa prochaine venue à l'Athénée.


    À vrai dire, je m'attends à un refus ou à quelques tergiversations, mais son accord sans réserve tombe quelques minutes plus tard.
    Bon, les tergiversations viendront tout de même un peu après : alors que j'entre dans la phase agenda, il me donne les dates de ses prochaines venues à l'Athénée et finit par me demander l'air de rien, en fin de mail : "À propos du portrait. Souhaitez-vous que nous parlions de théâtre ou de la pièce que j'aurais vue ?".
    Je lui réponds que "pour le portrait de spectateur, je compte parler de vous en fait, ou plus exactement d'avoir une conversation sur les sujets qui viendront naturellement et de synthétiser ensuite la chose... Cela peut donc aller de vos goûts culinaires à la couleur de vos chaussettes en passant par les pièces que vous aurez vues à l'Athénée ou votre première fois au théâtre………".

    Je m'attends à ce que le bernard l'ermite rentre dans sa coquille (ne me dites pas que les bernard l'ermite n'ont pas de coquille, j'ai vérifié : certes, ils n'en ont pas une à eux, mais ils se logent dans celles que leurs congénères ont abandonnées), mais sa réponse me parvient le lendemain, le 19 novembre : "D'accord pour le portrait ! Et puis parler de mes chaussettes est toujours un vrai plaisir. En effet, j'ai toujours grand soin à les choisir :

    "


                                                          
    Là, j'ai conscience d'être tombée sur un vrai challenger, un concurrent à ma propre succession au blog de l'Athénée, un homme prêt à en découdre, un type qui n'hésite pas à m'envoyer une photo de ses pieds alors qu'on ne s'est jamais vus.
    Rassure-toi Papa, je n'ai pas cédé à la surenchère, je sais qu'il ne faut pas communiquer avec des inconnus, j'aurais pu envoyer une photo pire en retour, je ne l'ai pas fait (ou presque).

    En fait, preuve qu'on se fait toujours une image plus ou moins vraie des gens que l'on n'a pas encore rencontrés, le vouvoiement autant que le "bien cordialement" et le ton général des mails d'Alekssandre me faisaient l'imaginer en respectable père de famille de plus de quarante-cinq ans. Le coup des chaussettes m'a mis la puce à l'oreille, confirmée par la consultation du fichier de billetterie de l'Athénée : jusqu'à récemment, le bougre achetait ses places au tarif "moins de trente ans".
    (J'en profite pour préciser à ceux qui m'imaginent en blonde de cinquante-cinq ans avec trois chats qu'ils se trompent)

    Lors de notre première rencontre quelques semaines plus tard, il me tutoie rapidement tandis que je m'englue dans un tuvoiement longue durée, dans le genre "et toi, ça fait longtemps que vous faites ce métier ?" et autre "vous croyez que tu vas aller voir Guillaume Gallienne ?". La conversation se fait facilement, tellement facilement que je ne sors même pas mon carnet et que je ne lui pose aucune question pour le portrait.

    Nous nous revoyons à l'occasion de sa venue à l'Athénée pour Les Garçons et Guillaume, à table! de et par Guillaume Gallienne. Cette fois, j'ai un sursaut de conscience professionnelle et prends donc des notes dans mon carnet au fur et à mesure des questions que je lui pose.


    Alekssandre ne se souvient pas de sa première fois au théâtre, mais de sa première émotion théâtrale, si : il s'agissait de L'Allée du Roi
    , adapté du roman de Françoise Chandernagor, avec Geneviève Casile. Il ne souvient ni du lieu ("Marseille, Aix-en-Provence, sûrement… Je ne sais plus") ni de la date [d'après mes recherches, c'était pour la saison 1994-1995], uniquement de son admiration devant une actrice capable de jouer tant de rôles, qu'ils soient masculins ou féminins, avec autant de grâce.
    Il cite également Un Fil à la patte de Feydeau, vu à la télévision dans l'émission "Au Théâtre ce soir", et plus particulièrement le jeu de Robert Hirsch dans le rôle de Bouzin.

    Dans le même ordre d'idées, il ne se souvient pas non plus de sa première fois à l'Athénée, juste de sa première "claque" dans ce Théâtre, Oh les beaux jours de Beckett dans une mise en scène de Giorgio Strehler en 2006 : "je venais de voir une autre mise en scène d'Oh les beaux jours, une vraie catastrophe qui m'avait donné envie de tous les tuer. Enfin bon, je ne vais pas m'étendre là-dessus…
    Celle de l'Athénée était en italien, j'y allais avec un peu d'appréhension. Et c'était incroyable : je comprends tout, je comprends ce que ça veut dire, je comprends même le titre, je me prends tout ça en plein visage, je pleure à la fin, j'ai envie d'embrasser tous les murs de l'Athénée. J'étais vraiment ému. J'ai  également un souvenir incroyable du Roi nu de Schwartz mis en scène par Laurent Pelly [2005], et aussi des Justes de Camus mis en scène par Guy-Pierre Couleau [2007].
    De manière générale, la programmation de l'Athénée m'épate, on y sent une vraie politique : c'est courageux de monter des textes qui ne sont finalement pas si joués, surtout ceux de Camus. Cela dit, j'attends avec impatience d'y voir un jour Morts sans sépulture de Jean-Paul Sartre…

    — Pourquoi vas-tu au théâtre?
    — Parce que c'est l'art total par excellence, et que chaque représentation est un moment unique… Le théâtre, ce sont des émotions sincères données par des inconnus et des menteurs qui ne me quittent pas et m'apprennent à vivre. Le théâtre m'a appris à être ce que je suis. Il y a une éducation à prendre dans le théâtre : éducation politique, sociale, culturelle. J'aime le côté mythique de la scène, ce côté "on nous ment", où l'on sait que c'est faux et que pourtant on y croit...
    D'ailleurs, cela me fait penser à une représentation de Bérénice de Racine à laquelle j'avais assisté : au moment où Titus annonce qu'il quitte Bérénice, quelqu'un dans le public s'est écrié "Oh, le salaud !!!" Le théâtre, c'est la communion de tout un groupe de personnes, c'est la lumière qui s'éteint, c'est voir de près des acteurs que l'on admire, c'est une odeur aussi...

    — Il y a une odeur particulière, à l'Athénée ?
    — Bien sûr ! C'est un théâtre très particulier où j'ai l'impression d'être à la maison, de rentrer dans ma famille, que quelqu'un m'y attend… Il paraît très petit alors qu'il peut finalement accueillir beaucoup de gens, et puis il y a certains membres de l'équipe qui sont là depuis des années, cela se voit… C'est très agréable de retrouver des figures connues, des têtes que l'on connaît, même si on ne leur parle jamais…
    Son architecture lui donne un petit côté vieillot, complètement cassé par l'audace et le courage des propositions artistiques : ce sont souvent des propositions qui étonnent, avec des comédiens toujours excellents, qui créent un décalage dans ce théâtre aux airs poussiéreux. C'est osé de faire de telles propositions, on voit que la programmation est véritablement portée."


    La discussion s'orienta ensuite sur deux questions rituelles du blog, les endives au jambon et le sport à la télévision
    (pour comprendre pourquoi, c'est à ce billet de juin 2009). Je ne regrette pas d'avoir abordé ces deux sujets qui me font entrevoir des aspects encore inconnus de mon sujet.

    En effet, évoquant les endives au jambon, l'Alekssandre jusqu'à présent positif et pondéré a maintenant l'air d'avoir mis les deux doigts dans la prise : "mais quelle horreur, mais pourquoi on nous fait ça ??? Mais enfin, tu vois bien que c'est immangeable, ne me dis pas que tu en manges, ou pire, que tu en cuisines ? C'est jaunâtre ou verdâtre (je ne sais même pas définir la couleur), ça baigne dans son jus, mais beurk ! Dans ma famille, quelqu'un aimait les endives au jambon, alors ma mère en faisait, et il fallait qu'on les mange, en plus ! N'essaye jamais de me faire avaler ça, jamais !"

    Concernant le sport à la télévision, Alekssandre m'apprend qu'il regarde le tennis, le golf, l'athlétisme mais surtout le catch ("je ne sais pas, j'aime bien"), mais aussi le télé-achat nord-américain doublé en français  ("c'est fascinant, je me demande à chaque fois ce qui va se passer") ainsi qu'une mauvaise série brésilienne mal doublée en français ("parce que j'aime la médiocrité réalisée avec soin, et que les gens qui travaillent pour ces produits médiocres en les défendant coûte que coûte, cela a quelque chose d'émouvant").


    Sur ce, j'ai voulu photographier les chaussettes qu'il portait ce jour-là. Mais parce que ses chaussettes du jour étaient de simples socquettes blanches, il refusa catégoriquement, arguant que j'allais nuire à sa réputation d'enchaussetté cinq étoiles.

    Inquiet à l'idée de devoir faire lever des gens au cas où il serait placé en milieu de rang, Alekssandre s'est ensuite dépêché de rejoindre sa place pour la représentation de Les garçons et Guillaume, à table !.

     

     

    À la rentrée, je vous livrerai le portrait de Laetitia, que j'avais contactée de la même manière qu'Alekssandre après un commentaire très drôle qu'elle avait laissé sur le blog, et que j'ai finalement rencontrée à l'occasion d'une représentation de Vénus à l'Athénée.

    Si vous souhaitez que je vous tire le portrait, n'hésitez pas à me contacter soit par mail, soit via un commentaire sur le blog, soit lors de votre venue à l'Athénée (me demander auprès de l'équipe de l'Athénée mais attention, je ne suis pas là tous les soirs !).
    Je suis également preneuse de vos écrits portant sur le spectacle vivant en général et/ou l'Athénée en particulier.



    Les Garçons et Guillaume, à table!, fort de son succès de janvier et février derniers, se rejoue à l'Athénée jusqu'au 17 juillet !

    Bon week-end.


  • Où est Charlie ? • Coulisses




    La saison de l'Athénée est en train de se terminer, ou presque : Guillaume Gallienne, passé à l'Athénée en janvier et février derniers, reprend son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table ! à partir de demain et jusqu'au 17 juillet.

    Mais la saison prochaine est lancée, et l'équipe de l'Athénée prépare déjà la venue des spectacles programmés au Théâtre à partir de septembre.

    Le 29 mai dernier, Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, présentait cette nouvelle saison 2010-2011 en présence des artistes. En coulisses ou disséminée dans le public, l'équipe de l'Athénée assistait à l'événement ou participait à son déroulement :

     

    Alexandra dans une loge d'avant-scène (je crois qu'elle m'a repérée)

     

    Denis dans l'un des postes de régie
    (lui aussi m'a repérée, et il ne compte pas me faciliter la tâche)

     

    Dominique et Denis dans le même poste de régie.

     

    Dominique et Denis qui… euh...

     

    Lola, parmi les spectateurs.

     

    Églantine et Aline, quelques mètres plus loin.

     

    Liza en spectatrice, Yoann en régie.

    Julie et Mano, organisatrices en coulisses, profitent d'une micro-pause.

     

    L'ombre de Yan en coulisses.

     

    En coulisses, Amandine se penche pour regarder la scène.

     

     

    Pardon à ceux et celles que je n'ai pas réussi à prendre en photo, et à demain pour le côté face !


  • Joyeux strapontin ! • Coulisses




    Hier soir, c'était la fête de fin de saison de l'Athénée : tous les artistes, techniciens et administratifs qui ont fait la saison étaient conviés à une soirée dont le clou reste, bien sûr

     

    LA CÉRÉMONIE DU STRAPONTIN D'OR

     

    Instaurée par Denis Léger, la cérémonie du strapontin d'or consiste à remettre un prix à l'artiste ou le technicien "le plus" de la saison. Le plus quoi, c'est bien la question…

    L'année dernière, le strapontin d'or avait été remis à Thierry Bosc, qui jouait dans En attendant Godot de Beckett mis en scène par Bernard Levy (le billet que j'avais consacré à la cérémonie 2009 est ici).

    Thierry Bosc était là cette année pour remettre le strapontin d'or 2010 à son successeur dont je vous laisse découvrir l'identité dans cette vidéo :

     

    La vidéo dure moins de cinq minutes.
    Si vous ne la voyez pas, cliquez ici pour la regarder sur YouTube.

     

    Bravo à Mireille Herbstmeyer, qui jouait cette saison dans La Cantatrice chauve (texte de Ionesco et mise en scène de Jean-Luc Lagarce) et Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (texte de Jean-Luc Lagarce et mise en scène de François Berreur).

    À demain !


  • D'abord • Coulisses




    Vous n'êtes peut-être pas du genre à aimer assister aux rencontres organisées après les spectacles. En ce qui me concerne, j'ai du mal à parler d'un spectacle dix minutes après l'avoir vu, et si j'ai quelques questions qui me viennent, j'ai parfois envie de les laisser sans réponse (mais ce n'est évidemment qu'un avis personnel).

    Pour les gens comme moi (et les autres), l'Athénée propose des rencontres avant les spectacles, comme une sorte d'introduction à ce que vous allez voir.

    C'était avant la représentation du Père de vendredi dernier qu'était projeté un documentaire sur la genèse de l'oeuvre composée par Michael Jarrell sur un texte de Heiner Müller et mise en scène par André Wilms.
     
    Réalisé par Laurent Feneyrou et Benoît Martin, le documentaire donnait un aperçu de la création du Père, tant du point de vue de la partition que du spectacle : Michael Jarrell, le compositeur, évoquait l'ambiguïté du texte de Müller (entre recherche et mise à distance du père), tandis que Gilles Privat, comédien dans le spectacle, expliquait comment la musique donnait selon lui un espace au texte qui résonnait ainsi comme s'il était sur un coussin, ou qu'André Wilms, le metteur en scène, définissait Le Père comme un très court roman d'apprentissage.

    Laurent Feneyrou, Lola Gruber et Benoît Martin

     

    Après le visionnage du documentaire, ses deux auteurs sont montés sur scène pour une rencontre modérée par Lola Gruber, auteure des textes à l'Athénée (les programmes de salle et brochures, entre autres).
    Il y fut question des harmonies destructurées de la musique de Michael Jarrell, de la nécessité de conserver la radicalité de chacun des artistes créateurs du Père et d'un mystérieux effet sonore appelé Waveform Synthesis qui consiste à spatialiser le son pour, par exemple, vous donner l'impression que l'on chuchote à votre oreille...

    Il faudra attendre la saison prochaine pour assister à une nouvelle rencontre avant un spectacle : le premier "d'abord" aura lieu le 5 janvier 2011 à l'occasion de Phi-Phi.
    En revanche, il y aura un "ensuite", c'est-à-dire une rencontre après une représentation, dès le 28 septembre à l'occasion d'Oh les beaux jours de Beckett mis en scène par Bob Wilson (puis pour Oncle Vania, Les Trois Soeurs ou La Cerisaie, et il y aura également des projections de films au Cinéma Le Balzac ou des cafés-débats, mais n'anticipons pas).

    Bon début de semaine!


  • Batterie de cuisine • Pleins feux




    Comme je vous le disais hier, les percussions employées dans Le Père (théâtre musical à l'Athénée jusqu'à samedi) sont pour le moins inhabituelles.

    Voici ce que mon micro a pu capter de ces drôles d'instruments lors de la première qui a eu lieu hier :

     

    Si vous n'entendez rien, cliquez ici pour aller sur YouTube.

     

    Le Père se joue encore ce soir et demain.

    Bon week-end et à lundi !


  • "Il faut chercher à savoir pourquoi le peuple accepte seulement des sous-produits." • Pleins feux




    "Ma langue, pour des raisons bizarres, est considérée comme difficile ; pour l'unique raison qu'elle est en fait toute simple, directe et précise. On n'a plus l'habitude d'écouter des textes précis."



    Qui est Heiner Müller ?

    C'est l'auteur d'un texte qu'a repris le compositeur Michael Jarrell pour Le Père, œuvre de théâtre musical qui sera jouée à l'Athénée demain, vendredi et samedi.



    Le Père est un récit où Heiner Müller retrace autant une vie que l'histoire de l'Allemagne : en dix fragments, l'on passe du nazisme au communisme tout en plongeant dans les liens entre un père et son fils.

    Né en Allemagne en 1929, Heiner Müller a quatre ans lorsque son père se fait arrêter en pleine nuit par les Nazis. Refusant l'exil, il assistera successivement à la débâcle de l'Empire nazi, l'occupation et la partition de l'Allemagne, l'expérience communiste de la République Démocratique Allemande (où il avait choisi de rester), la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne. Il est décédé à la toute fin de l'année 1995.



    "Une raison essentielle d'écrire des pièces réside dans le malin plaisir ; il est la source de tout humour – le malin plaisir, c'est de voir que quelque chose tourne au vinaigre et qu'on est en mesure de le décrire. C'est là, je crois, un modèle de base du théâtre et également du comique... Prendre conscience du caractère comique de mes pièces est, à mon avis, important, mais personne apparemment ne le voit ni ne le saisit – raison pour laquelle les choses, si souvent, tournent mal."



    Resté célèbre pour ses pièces de théâtre, il a également écrit des récits et des poèmes, et a été directeur du théâtre du Berliner Ensemble.
    Explorant le destin de l'Allemagne, ses écrits très singuliers témoignent d'une écriture fragmentaire où pointent souvent la réécriture et le montage de textes existants, comme Hamlet, Philoctète, Les Liaisons dangereuses ou Médée. Le mythe et la grande histoire se mêlent aux histoires amoureuses et familiales dans une grande variété de tons souvent imprégnée de second degré.

    Parfois interdit en RDA (comme sa pièce Hamlet-Machine, censurée pour "pessimisme historique"), il est rapidement connu en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. En France, il est révélé par Bernard Sobel, Jean-François Peyret, Jean Jourdheuil ou Patrice Chéreau.

    Après une collaboration avec Bob Wilson pour un opéra qui ne verra jamais le jour, ses textes sont adaptés en musique par Pascal Dusapin (Medeamaterial) ou Michael Jarrell (Le Père).

    Le Père se joue à l'Athénée pour trois représentations à partir de demain. Créé dans le cadre du Festival Agora de l'IRCAM (Centre Pompidou), il est mis en scène par André Wilms.

    À demain !

    NB : toutes les citations sont extraites d'un entretien avec Heiner Müller réalisé par Rolf Ruth et Petra Schmitz pour le Theater Heute d'avril 1982. Traduction : Heinz Schwarzinger.


  • L'art du désordre organisé • Coulisses




    En venant dimanche à l'Athénée alors que la pièce Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé s'était terminée la veille, je pensais trouver un plateau quasiment vide et deux ou trois techniciens en train de préparer tranquillement la venue du Père qui se joue à partir de jeudi.

    Et en fait, hum… comment vous dire ?

     

    Le Père, une œuvre de théâtre musical du compositeur contemporain Michael Jarrell sur un texte de l'auteur allemand Heiner Müller (1929-1995), nécessite en effet quatre jours de montage technique réalisé par presque trente techniciens.

     

    Le montage se poursuivait encore hier et se terminera ce soir avant de laisser place aux dernières répétitions avec les musiciens, comédiens et chanteurs.

    Le Père a été créé il y a une dizaine de jours en Allemagne et se jouera à l'Athénée jeudi, vendredi et samedi dans le cadre du festival Agora de l'IRCAM.

    Bon mardi !


  • Nous tenons bon, nous tiendrons bon • Perspective




    Si vous avez vu la brochure de l’Athénée pour la prochaine saison, vous avez peut-être été interpellés par la phrase qu’elle affiche en couverture, “tenons bon !”.

    (c) Malte Martin



    Lors de la présentation au public de la saison 2010-2011, Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, expliquait le “tenons bon!” ainsi :



    L’extrait son dure 2 minutes et vingt secondes.
    Si vous n’entendez rien, cliquez ici pour l’écouter sur YouTube.)


    Merci à Yoann Perez et à l’équipe de l’Athénée pour l’enregistrement sonore.



    Bon début de semaine !


  • La farfelue du jardin des plantes • Pleins feux




    Les amours tragiques de Pyrame et Thisbé se joue à l’Athénée dans une mise en scène de Benjamin Lazar qui s’inspire du théâtre baroque (l’interview qu’il m’a accordée est ici).

    Mais comment les comédiens jouaient-ils aux 17e et 18e siècles en France ?
    Le sujet est trop large pour être abordé dans son intégralité ; je laisse donc de côté les costumes, décors, scène, gestuelle et déplacements pour vous livrer quelques indications sur la diction et la déclamation :

    La prononciation est essentielle, car la phonétique a évolué depuis le 17e siècle : le français ne se prononce pas de la même manière qu’aujourd’hui, d’autant plus qu’à cette époque, la déclamation sur une scène de théâtre ne faisait pas entendre les mêmes sons qu’une conversation courante (autrement dit, on ne prononçait pas le français au théâtre comme on le prononçait dans la vie).

    Par exemple, sur les scènes de théâtre du 17e siècle :
    - on roulait les R
    - on ne disait pas “le roi” mais “le roué” (pour les connaisseurs en phonétique, le son [wa] se prononçait [we])
    - la plupart des consonnes finales se prononçaient (sur des mots comme “moins” ou “joug”   par exemple)
    - l’on faisait entendre le E muet [ë] pour distinguer les rimes féminines (vie, heure, constance...) des rimes masculines (permis, mourir, sort...)


    Au niveau de la déclamation, l’alexandrin se disait selon un tempo précis que l’on pourrait qualifier de déclamation “en accent circonflexe” :
    Ainsi, la première partie (les six premiers pieds) du vers se disait avec une montée de la voix. Après une pause plus ou moins longue à l’hémistiche (la moitié du vers), la seconde partie était marquée par une descente de la voix.

    Le rythme du vers se construit également grâce à des accents d’intonation, c’est-à-dire que des syllabes précises du vers sont accentuées selon le sens du texte (on met l’accent sur des mots à forte charge émotionnelle) ou selon des règles phonétiques.

    Si l’alexandrin n’a pas été conçu pour être musical, la déclamation du 17e siècle, parce qu’elle visait à mettre la langue française en valeur, donnait des intonations musicales au texte de théâtre.


    Pour en savoir davantage sur le jeu de l’acteur baroque, la référence bibliographique incontournable est La Parole baroque d’Eugène Green.


    NB :pour écrire ce billet d’initiation à la prononciation baroque, j'ai repris mon cours sur l’art de l’acteur aux 17e et 18e siècles suivi à l’université.
    Je remercie donc tout spécialement son auteure, Julia Gros de Gasquet, qui s’était auto-surnommée “la farfelue du jardin des plantes” après nous avoir donné un cours en plein air pour échapper à une salle de classe en surchauffe. ?Plusieurs promeneurs du Jardin des Plantes (Paris 5e) s’étaient d’ailleurs assis parmi nous pour écouter l’intégralité du cours, soit tout de même deux heures sur la technique de l’acteur baroque: à croire que, contrairement à ce qu’on nous dit, le théâtre intéresse encore du monde.


    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé
    de Théophile de Viau se joue à l’Athénée jusqu’à demain !


    Bon week-end.


    PS : comme je vous l’avais promis, voici le nombre de bougies utilisées pour le spectacle : cent soixante bougies brûlent chaque soir sur le plateau des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.


  • J'ai un ami qui va arriver en retard... • Coulisses




    Nous avons vu la semaine dernière ce que l’on entendait en enregistrant l’équipe artistique et technique de l’Athénée quelques minutes avant une représentation des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.

    Et si l’on fait la même chose du côté des spectateurs, qu’entendra-t-on?

    Réponse en une minute et trente secondes de son :

     

    Si vous n’entendez rien, montez le son ou cliquez ici pour aller sur YouTube.

     

    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en en scène par Benjamin Lazar et avec Lorenzo Charoy, Julien Cigana, Benjamin Lazar, Anne-Guersande Ledoux, Louise Moaty, Alexandra Rübner, Nicolas Vial se joue jusqu’à samedi.

     


  • "Je me suis tué parce que je ne vous trouvais pas" • Pleins feux




    Mon billet d’hier sur les parodies de Pyrame et Thisbé laissait la part belle au Songe d’une nuit d’été où Shakespeare développait largement le sujet. Place aujourd’hui à une parodie anonyme et à des allusions dans une tirade de Rostand et un poème d’Apollinaire :


    Parodie de Pyrame et Thisbé
    Anonyme

    En 1726, François Rebel et François Francoeur créaient une tragédie lyrique, Pyrame et Thisbé, qui, si elle connut un véritable succès populaire, fut rapidement et largement parodiée —comme de nombreux ouvrages présentés à l’Académie Royale de Musique à cette époque, du reste.
    Parmi les parodies et détournements qui nous sont parvenus, citons une pièce anonyme datant du 18e siècle et plus particulièrement le moment où Thisbé découvre Pyrame (presque) mort :

    « THISBÉ Ciel, mon amant va rendre l’âme,
    Et son visage est tout défait!
    Es-tu mort?

    PYRAME Non, pas encor.

    THISBÉ Eh, relevez-vous donc, mon cher Pyrame !
    Relevez-vous et fuyons bien fort.

    PYRAME Je ne saurais, ma mignonne, je me suis tué parce que je ne vous trouvais pas.

    THISBÉ Vous ne seriez pas bon à jouer à la clemissette [= à cache-cache], si vous vous tuez comme cela quand vous ne trouvez pas les gens ! »

    Vous pourrez trouver ce texte dans Pyrame et Thisbé, un opéra au miroir de ses parodies 1726-1779 (ouvrage sous la direction de Françoise Rubellin, éditions espaces 34, 2007).
    Je l'ai trouvé pour ma part cité par Florent Siaud dans son cahier dramaturgique sur Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.

     



    Cyrano de Bergerac
    Edmond Rostand


    Pyrame et Thisbé se retrouvent également dans ce qui est aujourd’hui l’une des répliques les plus célèbres du théâtre français, la fameuse tirade du nez dans Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.
    L’allusion intervient sur la fin de la tirade et concerne cette fois directement la tragédie de Théophile de Viau et non plus seulement l’histoire de Pyrame et Thisbé.
    À la scène 2 de l’acte V des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Viau, lorsque Thisbé découvre le corps de Pyrame, elle déclare : «Ha ! voici le poignard qui du sang de son maître / S'est souillé lâchement ; il en rougit, le traître !».
    Le vers sera par ailleurs copieusement moqué par Boileau qui critiquait le lien établi entre la rougeur du poignard couvert de sang et sa honte supposée.


    Acte I, scène 4


    « LE VICOMTE
    Personne ?
    Attendez ! Je vais lui lancer un de ces traits ! ...
    Il s’avance vers Cyrano qui l’observe, et se campant devant lui d’un air fat.
    Vous.... vous avez un nez... heu... un nez... très grand.

    CYRANO, gravement
    Très.

    LE VICOMTE, riant
    Ha !

    CYRANO, imperturbable
    C’est tout ? ...

    LE VICOMTE
    Mais...

    CYRANO
    Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
    On pouvait dire... Oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
    En variant le ton, - par exemple, tenez :
    Agressif : "Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
    Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! "
    Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse
    Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
    Descriptif : "C’est un roc ! ... c’est un pic ! ... c’est un cap !
    Que dis-je, c’est un cap ? ... C’est une péninsule ! "
    Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
    D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? "
    Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
    Que paternellement vous vous préoccupâtes
    De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
    Truculent : "Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
    La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
    Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
    Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
    Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
    Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
    De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "
    Pédant : "L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
    Appelle Hippocampéléphantocamélos
    Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! "
    Cavalier : "Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
    Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! "
    Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
    T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! "
    Dramatique : "C’est la Mer Rouge quand il saigne ! "
    Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
    Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
    Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ? "
    Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
    C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! "
    Campagnard : "Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
    C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! "
    Militaire : "Pointez contre cavalerie ! "
    Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
    Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! "
    Enfin parodiant Pyrame en un sanglot
    "Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
    A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! "
    – Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
    Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit. »

     

    Les onze mille Verges
    Guillaume Apollinaire



    Habitué des salles de classe pour des livres comme Alcools, Le Bestiaire ou Calligrammes, Apollinaire a également publié des poésies érotiques, souvent de manière anonyme ou sous pseudonyme.
    Dans Les onze mille Verges, l’on trouve deux sonnets improvisés par le personnage de Mony qui glisse une allusion parodique à Pyrame et Thisbé.
    Le dialogue entourant ces deux sonnets a lieu entre Estelle et Mony :

    « — T’occupe pas de ça, Mony, fais-moi encore des vers avant d’aller au dodo.
    — Bien, dit Mony, et il improvisa ces délicats sonnets mythologiques.
    HERCULE ET OMPHALE
    Le cul
    D’Omphale
    Vaincu
    S’affale.
    — Sens tu
    Mon phalle
    Aigu ?
    — Quel mâle !...
    Le chien
    Me crève !...
    Quel rêve ?...
    — Tiens bien ?
    Hercule
    L’encule.

    PYRAME ET THISBE
    Madame
    Thisbé
    Se pâme :
    “Bébé”
    Pyrame
    Courbé
    L’entame :
    “Hébé !”
    La belle
    Dit oui
    Puis elle
    Jouit
    Tout comme
    Son homme.

    — C’est exquis ! délicieux ! admirable ! Mony, tu es un poète archi-divin, viens me baiser dans le sleeping-car, j’ai l’âme foutative. »

     

    Remerciements au site Méditerranées et à Florent Siaud, rédacteur du cahier dramaturgique des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en scène par Benjamin Lazar
    (le cahier est à télécharger en PDF ici).

     

    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau mis en scène par Benjamin Lazar se joue jusqu’à samedi.
    Ce soir, vous pourrez rencontrer l’équipe artistique: rendez-vous après la représentation dans le foyer-bar !


  • Il y a une moustache sur la poubelle • Coulisses




    Lorsqu’on a un micro, on peut le tendre sous le nez des artistes en leur posant quelques questions.

    On peut aussi être bien plus fourbe et le cacher à l’insu de tous dans un coin de l’Athénée pour le récupérer discrètement vingt minutes plus tard et découvrir ce qu’il a enregistré.

    Voici donc, en deux minutes trente, un condensé de ce que l’on peut entendre dans les coulisses des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau actuellement à l’Athénée.

    Il y est entre autres question de déclamation, de dégustation de bonbons, de bouteilles de verre jetées dans le container, de rideau de fer et de moustache oubliée sur la poubelle.

     

    Si vous ne pouvez pas lire la vidéo, cliquez ici pour l’écouter sur YouTube.

     

    La semaine prochaine, vous entendrez le résultat du même exercice, cette fois du côté du public !

    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé mis en scène par Benjamin Lazar se joue jusqu’à la fin de semaine prochaine.

    Bon week-end !


  • Vérifier, bougies, chaque, ta(â)che, amours. • Coulisses




    Comme vous l’avez vu en photo mardi et dans les propos de son metteur en scène hier, Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé actuellement à l’Athénée ne s’éclaire qu’aux bougies.

     

     

    Plus besoin donc de vérifier le fonctionnement de chaque projecteur et de chaque effet lumineux avant chaque représentation comme c’est habituellement le cas, mais de nouvelles tâches apparaissent.

    Il faut d’abord évidemment remplacer quotidiennement toutes les bougies (d’ailleurs, ça me fait penser, j’irai les compter à l’occasion), mais aussi enlever toutes les taches de cire sur le plateau à l’aide de la bonne vieille technique du fer à repasser :


    … ou encore de resserrer et vérifier leurs supports afin d’éviter tout dévissage incontrôlé.

     

    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau mis en scène par Benjamin Lazar se joue encore dix jours !

    Bon jeudi.


  • Le spectateur en liberté • Entretien




    Benjamin Lazar est le metteur en scène des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé où il joue également le rôle de Pyrame. Entretien téléphonique un jour de relâche :


    « Certains spectateurs de l’Athénée te connaissent pour avoir vu ton spectacle L’autre Monde ou les états et empires de la lune en 2008. Mais comment pourrais-tu expliquer ta démarche à ceux qui n’ont jamais vu ton travail?
    — Je travaille depuis maintenant de nombreuses années sur le répertoire baroque, en élargissant la notion de baroque à l’ensemble du 17e siècle : car même si l’on trouve des nuances dans l’écriture, c’est une même conception de l’acteur qui traverse le siècle. Ma démarche consiste à m’intéresser non seulement aux textes de cette époque, mais aussi aux techniques de l’acteur et aux éléments dont il se servait comme la lumière, le costume et la scénographie qui permettaient d’interpréter ce texte.
    Concrètement, cela veut dire se demander en premier lieu comment un acteur utilisait sa voix, ce qui implique autant des recherches sur la prononciation que sur la déclamation (la première porte sur la façon dont on prononce un mot, la seconde sur la modulation de la voix).
    Ensuite, la gestuelle de l’acteur au 17e siècle est très loin de la conception naturaliste du jeu où le corps est le reflet des sentiments, comme si la scène était l’équivalent de ce qui se passe dans la vie. La gestuelle baroque est issue d’une relecture de l’art oratoire antique, et les gestes accompagnent les idées et les mots pour appuyer le discours. Par exemple, quand on parle du ciel, on montre le ciel, quand on parle de l’amour, on montre son coeur... Ce sont des choses considérées aujourd’hui comme redondantes par rapport à ce que dit le texte, sauf que le geste est en fait là pour amener le mot par l’oeil avant ou pendant qu’il arrive dans l’oreille, et aider ainsi à la compréhension du spectateur.
    Dans le même ordre d’idées, le costume a évidemment une fonction esthétique et symbolique, mais il a aussi des conséquences sur la façon de se mouvoir. Enfin, sur la question des lumières, car Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé est entièrement éclairé à la bougie, il faut savoir qu’il est impossible aujourd’hui d’imiter les qualités de la bougie. Il s’agit en outre d’un outil pour les acteurs, car les bougies sont des sources fixes: selon ses déplacements et l’orientation de son visage, l’acteur choisit d’être plus ou moins éclairé ou de créer un effet particulier. Ainsi, lorsque la mère de Thisbé raconte son rêve prémonitoire pour être petit à petit possédée par la parole de Thisbé, elle lève la tête: avec l’ombre, ses yeux paraissent noirs et changent sa physionomie. Il y a donc une vraie autonomie de l’acteur par rapport à la façon dont il s’éclaire.

    — Tes spectacles relèvent-ils de la reconstitution historique ou d’une véritable création contemporaine ?
    — Si nous incorporons des éléments issus de recherches historiques, ils sont mis au profit d’une recherche d’aujourd’hui: les acteurs s’approprient ces codes pour en faire un langage actuel… C’est une chose nouvelle qui se crée, car on ne saura jamais réellement comment cela se faisait!
    Évidemment, sur le papier on peut se dire qu’il s’agit d’une démarche plus proche de la recherche historique que de la création artistique: mais c’est ne pas tenir compte des comédiens vivants qui investissent cette recherche... Ce qui m’intéresse est bien en quoi ces éléments historiques sont des outils qui créent quelque chose au présent.

    — Hélène, l’une de mes lectrices, faisait remarquer sur le blog que Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé se rapprochait du théâtre nô, une forme de théâtre japonais très ancienne. Es-tu d’accord avec cette comparaison?
    — Oui, il y a quelque chose de juste dans cette remarque. Le théâtre nô est un théâtre oriental plus ancien que le théâtre baroque puisqu’il date du moyen-âge et, comme le théâtre baroque, c’est une forme de théâtre qui ne relève absolument pas du naturalisme: il met en œuvre une série de codes très précis pour représenter les émotions et parler ; la parole n’appartient pas à un seul personnage mais aussi à un choeur qui vient commenter l’action, et il existe une sorte de diagramme de déplacements extrêmement précis.
    L’attention portée au corps symbolique, à un art du déplacement qui crée un corps différent de la façon dont on se meut dans la vie rejoint effectivement le baroque, tout comme la façon de moduler la voix par exemple.
    Mais il y a aussi des différences fondamentales: par exemple, la gestuelle baroque n’est pas ensemble de signes préécrits mais plutôt un principe d’animation du discours dont on a certes des exemples dans les traités d’art de l’acteur, mais qui ne limitent pas l’invention du comédien. Il existe des gestes adéquats pour faire passer des idées et soutenir le discours, mais il ne s’agit pas de choses entièrement chorégraphiées et préécrites dans lesquelles les acteurs n’auraient pas leur place. Dans le Nô, je ne doute pas que la part de l’invention de l’acteur existe, mais elle est tout de même plus réduite et se fait de très subtiles variations.

    — Dans l’acte II, Pyrame dit à son ami Disarque “Je crois que ta raison vaut moins que ma folie” : à ton sens, ce vers résume-t-il autant la pièce que l’esthétique baroque dans ce qui en sera rejeté à l’époque classique ?
    — Je ne sais pas s’il résume la pièce, en tout cas cela dépend de la façon dont on l’interprète. Il ne s’agit pas en tout cas d’un éloge de la folie comme opposition à la pensée: c’est plutôt une façon d’affirmer que l’individu n’a pas à se soumettre au système qui lui est présenté comme raisonnable et peut revendiquer sa liberté, ce que les autres qualifient de folie (ou, pour reprendre le terme qu’emploie le confident de Pyrame, de “mélancolie”)
    À vrai dire, je crois que c’est un autre vers qui résume la pièce ; c’est lorsque Thisbé dit: “il est temps de pourvoir à notre liberté”. La plupart des personnages de la pièce sont dans cette quête de liberté et d’affranchissement de leur condition, dans ce désir de sortir du joug parental et royal. Le souhait de tous ces personnages est aussi leur échec, car la pièce est une tragédie : les personnages ne trouvent l’accomplissement que dans la mort.
    Pour revenir cependant sur l’opposition entre raison et folie et ses liens avec l’esthétique baroque, il y a dans l’écriture de Viau un certain goût pour l’association illogique, l’oxymore, les invraisemblances. Cette façon d’écrire lui sera reprochée par des gens comme Boileau qui moque la réplique de Thisbé où elle associe la rougeur du sang présent sur le poignard à la supposée honte de ce dernier (acte V : “Ha ! voici le poignard qui du sang de son maître / S'est souillé lâchement ; il en rougit, le traître !”) ; d’ailleurs, si Viau avait été vivant pour répondre à cette attaque, il aurait sans doute pu lui répliquer : "Je crois que ta raison vaut moins que ma folie".
    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé est un manifeste d’écriture. Dans ce "lieu commun” (au sens de lieu partagé par l’imaginaire de tous) de l’histoire de Pyrame et Thisbé, Viau, tout en faisant passer beaucoup de choses de l’univers des Métamorphoses d’Ovide, fait passer sa voix et ses idées à lui.
    Quant à l’opposition du classicisme au baroque, elle est effectivement symbolisée par ce duel entre Boileau et Viau… Le classicisme est une invention du 18e siècle, mais beaucoup d’auteurs catalogués comme classiques, non seulement lisaient Viau, Saint-Amant, Cyrano de Bergerac, mais en gardaient aussi l’esprit dans certains aspects de leurs écrits! Voltaire a rejeté Viau dans l’ombre, et il s’est retrouvé considéré comme un auteur obscur….

    — Puisque l’on parle d’ombre, peux-tu commenter le fait que Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé se déroule la nuit?
    — La tragédie se déroule la nuit, du soir au matin. C’est la nuit qui permet à Pyrame et Thisbé de se retrouver, car la clarté ne le leur aurait pas permis. La nuit est un passe-droit souvent utilisé par les poètes pour laisser libre cours à leur imagination sans avoir à rendre compte de la vraisemblance (voir par exemples les songes de Quvedo traduits par Scarron au 17e siècle).
    Dans Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, nous nous servons de l’ombre de manière très concrète: la bougie éclaire les visages et les dentelles, mais ne laisse que deviner les formes et rend incertains les contours des acteurs qui s’avancent sur le théâtre: dans cette nuit (comme disait Corneille, il n’y a de lumière “que ce qu’en peut souffrir le commerce des ombres”), ce que voit le spectateur, est-il réel ou irréel? Les personnages sont-ils des êtres humains ou des fantômes? L’imagination des spectateurs est en liberté, soutenue par les vers de Théophile de Viau...»

    Pour apprécier la part d’ombre des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, vous avez jusqu’au 12 juin. Bonne journée !


  • Le jeu en vaut la chandelle • Coulisses




    Avec Benjamin Lazar, le metteur en scène des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé actuellement à l’Athénée, point besoin de projecteurs :

     

     

    Pour vivre un spectacle à la lueur de la bougie, vous avez jusqu’au 12 juin. Bon mardi !


  • À voir en peinture • Pleins feux




    Comme nous l’avons vu hier, le mythe de Pyrame et Thisbé a inspiré des écrivains aussi divers qu’Ovide, Théophile de Viau, Shakespeare ou la Fontaine.
    Mais les deux personnages sont également très présents dans les arts plastiques. Citons par exemple :

     

    Une mosaïque située à Paphos (Chypre)

    Photo © Gérard Janot

     

     

    Une fresque à Pompéi
    (Maison de Octavius Quartio ou de de Loreio Tiburtino).
    Ier siècle après J.-C.

    photo (c) Wilson Delgado

     

     

    Pyrame et Thisbé, Hans Baldung Grien, vers 1530
    © Gemäldegalerie, Berlin

     

     

    Pyrame et Thisbé - Gregorio Pagani (1558-1605)

    Galeria degli Uffizi, Florence

     

    Paysage orageux avec Pyrame et Thisbé, Nicolas Poussin, 1621

    Huile sur toile, 191 x 273,5 cm
    (c) Francfort-sur-le-Main,
    Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie

     

     

    Pyrame et Thisbé, Claude Gautherot (1729-1802)

    © RMN / Georges Poncet - Musée municipal de Melun

     

    Thisbe, John William Waterhouse, 1909

    Huile sur toile, 58.5cm x 96.5cm
    Collection privée

     

    Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau se joue jusqu’au 12 juin à l’Athénée dans la mise en scène de Benjamin Lazar!


    Lundi soir, dans le cadre des "Entre nous-cinéma" programmés par l'Athénée et le cinéma Le Balzac pour éclairer les spectacles, Benjamin Lazar vous propose de découvrir le film Le Pont des Arts réalisé par Eugène Green, avec Natacha Régnier et Denis Podalydès.
    C'est lundi à 20h30 au cinéma Le Balzac (Paris 8e) en présence d'Eugène Green et de l'équipe du spectacle Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé. Plus d'informations ici.

     

    Bon week-end.


    Remerciements à A. C.-P.


  • Sur un rectangle de bristol • Pleins feux




    Ce soir à l’Athénée, c’est la première des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, une tragédie de Théophile de Viau montée par Benjamin Lazar.

    Pour être honnête, je ne connaissais pas Théophile de Viau et à peine l’histoire de Pyrame et Thisbé avant de devoir me pencher sur la question pour ce blog (et dire que ça a fait des études littéraires, ah là là c’est scandaleux, mais que fait la police?).

    Comme j’imagine avec orgueil et parce qu’on se rassure comme on peut que je ne suis pas la seule ignorante ici, voici un rapide cours de rattrapage en forme de fiche de révisions pour le bac:

     

    Théophile de Viau

    (Écrivain français. 1590-1626)

     

    - Libre-penseur associé au libertinage.
    Critique certains points de l’orthodoxie catholique (homme = animal parmi les autres. Croit au destin plus qu’à la Providence, etc.)

    - Victime d’attaques violentes de la part de jésuites l’accusant d’avoir publié un recueil de poèmes obscènes
    --> procès dont il sort blanchi après des années de prison qui lui auront brisé la santé : meurt à 36 ans des suites de sa détention.

    - Longtemps négligé au profit de Malherbe, son contemporain.

    - Écrit d’abord une poésie sèche, pleine d’images, aux formes parfois dissymétriques
    --> Extraits: “Dans ce val solitaire et sombre / Le cerf qui brame au bruit de l'eau, / Penchant ses yeux dans un ruisseau, / S'amuse à regarder son ombre.” (La Solitude).
    “Une confuse violence / Trouble le calme de la nuit, / Et la lumière, avec le bruit, / Dissipe l'ombre et le silence” (Le Matin)

    - Évolue ensuite (env. 1615) vers une poésie plus ampoulée
    --> Extraits:
    “Hélas ! le gouffre des malheurs, / D'où je puise l'eau de mes pleurs, / Prend bien d'ailleurs son origine / Mon désespoir dont tu te ris, / C'est la douleur de ma Cloris, / Qui rend toute la Cour chagrine ; / Les Dieux qui tous en sont marris / Jurent ensemble ta ruine.” (Contre l’hiver)

    - Nouvelle évolution (env. 1619) pour une poésie plus directe
    --> Extraits: “Satan ne nous fait plus broncher / Dans de si dangereuses toiles; / Le Dieu que nous allons chercher / Loge plus haut que les étoiles. / Nulle divinité que lui / Ne me peut donner aujourd'hui / Cette flamme ou cette fumée / Dont nos entendements épris / S'efforcent à gagner le prix / Qui mérite la renommée.” (La Maison de Sylvie)

     

     

    Les Amours tragiques
    de Pyrame et Thisbé

    Tragédie en cinq actes écrite en 1623 par Théophile de Viau

     

    - Reprend la légende de Pyrame et Thisbé (deux jeunes amoureux dont les parents refusent le mariage. L’histoire finit mal.)

    - Légende de Pyrame et Thisbé présente chez Ovide (Les Métamorphoses), Saint Augustin (De Ordine), Boccace (L’Amorosa visione), Shakespeare (Roméo et Juliette), La Fontaine (fable 28 du livre XII, Les Filles de Minée)…

    - Grande liberté de l’oeuvre, autant sur le fond que sur la forme.

     

    À ce soir pour la première! Le spectacle se joue jusqu’au 12 juin.


  • L'apprenti mélomane • Pleins feux




    Comme vous le savez normalement déjà, la pianiste Claire-Marie Le Guay est en résidence à l’Athénée depuis janvier 2009.

    Sa résidence consiste bien entendu à donner des concerts réguliers à l’Athénée, mais également à mener une action pédagogique de longue haleine avec des élèves d’écoles primaires parisiennes en collaboration avec Alexandra Maurice, responsable des publics scolaires à l’Athénée.
    Claire-Marie Le Guay se rend donc régulièrement dans des classes pour initier les enfants à la musique avant leur venue à l’Athénée pour un ou plusieurs concerts.

    Je vous avais déjà donné un aperçu des dessins que des élèves de CE1 avaient réalisés après avoir vu le conte musical Timouk interprété par Claire-Marie Le Guay et Marie Gillain.
    Voici aujourd’hui un concentré du concert qu’elle a donné la semaine dernière à destination d’environ deux cent cinquante enfants.
    L'on y voit également le compositeur Karol Beffa
    dont l'une des œuvres était donnée en création mondiale.

     

     

    La vidéo dure dix minutes. Cliquez ici pour la voir sur YouTube.
    Désolée pour le bruit de fond qui est dû à un souci de micro.

     

    À l’Athénée, Benjamin Lazar arrive jeudi pour Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau !

    Bon mardi.


  • La petite boutique de souvenirs • Coulisses




    Bonjour, j'espère que vous allez bien après ce lundi de Pentecôte qui fut férié à l'Athénée.

    L’équipe d’Une maison de poupées a quitté l’Athénée samedi. Quelques souvenirs en vrac:

    La petite lampe d’enfant posée en avant-scène.

     

    Olivia Brunaux (rôle de Nora) et Gil Isoart (conseil chorégraphique).

     

    L’ombre de Xavier Carré (créateur des lumières) dans le décor conçu par Virginie Leforestier (scénographe).



    Alexis Danavaras (rôle du docteur Rank) en coulisses.

     


    Féodor Atkine (rôle de Torvald) en coulisses.

     


    Bernard Mazzinghi (rôle de Krogstad) en coulisses.

     


    Olivia Brunaux (rôle de Nora) et Bernard Mazzinghi (rôle de Krogstad) en coulisses.

     

    Alexis Danavaras (rôle du docteur Rank) et Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine) en coulisses.

     

    Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine) en coulisses.

     

    En coulisses, Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine), Féodor Atkine (rôle de Torvald) et Alexis Danavaras (rôle du docteur Rank) regardant et commentant la pièce par écran interposé.

     

     

    Les pâtisseries grecques qu’Alexis Danavaras (rôle du docteur Rank) m’a offertes: sans doute les meilleurs gâteaux que j’ai jamais mangés.

     

    Le petit bateau fait par Xavier Carré (créateur des lumières) avec un billet d’entrée au spectacle.

     

    Le piano de Claire-Marie Le Guay dans le décor d’Une Maison de poupées lors de ses concerts du lundi 17 mai.

     

     

    Un extrait du tchat qui a eu lieu mercredi 19 mai avec Nils Öhlund sur le site de l’Athénée:
    «Julien: Bonjour, je voulais tout d'abord vous remercier pour cette mise en scène ! Avez-vous déjà une idée de la prochaine pièce que vous mettrez en scène ? merci beaucoup
    Nils Öhlund: J'ai besoin d'achever cette histoire d'abord, et de retourner sur les planches en tant qu'acteur. Mon travail de metteur en scène se nourrit de celui d'acteur et inversement.
    Inge: Avec cette traduction, il me semble que Nora est moins infantile que dans les versions habituelles, et le texte du XIXe était peut-être plutôt dans ce sens ?
    Nils Öhlund: Le génie d'Ibsen est de dynamiter ce genre d'a prioris. Nora revendique son intelligence et son indépendance dès le début de la pièce, face à Kristine notamment. Ce qu'elle a entrepris pendant 10 ans n'est pas rien à mes yeux. Elle se bat contre l'image qu'on lui renvoie d'elle-même, tout en en usant.
    Vanille: J'ai moi aussi beaucoup aimé la pièce et les propos très fins du metteur en scène sur les rapports de couple. Pourquoi avoir choisi de ne pas représenter les enfants sur scène? Est-ce pas souci d'économie?
    Nils Öhlund: Les enfants sur scène, c'est comme des animaux ! Quand ça joue bien, ça fascine et ça sort de la pièce ! J'ai l'impression d'être au cirque. Et quand ça joue mal, ça me sort encore plus de la pièce. Je trouve que leur présence dans l'écriture est un peu accessoire. Scènes de la vie conjugale de Bergman m'a renforcé dans l'idée de ne pas les montrer.
    judith: Je trouve très bien que l'on entende les enfants sans les voir. Je suis d'accord sur la réponse de Nils. Ce serait différent si la pièce tournait autour d'eux, ce n'est pas le cas dans celle-ci.
    Louise: Bonjour, je voulais savoir pourquoi vous aviez choisi cette scénographie très spéciale qui ressemble à un plateau de cinéma, est-ce pour faire écho à la vidéo ?
    Nils Öhlund: En tant qu'acteur j'ai toujours été fasciné par l'effet produit par un décor reconstitué en studio. Observer derrière la caméra des êtres qui vivent quelque chose dans un environnement, qui a le semblant du réel, mais qui reste complètement faux. Il m'a vraiment fait penser à une maison de poupée, comme celle des enfants dont on peut voir l'intérieur aussi! Pour moi c'est comme une cage de laboratoire, observer des spécimens. Nous sommes les spectateurs, invités à observer l'intimité de ces gens-là.
    Coline: Est-ce que, comme le dit Stanislavki, tous les objets ont une signification et une utilité, dans votre mise en scène (et je suppose que c'est le cas!) Auquel cas, je me posais la question suivante:quelle est l'utilité du vase de fleur rouge? (il est utilisé, mais a-t-il une signification?)
    Nils Öhlund: Les fleurs rouges sont présentes dans le texte d'Ibsen, mais normalement elles doivent ornementer le sapin. J'ai fait ce choix qui me paraissait moins cocasse aujourd'hui et permettait de brûler le document. La mise en scène est souvent l'art de trouver des solutions à des contraintes…»


    La suite du journal d’Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine) dont vous aviez pu voir le début sur le blog ici :
    «12 mai, 14h
    Lacrymaux
    C’est tout de bois, de fantômes, le théâtre de l’Athénée ; du balcon de ma loge, je veux croire et voir qu’un flamboyant pousse dans la cour, cet arbre d’Afrique qui embrase tout.
    C’est surtout de chair et d’infinies retenues, élégance des gens de ce théâtre-là. Oh ! si je les citais tous, je me traiterais, aussitôt dit, bougresse d’actrice, de maternaliste sur un podium de remise de prix moliérisable, alors, non, sacrebleu, Vous, Gens de l’Athénée, sachez que, tous les soirs, vous nous emportez, nous soutenez si bien…
    Derrière la porte de chaque loge, un drôle de cérémonial se concocte : l’acteur s’isole, œuvre à des préparatifs singuliers comme brosser pour la énième fois le cheveu, se gargariser d’une ultime dose de gelsenium, éructer en douce ou en sonore tous les miasmes du fameux trac…
    Tout se lit lorsque, dans le foyer, nous nous retrouvons, costumés, guindés à quinze minutes de la représentation. Chaque soir est une finale unique de coureurs de fond. Oyez, voyez les visages blêmes, on penserait que tous viennent de pleurer, il y a du blanc et puis du rouge sur la peau, dans les yeux,  des mains froides, des mains moites, des embrassades, des "qu’est-ce que je fous là, je serais mieux chez moi", des rires —c’est toujours ça de pris—, un gros de solennel et un désir gros comme ça de marathonner encore en  équipe dans le texte d’Ibsen !

    Sur scène, des larmes de joie, de colère, d’épuisement, de retenue, visibles ou non, c’est le texte qui traverse les yeux et déboule de vie.

     
    23 mai, 18h : terriblement fatiguée, pourquoi ai-je mal à l’épaule droite? Tu sais quoi, oui, ce péremptoire  éphémère de la représentation théâtrale…

    "Torvald : Ne plus rester assis, là, seul, à m’ennuyer. Et toi, ne plus faire souffrir tes yeux bénis et tes petites mains toutes lacérées.
    Nora sans qu’on puisse distinguer si c’est un soulagement ou un regret : C’est fini ... pour toujours ?
    Torvald  acquiesce.
    Nora : C’est si merveilleux, délicieux à entendre. Maintenant je vais te dire comment j’ai pensé que nous devrions aménager la maison après les fêtes."
     
    (Une maison de poupéeS, H. Ibsen, acte I, scène 1, traduction, adaptation, mise en scène de Nils Öhlund, s’est jouée du 5 au 22 mai 2010 au théâtre de l’Athénée, Paris) »

     

    Alexis Danavaras (rôle du docteur Rank), Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine), Féodor Atkine (rôle de Torvald), les cheveux d’Olivia Brunaux (rôle de Nora) et Bernard Mazzinghi (rôle de Krogstad) sortant de scène pendant les saluts.

     

     

     

    Après Une maison de poupées, c’est Benjamin Lazar, que vous avez peut-être déjà vu à l’Athénée dans L’autre monde ou les états et empires de la lune en 2008, qui arrive dès jeudi dans Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau.

    Bon mardi !


  • Quartier libre • Coulisses




    Le résumé d’une soirée à l’Athénée avec Une maison de poupées:

    des conversations dans les coulisses aux applaudissements du public en passant par le spectacle en accéléré, dix minutes de son que vous pourrez écouter en fermant les yeux ou en faisant autre chose car, contrairement à mes habitudes, aujourd’hui il n’y aura pas d’image.

     

    Si vous n’entendez rien, cliquez pour aller sur YouTube.




    Une maison de poupées se joue jusqu’à samedi.


  • "C'est un règlement de compte, une explication, une scène de ménage." • Pleins feux




    D’Une maison de poupées, il y a eu sur le blog les répétitions aux Lilas, à Niort et à Dijon.

    Voici aujourd’hui une représentation à Paris dans ce diaporama de deux minutes.
    NB: quasiment toutes les photos ont été prises des coulisses.

     

     

    Si vous ne pouvez pas lire la vidéo, cliquez pour aller sur YouTube.

     

    Ce soir, Nils Öhlund, le metteur en scène d’Une maison de poupées, sera en ligne sur le tchat de l’Athénée pour discuter en direct avec vous: connectez-vous sur le site de l’Athénée entre 19h et 20h !

    Une maison de poupées continue jusqu’à samedi.


  • Aux feux ! • La corde verte du lapin qui siffle




    Xavier Carré est le créateur des lumières d’Une maison de poupées, et il a également été régisseur du spectacle lorsqu’il était en tournée.
    On ne le voit pas beaucoup sur la photo, parce qu’un créateur/régisseur lumière est rarement sous les projecteurs: son boulot, c’est plutôt d’être derrière, ou sur sa console, ou… bon, pas souvent sous les projecteurs quoi.

    Depuis qu’Une maison de poupées se joue à l’Athénée, ce sont Jano et Mano, régisseurs du théâtre, qui ont pris la relève comme c’est le cas sur toutes les pièces accueillies à l’Athénée.

    Xavier est actuellement à Aix-en-Provence où il officie en tant que régisseur général adjoint au Théâtre de l'Archevêché en prévision du Festival d’Art Lyrique, mais il a pris le temps de m’envoyer le plan de feux qu’il a établi pour les représentations d’Une maison de poupées à l’Athénée.

    Qu’est-ce qu’un plan de feux?
    Tout simplement un schéma indiquant le type de chaque projecteur utilisé ainsi que son emplacement et son orientation dans le théâtre.
    Vous reconnaîtrez ici la scène arrondie et la salle de l’Athénée ainsi que, pour ceux qui ont vu le spectacle, le tracé du décor conçu par Virginie Leforestier.

     

    (Désolée pour les puristes, j’ai dû couper le plan en deux pour raisons techniques)


    Après les deux concerts de Claire-Marie Le Guay hier, Une maison de poupées reprend ce soir et se joue jusqu’à samedi.

    Demain, vous pourrez dialoguer avec Nils Öhlund, metteur en scène du spectacle, via le tchat (ou conversation instantanée par internet) de l’Athénée: rendez-vous demain sur le site de l’Athénée entre 19h et 20h!

    Bonne journée.


  • Cigares, billets doux et boules de Noël • Entretien




    Dans Une maison de poupées, Nora aime faire les décorations de Noël et mange du chocolat en cachette, Torvald vante l’esthétique de la broderie et ramène du travail à la maison, Kristine fait du tricot, Rank fume le cigare et Krogstad écrit beaucoup de lettres.

    Et les acteurs du spectacle?


    «Oui, j’ai fait de la broderie quand j’avais vingt-cinq ans, dans les années soixante-dix… J’étais bien entendu dans la mouvance “Flower Power”, et je brodais le dos de mes vestes en jean avec des panneaux bouddhiques: j’avais des tambours de différentes dimensions qui me permettaient de faire un travail ciselé; je faisais des grands Bouddhas assis sur des fleurs de lotus avec, de chaque côté, les quatre premiers disciples. Chaque dos de veste me prenait entre quatre et six mois de travail...»

    «J’adore faire les décorations de Noël. Je n’ai pas eu de noël lorsque j’étais enfant, alors aujourd’hui je fais des noëls comme ceux que j’ai vus au cinéma. Je commence à chercher des cadeaux des mois avant, et chacun de mes enfants a sa couleur de papier cadeau pour visualiser immédiatement quels paquets sont à lui ou non. Mon compagnon me regarde avec des yeux ronds et fait un peu son Torvald à dire qu’on dépense peut-être trop de sous !...
    J’ai été élevée à la campagne par des gens pas très riches, et je me souviens d’un noël où j’avais juste eu une clémentine et le livre du Petit Poucet. Et puis je passais Noël sans mes parents, parce que mes parents étaient divorcés, ce qui était rare dans les années 1960: j’étais la seule de ma classe dans ce cas...
    À Noël, je fais semblant de laisser les enfants décorer, ou plutôt je replace les décorations derrière parce que ce n’est pas toujours très bien réparti dans le sapin…»

    «Ah ah, bien sûr que je ramène du travail à la maison… Je ne peux pas faire autrement. Ce n’est même pas à la maison d’ailleurs, c’est 24h sur 24! Je travaille en dormant, en promenant les enfants, en faisant les courses... Oui, évidemment.
    Être comédien, c’est un travail permanent —c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on est arrivé à calculer que si l’on compte tout le travail que nous avons à faire en dehors des répétitions et des représentations, nous les interprètes, nous sommes rémunérés entre 1,75 et 2,25 euros de l’heure en moyenne…»

    «Ah non! J’ai mon jardin secret, mais je n’achète pas de chocolat en cachette, jamais! J’assume même complètement ce genre de choses, à ce niveau-là je suis même plutôt provoc’ comme femme…»

    «Oui, j’écris des lettres à plein de gens, j’adore écrire. On a toute la place que l’on veut… En général, j’écris quatre ou cinq feuillets recto-verso. Hier par exemple, j’ai écrit à quelqu’un à qui j’écris souvent, parce que j’avais besoin de lui écrire. Pour moi, écrire est l’une des choses les plus importantes; j’arrive à écrire des choses que je n’aurais pas pu écrire avant.
    Je n’écris pas pour me dissimuler, dans le sens où je n’écris pas des choses que je n’arriverais pas à dire dans la vie, mais c’est sûr que je ne formule pas les choses de la même manière à l’écrit ou à l’oral. L’écriture, c’est une musique, un rythme, un souffle, une ponctuation, le vent, l’herbe, l’espace, les bruits, le hors-champ… C’est important le hors-champ, l’endroit où tu écris:  quand il y a de l’orage, j’écris très bien par exemple, j’adore cette ponctuation du claquement ou des roulements du tonnerre.
    J’écris à la main: je déteste écrire avec un ordinateur parce que je mets quatre heures à trouver une touche... Par contre, qu’est-ce que j’écris mal... Il y a des gens qui ont une belle écriture, j’en suis très jaloux. Mes destinataires prennent parfois du temps pour répondre aux premières lettres que je leur envoie car ils mettent quinze jours à tout défricher —je dis bien “défricher”, comme un jardin… Mais ensuite, il s’habituent à ma manière de ne pas fermer les voyelles (je ne ferme pas mes a, on dirait des u), de mettre des grandes barres aux t, de mal mettre les pieds de mes p… Je ne sais pas si cela signifie quelque chose.
    Hier, il m’est arrivé un truc incroyable: installé à une terrasse au soleil, je me suis rapidement aperçu que la jeune femme à côté de moi était ostensiblement en train de lire ce que j’écrivais. Alors je lui demande: “vous lisez ce que j’écris?” et elle me répond avec une voix très douce:  “oui je m’en excuse, je ne peux pas m’en empêcher... Mais je ne lis pas ce que vous écrivez, je regarde votre main écrire...” Du coup, on a parlé écriture et littérature arabe, parce qu’elle était marocaine.»

    «Oui, cela m’est arrivé de tricoter pour mon beau petit-fils. J’ai commencé à lui tricoter une couverture très colorée, mais je n’ai pas fini d’assembler les carrés. Le pauvre, il a déjà deux mois et demi et il n’aura sa couverture que pour cet été...
    J’avais aussi tricoté pour ma fille, un truc qu’elle n’a jamais mis, ce sont ses poupées qui l’ont porté… Et je l’avais tricoté en bleu parce que je pensais que ce serait un garçon. Parfois j’ai des accès d’instinct maternel où je suis contente de faire quelque chose avec amour, où je choisis la laine, où je passe du temps… Mais je n’aime pas spécialement tricoter non, je préfère écrire.»

    «Je ne fume jamais le cigare, j’ai horreur de ça. Même l’odeur de la fumée de cigare, ça me fait vomir. En revanche je n’ai pas de problème avec la cigarette, ni avec le whisky d’ailleurs. Et après le spectacle, quel bonheur de boire un très bon vin !»

     

    Ce soir, les acteurs d'Une maison de poupées font relâche pour laisser place à la pianiste Claire-Marie Le Guay pour son concert Piano Sostenuto où elle interprétera Brahms, Chopin et Karol Beffa.

    Bon lundi!


  • Le metteur en scène est-il un acteur comme les autres? • Entretien




    La suite de l’interview de Nils Öhlund, metteur en scène d’Une maison de poupées (vous pouvez retrouver la première partie dans le billet d’hier, ici).

     

    — Pourquoi avoir traduit le texte d’Ibsen toi-même?
    — En comparant les traductions existantes, j’ai constaté que certains endroits, souvent névralgiques d’ailleurs, étaient traduits très différemment: le sens n’était pas toujours le même, il fallait faire un choix. Je suis donc allé à la source norvégienne pour voir quel était le mot original et essayer de comprendre pourquoi il avait été traduit comme ci ou comme ça.
    Avec mes notions d'anglais, d'allemand et de suédois, le norvégien m'a paru assez accessible: je me suis alors décidé à me faire envoyer un dictionnaire norvégien-français pour traduire le texte mot à mot et réaliser ma propre adaptation.
    Finalement, je ne voulais pas passer par le prisme d’un autre traducteur et ai décidé de mettre la traduction au service du sens du projet: le travail de dramaturgie commence en effet dès la traduction. La langue d’Ibsen est sèche, directe et répétitive, loin de la richesse de la langue française. Je tenais à restituer ce côté brut. Je ne suis pas universitaire, je n’ai pas de vérité d’Ibsen à restituer, j’ai peut-être fait des erreurs: mais nous ne jouerons que quelques mois alors qu’Ibsen, lui, restera. Je cherche juste à dialoguer avec lui. Cela passait aussi par le filtre de l’acteur que je suis: le jeu est forcément lié à la langue...
    Le seul problème, c’est peut-être que ce texte est très connu et qu’il est monté quatre fois cette saison à Paris: la majorité des spectateurs viennent donc avec une certaine idée de la pièce et non pas avec la virginité ou la fraîcheur que l’on pourrait attendre. J’aurais sans doute aimé que le public fasse une découverte innocente de notre histoire et que nous subissions pas forcément la comparaison…

    — Tu viens de le rappeler, tu es d’abord acteur, et Une maison de poupées est ta première mise en scène. As-tu eu la tentation de jouer dans le spectacle?

    — Non, car j’ai aussi choisi cette pièce en pensant à des acteurs précis. J’aimerais jouer ce texte, évidemment, j’adorerais, même les rôles féminins. Mais la mise en scène décuple aussi le plaisir car, au-delà du fait que je préfère les répétitions aux représentations, quelque part, elle permet de vivre tous les rôles.

    — Prenons le rôle de Torvald par exemple, puisque tu lui donnes une place essentielle dans ta mise en scène. En quoi est-il intéressant à jouer pour un acteur?

    — C'est un rôle magnifique, complexe, attachant et repoussant en même temps. La difficulté est de créer de la sympathie en même temps que de l’antipathie, ce qui provoquera de l’empathie au final.
    [Silence] Enfin là, je suis en train de te dire ce que j’aimerais que le public ressente… Je fais la traduction et la mise en scène, je joue tous les personnages et puis je fais le public aussi, quel mégalomane…

    — Tu viens de me dire que tu préfères les répétitions aux représentations. Les acteurs disent plutôt habituellement le contraire!
    — Pour moi, les moments de grâce ont toujours lieu en répétition. Tu vis quelque chose en répétition que tu essaies de retrouver lors de la représentation. En répétitions, les acteurs sont détachés du désir de plaire: on est simplement dans l’instant, dans l’écoute, et l’“aimez-moi” qui est inhérent à tout acteur en représentation est absent. J’estime qu’il faut se libérer de cela et ne pas essayer de séduire le public.

    — Cela signifie-t-il que tu es déçu par les représentations lorsque tu les compares aux répétitions, que cela soit en tant qu’acteur ou que metteur en scène?

    — Non, car si les moments de grâce ont lieu en répétitions, ils se font par instant. Après ces moments décousus, la représentation crée une unicité grâce à la présence du public. Je ne suis donc pas déçu par les représentations, je cherche simplement à retrouver la fluidité, la liberté et le détachement des répétitions. Les soirées complètement magiques arrivent, mais elles sont rares et donc très précieuses. Jouer, c'est être en quête de la représentation idéale, ne pas oublier que rien n'est jamais acquis...

    — Il y a un an presque jour pour jour, nous avions un entretien à propos des Justes et des Mains sales où tu me disais que “tout ce qu’on fait, c’est pour être moins seul”: es-tu toujours d’accord avec cela?
    — Oui, plus que jamais. Voir toute une équipe, acteurs, techniciens, administratifs, costumiers, scénographes, etc. défendre ton projet et prendre charge ce dont tu as rêvé, c’est tellement vertigineux! Et encore plus si le public nous rejoint! Cela m’émeut beaucoup: nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas seuls… Notre nature nous pousse à la recherche de l’autre alors que l’on ne pourra jamais faire l’expérience de l’autre.
    D’ailleurs, dans Une maison de poupées, en interrogeant le couple, on pose également la question de l’individualisme! Est-il nécessaire? Comment exister à l’intérieur d’un couple, quelle part de liberté laisser à l’autre?
    [Silence]
    C’est formidable, tu m’écoutes… Et puis comme on se connaît, c’est bien, je n’ai pas besoin d’essayer de me faire passer pour quelqu’un d’intelligent…

    — Il y a aussi la thérapie pour ça, si tu veux.
    — Ah ah, mais je n’ai pas besoin, le théâtre est aussi l’endroit où tu peux mettre des mots sur des émotions. C’est l’endroit où tout est possible, où tu peux tout exprimer dans un cadre très protecteur. Il y a une adrénaline qui me fait retrouver ce que je ressentais lorsque je pratiquais le rugby en compétition: j’étais souvent capitaine d’équipe et me devais donc d’emmener le groupe, comme aujourd’hui en tant que metteur en scène…
    Le rugby est une belle école de la vie où tu gagnes un esprit de solidarité, et j’y ai parfois atteint un tel état de transcendance que j’aurais été prêt à me faire piétiner pour faire gagner l’équipe! Enfin je ne parle pas de cela aux acteurs, parce que le sport a parfois mauvaise presse auprès d’eux… D’ailleurs, de se retrouver en "compétition" avec d’autres Maisons de poupées mises en scène par Stéphane Braunschweig, Jean-Louis Martinelli ou Michel Fau où jouent Audrey Tautou, Chloé Réjon ou Marina Foïs me donne l’impression d’être un club de troisième division à qui on permet de participer à la coupe d’Europe…»


    Pour voir le petit club d’Une maison de poupées composé de Nils Öhlund, Féodor Atkine, Olivia Brunaux, Alexis Danavaras, Emmanuelle Grangé et Bernard Mazzinghi, c’est jusqu’au 22 mai à l’Athénée !

    Bonne journée.


  • La femme est-elle un homme comme les autres? • Entretien





    Nils Öhlund est le metteur en scène d’Une maison de poupées d’Ibsen actuellement à l’Athénée.

    Comme il était également acteur dans Les mains sales et Les Justes passés l’année dernière, j’avais déjà eu l’occasion de l’interviewer.

    Nous avions encore pourtant beaucoup de choses à nous dire hier soir, et c’est la raison pour laquelle cet entretien paraîtra en deux fois.

     



    « Lors du café débat qui a eu lieu le 27 mars à l’Athénée sur le thème “Peut-on échapper à sa famille?”, Jean-Louis Ezine tentait d’expliquer la profusion de Maisons de poupées cette saison par la nostalgie qu’éprouveraient ces metteurs en scène (dont toi, donc) vis-à-vis d’un état des relations homme-femme aujourd’hui révolu.
    Alors Nils, nostalgique du temps où les femmes ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari?
    — Non, évidemment… Je ne suis pas dans la nostalgie mais bien dans l’observation d’un héritage —car contrairement à ce que dit Monsieur Ezine, ce temps est loin d’être terminé! Il s’agit d’interroger son propre comportement: de quoi avons-nous hérité aujourd’hui?  Quels réflexes continuons-nous à avoir dans nos relations de couple?
    C’est la raison pour laquelle j’ai mis en avant le rôle de Torvald, le mari, pour le mettre au même niveau que celui de Nora. Qu’il s’agisse d’un couple et non plus seulement d’une héroïne a été un axe de travail assumé et profond, présent à la genèse du spectacle. Je cherche à voir ce dont on a hérité en tant qu’hommes, mais aussi ce que je peux comprendre et observer d’une femme…

    — Beaucoup définissent Une maison de poupées comme une pièce féministe. Restes-tu d’accord avec cette étiquette?
    — Non, définitivement pas, je pense qu’on a fait une confusion. La pièce est plutôt égalitariste, elle ne me semble pas appeler à la prise du pouvoir des femmes sur les hommes…

    — Euh… Le féminisme non plus…
    — Ben si ?! La définition du féminisme, c’est l’attribution du pouvoir aux femmes… Enfin c’est vrai qu’il y a sans doute autant de définitions du féminisme qu’il y a de féministes…

    — Et que tu parles ici d’un féminisme très radical.
    — C’est quoi pour toi, la définition du féminisme ?

    — Celle du dictionnaire que j’ai sous les yeux, ça tombe bien! Un mouvement qui vise à égaliser le statut de la femme avec celui de l’homme, en particulier dans le domaine juridique, politique et économique...
    — Il y a eu des féminismes bien plus radicaux, mais qui sont totalement compréhensibles: l’oppression est telle qu’il y a parfois besoin de la violence ou de la provocation pour y répondre… C’est vrai qu’au fondement, le féminisme est un mouvement égalitariste, mais que beaucoup de choses se sont mélangées.

    — Le féminisme plus radical dont tu parlais au départ et qui consisterait à donner le pouvoir exclusivement aux femmes me semble davantage relever de la misandrie, le pendant de la misogynie: la haine des hommes… Mais pour en revenir à Une maison de poupées: pièce féministe (dans le sens d’égalitariste), alors?
    — Ce qui me gêne dans cette notion, c’est que la pièce est loin de se résumer à une interprétation féministe: fondamentalement, c’est l’histoire d’un couple qui arrive dans une impasse et qui explose.
    Ibsen est un humaniste et, quand Nora revendique l’égalité, c’est pour se trouver elle-même, mais ce n’est pas pour autant qu’elle souhaite se conformer aux critères sociaux faits par les hommes. Nora n’a pas de revendication en tant que femme: elle veut juste être un être humain; elle ne dit pas: “en tant que femme j’ai droit à”, mais bien: “tu as toujours été gentil, mais je ne t’aime plus”.
    Il est aussi question de violence d’hommes, dans cette pièce: Krogstad ne veut pas faire de mal, retient d’abord sa violence et n’agit que parce qu’il se sent obligé de le faire. De même, Rank livre une description de la société absolument effarante...
    En fait, Une maison de poupées parle de deux personnages principaux entourés de trois autres personnes, et elle interroge autant les rapports homme/femme que l’image sociale que l’on dégage et sa corrélation avec notre être profond… Il s’agit de se libérer de l’image que l’on donne de soi. Alors que le personnage de Kristine se contrefiche de l’image qu’elle renvoie, Torvald se demande pour qui il va passer si l’on sent que sa femme le commande, Krogstad cherche à reconquérir une légimité et son statut après avoir commis un impair, Nora exige qu’on arrête de la prendre pour une idiote, Rank se demande ce qu’il est pour ses amis et ce qu’il restera de lui quand il sera parti… Il existe une lutte entre ce que l’on est et l’image que l’on donne, et la fin de cette lutte est synonyme de paix absolue... C’est bien de se libérer de cela avec l’âge, petit à petit.
    [Silence]
    Si la pièce avait été contemporaine, je l’aurais sans doute montée avec deux femmes ou deux hommes homosexuel(le)s, ou alors j’aurais inversé les rôles mari/femme voir si cela peut tenir. La clé de la pièce, c’est bien que Nora ne peut plus, elle ne peut physiquement plus rester là. Le poison a été distillé pendant douze ans et Torvald et Nora se sont construit une vraisemblance du bonheur petit à petit: c’est pour ça que je n’ai pas fait de Nora une petite alouette superficielle dans les deux premiers actes, car le ver est dans le fruit depuis longtemps!... L’on voit d’ailleurs dès le début que la nomination de Torvald au poste dont il rêvait provoque un soulagement; ils se disent “enfin, plus de souci!”, ce qui prouve bien qu’il y en avait, des soucis… Ils s’imaginent d’ailleurs que l’argent est la solution, alors qu’il s’agit d’un leurre…

    — Justement, dans ce même café-débat du 27 mars sur le thème “Peut-on échapper à sa famille?”, Nicole Prieur déclarait que le proverbe “quand on aime, on ne compte pas” était finalement assez faux et qu’en fait, plus on aime, plus on compte. En quoi cette affirmation éclaire Une maison de poupées où le naufrage du couple se révèle d’abord par l’argent?
    — Les bons comptes font les bons amis... Non sérieusement, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut à mon avis éviter que l’argent soit un problème: l’argent n’est qu’un moyen, un outil du quotidien que l’on partage. Au sein du couple, il faut que chacun contribue à hauteur de ses capacités… En cela aussi, je suis égalitariste. Je déteste me faire avoir.
    [Silence]
    Cette notion de “se faire avoir”, c’est intéressant… On ne veut souvent pas donner sans attendre en retour: donner sans rien attendre témoigne d’une générosité rare. Tu n’attends pas forcément exactement la même chose en retour, mais plutôt une reconnaissance, d’être accepté, d’avoir l’ascendant sur quelqu’un… Il y a presque toujours un échange, et ne pas attendre de retour est un acte d’une telle gratuité, un acte de folie sans doute...

    — Tu disais que Kristine était le seul personnage de la pièce à ne pas se préoccuper de l’image qu’elle renvoie. Est-ce pour cela que tu lui as réservé un traitement si particulier?
    — Oui, car Kristine est la seule qui agit en fonction de ses nécessités et non de l’image qu’elle souhaite donner.
    Mais il y a aussi autre chose: dans ce microcosme de la société qui comprend le couple, l’ami et l’employé, Kristine est l’élément étranger qui devient le relais du public.
    Pour moi, elle est également la voix d’Ibsen, car l’on sait qu’Ibsen s’est inspiré pour cette pièce de l’histoire vraie de l’une de ses amies qui avait emprunté de l’argent pour sauver son mari: Ibsen s’était retrouvé dans le rôle de conseil, comme Kristine, et avait suggéré à cette amie de tout révéler à son mari. Résultat, le mari en question a fait enfermer sa femme en hôpital psychiatrique —alors que dans la pièce, n’oublions que le mari laisse partir sa femme!
    C’est ce rôle un peu transversal qui donne une autre dimension à Kristine qui n’entre pas par la porte mais bien en traversant les lignes de démarcation tracées au sol, comme si c’était quelqu’un du public qui montait sur scène.
    J’avais envie de flouter la frontière entre ce qui est du théâtre et ce qui ne l’est pas, de créer une théâtralité très forte avec ce décor et ces lignes pour mieux la casser ensuite. On voit d’ailleurs le côté complètement faux des panneaux dès le début... Plus exactement, j’ai cherché à créer une sorte de rituel où l’on restitue des morceaux de vie, comme si les acteurs avaient été choisis parmi le public pour rendre compte ce que l’on vit tous: il n’y a pas besoin d’aller chercher ailleurs, seulement de se regarder soi, et les situations que l’on a vécues, honnêtement.
    Cette pièce consiste à pénétrer dans l’intimité profonde d’un couple: j’ai construit ma mise en scène comme si je proposais aux trois enfants de Torvald et Nora de voir le film de ce qui s’est déroulé entre leurs parents au moment de leur séparation. Je suis convaincu que le théâtre est un acte politique qui porte un regard sur le monde et nous interroge: c’est pourquoi cela me fait plaisir lorsque des spectateurs me disent qu’ils comprennent autant Nora que Torvald…
    Les deux ont des défauts: Nora ment tout le temps, par exemple, mais c’est aussi une question de survie —pour vivre en équilibre avec quelqu’un, tu passes obligatoirement par le mensonge. Je peux comprendre la réaction de Torvald: il est dans sa fonction et obtient le poste dont il rêvait depuis des années! Il ne peut pas être avec sa famille à ce moment-là. Et quand la lettre de Krogstad met tout en péril, il devient fou et dit des vérités profondes qu’il lâche alors que c’est le genre de vérités qu’on garde toujours pour soi… Je ne l’excuse pas car il est égoïste, mais je le comprends. D’ailleurs, il se rend compte lui-même de ce qu’il vient de faire et essaie de le rattraper…

    — Ce qui apparaît clairement en t’écoutant et en voyant ta mise en scène, c’est vraiment le refus du dogmatisme et l’exploration de la finesse des rapports de couple...
    — La plus grande difficulté, c’est peut-être que ces personnages ne deviennent pas des caricatures et appartiennent au vraisemblable. C’est pratique de faire de ces personnages des caricatures, car cela évite de nous poser des questions sur ce qui nous ressemble chez eux... Qu’est-ce qui est de l’ordre du réflexe dans notre vie de couple? De quoi avons-nous hérité?
    La pièce interroge les rapports entre hommes et femmes, mais aussi notre masculinité. D’ailleurs, le public masculin a souvent plus de mal à s’exprimer en profondeur après le spectacle: j’ai parlé à beaucoup de spectatrices qui reconnaissaient un peu de leur propre mari dans Torvald, alors que du côté des maris, le déclic ne semblait pas se faire, ou en tout cas la parole n’est pas venue après le spectacle.
    Il faut que les hommes prennent les choses en main, aussi. J’ai eu envie de hurler en entendant un groupe de spectateurs d’une cinquantaine d’années environ dire que la situation décrite dans Une maison de poupées était aujourd’hui dépassée, et qu’il n’y avait plus de problème d’égalité entre hommes et femmes aujourd’hui: mais au secours!

    — Bien sûr. Rien qu’en France, sept travailleurs pauvres sur dix sont des femmes, les femmes sont en moyenne 30% moins bien payées que les hommes à poste égal, on voit des femmes nues à longueur de journée dans la publicité, les femmes réalisent la quasi-totalité des tâches ménagères à la maison, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon et l’on dit toujours “un patron” et “une secrétaire” mais il n’y a aucun problème…
    — Même sans aller jusqu’aux problèmes de société, il subsiste encore de nombreux archétypes qui relèvent certes du domaine de l’anecdotique, mais qui sont toujours présents dans notre sphère intime, sans même que l’on s’en rende compte… C’est comme la galanterie, ou même la question de l’invitation au restaurant: si tu es un homme et que tu n’invites pas la femme, tu passes pour un radin; mais si tu l’invites, tu passes pour un macho... Dans les pays scandinaves, c’est très mal vu et considéré comme très rétrograde d’inviter une femme au restaurant…
    Il reste beaucoup de travail, des deux côtés: il ne suffit pas de dire aux femmes de prendre leur indépendance, il faut aussi leur donner!… De même du côté des femmes, certaines se laissent sans doute aller à se conformer à ces archétypes ancestraux qui sont somme toute assez confortables…

    — Oui, il suffit de lire certains journaux féminins pour s’en rendre compte. On parle souvent des difficultés à être une femme, mais jamais de celles à être un homme. Si les hommes ne sont sans doute pas confrontés aux mêmes problèmes, la position masculine est-elle si facile à tenir?

    — Je n’ai pas le sentiment que c’est dur d’être un homme…

    — Tu n’as pas le sentiment qu’il faut être plus grand que sa compagne, gagner davantage, avoir un rôle protecteur, aller draguer, ne pas pleurer et aimer regarder du foot en buvant de la bière?
    — Moi, personnellement, non. Mais c’est vrai que tu vois ce genre de démonstrations viriles chez certains hommes et que c’est franchement pathétique…. Je me fiche de gagner moins que ma compagne et je ne m’interdis pas de pleurer. Dans les pays scandinaves, ce sont les femmes qui draguent: alors fais la même chose, cela te permettra de faire le tri entre ceux qui sont sortis des schémas et ceux qui ont encore la tête trop encombrée...

    — Pourquoi avoir traduit le texte d’Ibsen toi-même?»

     

    La réponse (et le reste de l'entretien) sont à lire dans le billet de demain, ici.

    Bon mercredi.


  • Du potentiel érotique de la barbe (ou pas) • Pleins feux




    D'Henrik Ibsen, l’auteur norvégien d’Une maison de poupées actuellement à l'Athénée, on a surtout cette image d’un type un peu sombre avec des gros favoris:

    Daniel Georg Nyblin (c) The Norwegian Museum of Cultural History, 1894

     

    Il existe pourtant des représentations moins conventionnelles de l’écrivain mort en 1906, comme ce dessin qu’en a fait Jean Cocteau:

    Jean Cocteau, Portrait d'Henrik Ibsen, 1960

     


    Ou cette statue érigée à Bergen, dans le sud-ouest de la Norvège:

    Statue d'Ibsen à Bergen (Norvège) (c) Nils Aas

     

     

    Enfin, si vous vous rendez à la Pinacothèque de Paris, à deux pas de l’Athénée, vous pourrez y contempler en vrai le portrait qu’en fit Edvard Munch en 1902:

     

    Edvard Munch - Henrik Ibsen au Grand Café du Grand Hôtel, Kristiana, 1902
    Lithographie coloriée à la main - 50,5 x 66 cm
    Collection Famille Epstein
    Photo: Philip Charles © Munch Museum / Munch Ellingsen Group / ADAGP, Paris 2010

     

     

    L’exposition Edvard Munch ou l’“anti-cri” sera visible à la Pinacothèque de Paris (28 place de la Madeleine, Paris 8e) jusqu’au 18 juillet 2010.

    Les spectateurs d’Une maison de poupées ainsi que les abonnés de l’Athénée peuvent bénéficier du tarif réduit à cette exposition
    sur présentation de leur ticket/carte d’abonné à l’entrée du musée.
    De même, les personnes ayant vu l’exposition, toujours sur présentation de leur ticket d’entrée mais cette fois à l'Athénée, peuvent bénéficier du tarif réduit sur les représentations d’Une maison de poupées.


    Ce soir, vous pourrez rencontrer l'équipe artistique d'Une maison de poupées après la représentation.

    Bon mardi !


  • Dijon est aussi une jolie ville • Coulisses




    Après les photos de répétitions d’Une maison de poupées aux Lilas en septembre puis à Niort en octobre, quelques photos des répétitions qui ont eu lieu à Dijon en mars avant une représentation au Théâtre des Feuillants.

    Contrairement à Niort, je connais déjà très bien Dijon et je vous conseille d’aller y passer un week-end en en profitant pour faire la route des vins jusqu’à Beaune.

     

    Pour voir la vidéo sur YouTube, c'est ici.

     

    Une maison de poupées d’Ibsen mis en scène par Nils Öhlund se joue à l’Athénée jusqu’à la fin de semaine prochaine. Bon lundi !


  • La France a peur • Perspective




    Bonjour à tous,

    De nombreux lieux culturels sont aujourd'hui en grève. Voici le communiqué de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet :

     
    VOUS N’AURIEZ PEUT ÊTRE JAMAIS PU VOIR UNE MAISON DE POUPÉES  
    A L’ATHÉNÉE SI :
     
    - la proposition de loi sur la réforme des collectivités territoriales avait déjà été votée, empêchant ainsi celles-ci d’intervenir librement dans le domaine de l’art et de la culture 
    - la tendance actuelle d’une diminution large et généralisée des financements publics alloués aux compagnies, aux festivals et lieux culturels s’était s’amplifiée 
    - la mission de service public de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet avait été remise en question.
     
     
    C’est pourquoi le personnel de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet s’est engagé dans la journée de mobilisation du jeudi 6 mai 2010.
    La Direction du Théâtre, l’équipe artistique* ainsi que Le Moulin du Roc, Scène nationale de Niort, producteur délégué du spectacle, sont solidaires de cette action, car voilà autant d’acteurs du monde culturel qui se sentent menacés.
     
    La situation paraît si préoccupante qu’une partie de ce personnel technique et administratif a pris la lourde décision de se mettre en grève ce jour-là, action qui a conduit à l’annulation de la 1ère représentation d’Une maison de poupées.
     
    Il nous paraît important de vous faire partager aujourd’hui nos inquiétudes car nous avons l’intime conviction que nos missions et nos emplois sont en péril. Et incidemment ce pour quoi nous les aimons : donner à voir et à entendre, mais aussi partager avec le public les œuvres théâtrales et musicales du patrimoine artistique mondial ; avec vous. 
     
    Nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin de votre soutien.
     
     
     
    * "Une maison de poupées, mon premier projet de mise en scène, n’aurait jamais pu voir le jour sans le soutien que m’ont accordé les structures en Régions, dont les budgets seraient directement touchés par cette réforme". Nils Öhlund


  • Bande de dégénérés ! • Perspective




    Il y a quelques mois, devant écrire un texte sur la représentation des médecins au théâtre et à l’opéra (pas à destination du blog de l’Athénée, ne cherchez pas), je tombai sur un livre dont le titre me fit espérer une avancée spectaculaire dans mes recherches: La Médecine au théâtre dans les temps modernes de Paul Descoust, publié en 1906.

    Ce que je pensais être une mine d’or s’avéra rapidement très décevant pour mon sujet: l’auteur était un médecin qui postulait que beaucoup de personnages de théâtre souffraient de maladies relevant de la science et qui entendait analyser les textes dramatiques d’un point de vue strictement médical.

    Je m’apprêtai à refermer le bouquin lorsque je tombai sur un chapitre consacré aux œuvres d’Ibsen, l’auteur de Hedda Gabler ou d’Une Maison de poupées.

    Selon Paul Descoust, le théâtre d’Ibsen relève des “pièces médicales sans tendances éducatrices”.
    En effet, l’alcoolisme étant un véritable fléau dans les pays nordiques, le nombre de “dégénérés” n’y pouvait y être que plus grand, donnant ainsi à Ibsen de nombreux sujets d’études.
    (Je cite : “Ibsen, qui avoue lui-même n'avoir traité que des observations faites […] sur de vrais aliénés, a dû certainement prendre ces types de dégénérés dans son pays où ils ne devaient pas manquer.”)

    Postulant en tout cas que les cas représentés dans le théâtre d’Ibsen relèvent de la médecine scientifique (sans parvenir à établir quel serait le prétendu “message” d’Ibsen vis-à-vis de ces personnages forcément dégénérés), Paul Descoust dresse ainsi un tableau des maladies représentées dans ses pièces:

     

     

    Paul Descoust conclut enfin : “Ibsen s'est attaché à faire le plus scientifiquement possible et d'une façon […] très dramatique, la description non plus d'états d'âmes ordinaires, mais d'états d'âmes malades, d'âmes atteintes de dégénérescence et de tares héréditaires.”

    La Nora d’Une Maison de poupées manifeste-t-elle une forme de dégénérescence mentale avec hystérie? À vous de voir: Une Maison de poupées d’Ibsen mise en scène par Nils Öhlund commence ce vendredi à l’Athénée.

    Veuillez bien noter qu’en raison d’une journée d’action de défense des arts et de la culture, la première qui devait avoir lieu demain est annulée. Vous en saurez davantage dans le billet de demain matin.

    Bonne journée !


  • L'Athénée au cinéma • Coup de théâtre




    Nous avons déjà parlé sur le blog d’Amandine Gougeon-Mastellotto, directrice du développement à l’Athénée: c’est elle qui s’occupe entre autres de louer l’Athénée à des tiers pour des séminaires, des concerts, divers événements ou encore des tournages de films. Son travail rapporte à l'Athénée un bénéfice d'environ 250 000 euros par an.

    Le 22 décembre 2008, vous aviez pu voir sur le blog des photos du tournage du film Coco avant Chanel d’Anne Fontaine (avec Audrey Tautou, Emmanuelle Devos, Marie Gillain et Benoît Poelvoorde) dont une scène avait été réalisée à l’Athénée.

    La semaine dernière, c’est le film Un Requiem pour une tueuse de Jérôme Legris avec Clovis Cornillac, Mélanie Laurent, Tcheki Kario, Michel Fau et Xavier Gallais (production Alter Films) qui s’installait à l’Athénée pour plusieurs jours.

    Je vous livrais jeudi une photo du ballon d’éclairage qui a été utilisé pour le tournage (il s’agit d’un ballon gonflé à l’hélium à l’intérieur duquel est installé un éclairage, permettant ainsi d’émettre une lumière diffuse): voici aujourd’hui quelques photos de l’équipe du film secondée par celle de l'Athénée —pour des raisons de droit à l’image, personne n’est reconnaissable, ne cherchez pas.

     

    L’équipe technique a commencé par unifier la couleur de la scène de l’Athénée dont le “nez” avant (la partie arrondie qui couvre la fosse d’orchestre) n’était pas tout à fait du même noir que le reste.

     

    Dans un endroit très passant juste à côté du lieu de prise de vue, l’équipe a installé de la moquette noire pour protéger celle de l’Athénée.

     


    Le foyer bar a subi le même sort, avec en plus quelques bâches occultantes.

     


    Sur les coursives entourant la salle, j’ai comme l’impression que ce ne sont pas les mêmes affiches ni les mêmes sièges que d’habitude…

     


    Le fameux ballon éclairant (éteint) au premier plan, et les techniciens installant le décor sur la scène au fond.

     

    L’équipe du film se mélange à Jean-Noël et Richard, régisseurs à l’Athénée.

     

    Reflets de lunettes et lumière d’écrans d’appareils photo ou de caméras devant une partie du décor du film.

     

    Le fameux ballon éclairant, cette fois descendu et allumé.

     

    L’atelier costumes de l’Athénée est bien plus rempli que d’habitude…

     

    Des membres de l’équipe technique, artistique et administrative du film dans la cour de l’Athénée.

     

    Les techniciens commençant à ranger le décor à la fin du tournage.

     

    L’équipe du film est aujourd’hui partie et l’Athénée se prépare à accueillir Une Maison de poupées mise en scène par Nils Öhlund qui commence cette semaine! Bonne journée.

     

    Merci à Thierry Muscat


  • "Je suis heureux" — "Moi aussi... C'est fini pour toujours." • Coulisses




    Emmanuelle Grangé interprète le rôle de Kristine Linde dans Une Maison de poupées mise en scène par Nils Öhlund qui commence cette semaine à l’Athénée.

     

     

    Pendant les premières répétitions en septembre et octobre dernier (dont vous avez pu voir quelques photos sur le blog, ici ou là), Emmanuelle a tenu un journal quotidien qu’elle m’envoyait tous les soirs: voici pour vous le début de ses chroniques des répétitions d’Une Maison de poupées.


    NB: l’équipe artistique d’Une Maison de poupées est composée de Nils (metteur en scène), Olivia (rôle de Nora), Féodor (rôle de Torvald), Alexis (rôle de Rank), Emmanuelle (rôle de Kristine) et Bernard (rôle de Krogstad)


    Mon cher journal

    Les répétitions vues par Emmanuelle Grangé



    «1er septembre 2009
    La peau
    Il pleut en sortant du métro. Souvenons-nous de cet août où Féodor plante ses arbres fruitiers et sa charpente, où Olivia rend visite à Homère en Grèce, où Alexis adopte un chat, où Nils ne capte pas de chez sa mère, où Emmanuelle retrouve la Charente, où Bernard reviendra la semaine prochaine... De ces paysages aussi dépendront La Maison.
    Qu'est-il de plus flagrant qu'un épiderme le jour d'une première répétition ? Le soleil omniprésent de cet été n'a pas main mise sur la peau de l'acteur. Bestiole pensante, le comédien se tient entre l'apprentissage du texte et son interprétation bredouillante, ses idées lumineuses ! Dans cet infime détroit naît la création.
    Au metteur en scène revient la baguette du regard large; Nils a sa chemise bleue transpirante et l'oeil vigile parlant.
     
    2 septembre 2009
    L'amour et l'argent
    L'hérédité et ses qualités
    Nora et Kristine
    Tor. et Kro.
    Ce matin j'ouïe
    Je me demande pendant combien de temps
    je garderai les pieds nus
    Septembre serait une belle saison
    pour sécher un herbier
    Et toujours revenir
    à la Norvège d'Ibsen
    Le climax !
    Je vois l'acteur en équilibre se pencher
    Peut-être ne le fera-t-il que là
    en grâce de répétition,
    à l'ombre du laboratoire.
    Ce matin, les yeux de Nora étaient humides.
    “Je suis heureux”
    “Moi aussi... C'est fini pour toujours”
    (Acte I, scène 1)


    3 septembre 2009

    “Putain de mort et saloperie de douleur” (Nora, acte I, scène 4)
    Dès cette scène, Nora dit l'inconsolable. Elle a convié son amie d'enfance, un fantôme ?, Kristine, qu'elle ne reconnaît qu'après effusion corps à corps, et le docteur Rank mourant. La mort et la re-naissance.
    Juste un peu plus tard, une scène plus loin, Torvald dira à Kristine : “Venez, Madame, à moins d'être une maman, l'endroit va devenir insupportable”.
    Je pense à la Médée de Pasolini.
    Je pense à Tchekhov qui disait sa Cerisaie comédie, Ibsen n'en aurait pas moins ainsi qualifié sa Maison de poupées. Parce que la tragédie n'est jamais dramatique.
     

    4 septembre 2009

    Je t'ai par cœur.
    L'acteur rabat les œillères au milieu du bruit de la brasserie, recopie l'auteur, réplique après réplique. Les mots se chamaillent la place, la portée, l'ordonnance dans le cerveau, se logent impacts dans le cœur. L'homme fronce le nez, les lunettes menacent de tomber, la calligraphie est aussi élégante que sa silhouette penchée à la Giacometti. ?Il redevient apprenti, balbutieur, découvreur. Rien n'est jamais acquis...
    Il n'y a guère qu'une chanson de Bob Dylan dans les haut-parleurs qui puisse lui faire relever la tête, tourner la cuiller dans le café froid. "Like a rolling stone ..." Les mains dans l'humus des mots, la mémorisation finit par pénétrer le corps. ?L'acteur s'absente de longues heures, fourmi souterraine, il peut lui arriver d'oublier dans ces endroits publics de surchauffe un pull-over, un téléphone, un carnet d'adresses, un imperméable, il peut lui arriver de vouloir franchir le tourniquet du métro en oubliant de glisser un ticket, il se fait alors très mal.

    7 septembre 2009
    Couleur Isabelle
    Lilas en Scène est l’antre de nos répétitions aux Lilas dans le 93. Proche de la fameuse clinique de l’accouchement sans douleur.
    Nous changeons de salle aujourd’hui, d’une dénommée « Leila » -de l’arabe nuit-, nous passons à « Isabelle » - Isabelle la Catholique aurait fait le vœu de ne pas changer de chemise avant la fin du siège de Grenade en 1491…-  Le ciel est à l’été.
    Nous avons visité les dernières scènes de l’acte I.
    Je voudrais ce soir après le travail d’aujourd’hui ne penser qu’à l’espèce de pureté de Nora.
    “Mmh” (Torvald, acte I, scène 9), “je vais relire mon texte” (Emmanuelle G.)


    14 septembre 2009
    On a beau lire, relire, penser, taire, que sais-je, rêver, le monologue de l'acteur chez lui n'arrive pas à la cheville de l'intime lors de la répétition à plusieurs.
    Quelle est cette chose que j'abandonne dès la porte de chez moi claquée ? Quelle est cette rumination silencieuse dans le bus devant la femme qui in extremis arrivera à hisser la poussette et son enfant dans l'habitacle roulant ? De quel ordre est ce rituel commençant en bas de ma maison à heure presque précise et finissant à la porte de Lilas en Scène ?
    Bien souvent je vois en premier Alexis là où un pâlot rayon de soleil veut bien encore chauffer les corps endormis. L'automne est-il là ?
    Notre tanière est chaude et sans garantie et sans esbroufe, nous travaillons mine de tout; Nils ne perd aucun d'entre nous.


    15 septembre 2009

    Esculape et heidelberger Brot* !
    Il faut d’abord sentir et surtout ne pas mélanger ! Chez nous, il y a un Grec aux accents sud américains, un Breton-Italien, une Calvadosienne (c’est elle qui sent si bon les Esculape’s gouttes), un jeune Suédois, un va-nu-pieds-sans-dire russe , une germano-russe. Chez nous, c’est plus large que la France et grand comme six fois la grande ourse, enfin, c’est ce qu’on voit, pressent et désire…
    “Tu as entendu.” (Nora, acte III, scène 2). Les corps ont à dire, à faire, non à démontrer.
    Pour cela il faut du souffle, un gros zeste insoupçonnable de travail, des amandes émondées, du sucre, des mains, un tantinet de pensée, une forte pincée d’abandon, du blé pas si riche que ça… Hop là !  Voici le pain mendiant superbe de Heidelberg !
     
    *das Brot :  le pain
    Heidelberg :  ville d’Allemagne, célèbre université, Goethe, les frères Grimm…


    16 septembre 2009
    Restons sérieux et légers !  Je persiste à croire que les quelques gracieux moments de répétition s’approchent au plus près du théâtre avant la re-présentation.
    Quelle est cette espèce d’alchimie orchestrée par Nils Öhlund ? De quel ordre est cette confiance de voyants que nous lui accordons, nous, les acteurs ?
    Nils nous propose de travailler au plus près de nous, c’est-à-dire de l’intime. Son adaptation d’Ibsen est alerte, de scories, il n’y a pas. Et le bougre a enlevé la ponctuation du texte !
    Alors, par exemple, ça donne ça dans mon interprétation: “…Maintenant, je me retrouve toute seule, vide et laissée de côté. C’est terrible, travailler juste pour soi, il n’y a aucun plaisir.”, là où on pourrait aussi entendre, “Maintenant, je me retrouve toute seule, vide et laissée de côté, c’est terrible. Travailler juste pour soi, il n’y a aucun plaisir.” (Kristine, Acte III, scène 1)
    A bon entendeur, salut !  Je retourne à mon texte.»


    Emmanuelle a continué son journal de répétitions de manière très régulière (quoique moins quotidienne) jusqu’à la première d’Une Maison de poupées à Niort, deux semaines plus tard. Vous pouvez le consulter en intégralité sur le site d’Une Maison de poupées, ici.
    (Note du 25 mai 2010 : Emmanuelle a continué son journal au moment des représentations à l'Athénée. Je l'ai publié sur le blog  ici)


    Il ne reste plus que quelques jours avant la première d’Une Maison de poupées. Si vous avez acheté le Télérama de la semaine dernière ou de la semaine précédente, vous y trouverez le pass théâtre qui vous donnera droit à des places à 10 euros à l’Athénée jusqu’à samedi.

    Bon lundi !


  • Le lustre a disparu ! • Coup de théâtre




    Une Maison de poupées d'Ibsen mis en scène par Nils Öhlund ne commencera que la semaine prochaine à l'Athénée: ce n'est pas pour autant que le théâtre reste vide et qu'il ne s'y déroule pas des choses étranges...

     

     

    Vous aurez la suite très vite.

     

    Bonne journée à tous, et n'oubliez pas que pour voir Ursule 1.1, l'opéra pour internet de Benjamin Lazar dont je vous parlais hier, c'est ce soir de 21h à 21h30 sur le site du Théâtre de Cornouaille !


  • Vous êtes vierge ? Vous habitez Quimper ? • Pleins feux




    Si vous êtes un spectateur fidèle de l’Athénée, vous connaissez déjà Benjamin Lazar: venu en avril 2008 avec son spectacle L’autre Monde ou les états et empires de la lune, il reviendra à partir du 27 mai prochain pour Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé.

    Si vous êtes un spectateur fidèle d’opéra et de théâtre musical, vous connaissez déjà Benjamin Lazar aussi: il a mis en scène La la la - Opéra en chansons et Cadmus et Hermione à l’Opéra Comique ou Le Bourgeois gentilhomme au Château de Versailles.

    Vous n’aurez même pas besoin de vous déplacer pour voir son prochain spectacle, Ursule 1.1, et pour cause, ce n’est pas vraiment un spectacle. Ou plutôt si, c’en est un, mais pour internet.

    Le spectacle vivant passe souvent très mal à l’écran: mais ici, il ne s’agit pas d’une captation d’un spectacle joué devant du public et retransmis ensuite, mais bien d’un opéra conçu pour internet.
    L’opéra Ursule 1.1 composé par Morgan Jourdain, mis en scène par Benjamin Lazar et dirigé par Geoffroy Jourdain sera joué au Théâtre de Cornouaille (Quimper) devant une caméra. La mise en scène est conçue pour cette caméra qui restera fixe: à la charge des comédiens, chanteurs et techniciens de jouer et régler les décors et lumières en fonction de cette caméra.

    Vous l’aurez bien compris, l’objet est donc bien d’innover une nouvelle forme de création en investissant un média, internet, encore peu ou mal utilisé par le spectacle vivant.
    Il n’est pas pour autant forcément question de voir un opéra en solitaire, car Benjamin Lazar se plaît à imaginer des endroits conviviaux où l’on pourrait regarder cette nouvelle forme de spectacles pour internet sur écran géant et à plusieurs.

    Quelles ambiguïtés Internet peut-il produire? L’écran implique-t-il nécessairement une médiation? Le spectacle vivant l’est-il toujours autant si le public n’est pas dans la salle? L’émotion est-elle possible à distance? Internet représente-t-il une nouveau moyen d’accès au théâtre?

    Pour réfléchir à toutes ces questions, rencontrer Ursule et découvrir le premier opéra créé pour internet, connectez-vous demain sur le site internet du Théâtre de Cornouaille pour la première session d’Au Web ce soir: c’est demain à 21h, c’est gratuit et cela dure une demi-heure.


    Bon mercredi!

    PS : Si vous achetez le Télérama d’aujourd’hui, vous y trouverez un encart, le pass Télérama théâtre, qui vous permettra d’aller voir Une Maison de poupées mis en scène par Nils Öhlund à l’Athénée pour 10 euros (offre valable pour la première semaine de représentations).


  • Niort est une jolie ville • Coulisses




    Je vous le disais jeudi, j’ai suivi l’équipe d’Une Maison de poupées (à partir de la semaine prochaine à l’Athénée) dans leurs répétitions et/ou représentations aux Lilas, à Niort et à Dijon.

    Je vous livrais donc la semaine dernière des photos de répétitions sans décor ni costumes aux Lilas; voici aujourd’hui quelques photos des répétitions à Niort, dans le décor mais pas forcément en costumes, quelques jours avant la première le 13 octobre (là aussi, c’était avant l’acquisition de mon nouvel appareil photo, mais vous ferez comme si vous n’aviez rien vu).

    La scénographe Virginie Leforestier.

     

     

    Les comédien(ne)s Bernard Mazzinghi (rôle de Nils Krogstad)
    et Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine)
    entourant le metteur en scène Nils Öhlund
    pendant les essais du créateur des lumières, Xavier Carré.

     

     

    Les jambes des comédien(ne)s Bernard Mazzinghi (rôle de Krogstad)
    et Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine)
    entourant celles du metteur en scène Nils Öhlund.

     

    À gauche, la comédienne Olivia Brunaux (rôle de Nora) est dans le flou
    pendant que le metteur en scène Nils Öhlund et les comédien(ne)s Alexis Danavaras (rôle du Docteur Rank), Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine) et Féodor Atkine (rôle de Torvald) font le point.

     

    La comédienne Olivia Brunaux (rôle de Nora).

     

    Les comédien(ne)s Féodor Atkine (rôle de Torvald)
    et Olivia Brunaux (rôle de Nora)
    sous l’oeil du metteur en scène Nils Öhlund.

     

    La silhouette du metteur en scène Nils Öhlund.

     

     

    Les comédien(ne)s Féodor Atkine (rôle de Torvald)
    et Olivia Brunaux (rôle de Nora).

     

    Le metteur en scène Nils Öhlund à une époque où il avait moins de problèmes avec son coiffeur qu’avec ses tableaux Excel.

     

    J’en avais profité pour faire un rapide tour dans Niort que je ne connaissais pas du tout: et comme j’imagine que certains d’entre vous non plus...

     

     

    À la semaine prochaine pour Une Maison de poupées d'Ibsen mis en scène par Nils Öhlund et à demain sur le blog. Bonne journée!


  • Monsieur Jouvet, un autographe! • D'hier à aujourd'hui




    Nous avons déjà eu l’occasion de le voir ensemble, l’Athénée offre de nombreux témoignages du passé à qui a l’occasion d’y farfouiller.

    Avec Denis Léger, directeur technique du théâtre, je n’ai même pas besoin de beaucoup me fouler: il suffit d’une courte visite dans son bureau pour qu’il ouvre son placard (que dis-je, sa caverne aux trésors) et m’en sorte de nombreux documents authentiques et inédits, dont, par exemple, ce papier format A5 :

     

     

    Il s’agit d’une demande d’invitation à un spectacle pour Abel Hermant, écrivain membre de l’Académie française qui tenait également une chronique dans Le Temps ou Le Figaro (et accessoirement condamné après la seconde guerre mondiale pour des faits de collaboration, mais je m’égare).

    Au vu de la date, 22 mai 1934, il s’agirait de La Machine infernale de Jean Cocteau mis en scène par Louis Jouvet et créé le 10 avril 1934 à la Comédie des Champs-Élysées (Paris 8e) dont Louis Jouvet était à l’époque le directeur -il prendra la tête de l’Athénée quelques mois plus tard.

    La demande est signée G. de Guilhermy, apparemment journaliste au Figaro (je dis “apparemment”, car la seule occurrence que j’ai pu retrouver de lui est une chronique de manoeuvres militaires effectuées en Normandie en 1937). Elle a été acceptée par Louis Jouvet dont on peut voir l’approbation et la signature en rouge sur le document.

    Bonne semaine à tous.


  • Des poupées dans les lilas • Coulisses




    Une Maison de poupées commencera dans deux semaines à l’Athénée.

    Le spectacle n’en est cependant pas à ses premiers pas: les répétitions ont commencé en septembre 2009 aux Lilas (nord-est de Paris) et la création a eu lieu à la Scène nationale de Niort le 13 octobre, inaugurant une tournée passant par Sens, Montluçon,  Flers, Dijon, Colmar ou Colombes.

    Comme je suis une blogueuse mobile, j’ai suivi toute l’équipe d’Une Maison de poupées aux Lilas, à Niort et à Dijon.

    Je vous livre donc aujourd’hui des photos qui datent d’il y a huit mois: c’était dans la salle du premier étage de Lilas en Scène (aux Lilas, donc) et les répétitions venaient de commencer. Il n’y a donc pas de décor, pas de costumes, et parfois quelques textes dans les mains des acteurs…

    Comme j’étais à l’époque une blogueuse mal équipée, les photos ont été prises avec mon ancien appareil qui, vous vous en rendrez vite compte, était quand même beaucoup moins bien que mon actuel: j’espère que vous saurez être indulgents.




    Le “décor” improvisé aux Lilas.

     

    Au premier plan de dos, Nils Ölhund (metteur en scène).
    Au fond, la comédienne Olivia Brunaux (rôle de Nora).

     



    Les comédien(ne)s Féodor Atkine (rôle de Torvald)
    et Olivia Brunaux (rôle de Nora).

     

    Les comédien(ne)s Olivia Brunaux (rôle de Nora)
    et Alexis Danavaras (rôle du Docteur Rank).

     



    La comédienne Olivia Brunaux (rôle de Nora).




    Le comédien Bernard Mazzinghi (rôle de Nils Krogstad).

     



    Le metteur en scène Nils Öhlund
    à une époque où il avait un problème avec son coiffeur.

     



    Les comédiennes Olivia Brunaux (rôle de Nora) et Emmanuelle Grangé (rôle de Kristine).

     


    Les comédien(ne)s Olivia Brunaux (rôle de Nora), Féodor Atkine (rôle de Torvald) et Alexis Danavaras (rôle du Docteur Rank).



    Pour voir Une Maison de poupées (Texte: Henrik Ibsen, 1879. Mise en scène: Nils Öhlund), c’est du 6 au 22 mai à l’Athénée !

    Bonne journée.


  • Quand l'Athénée était en travaux.... • D'hier à aujourd'hui




    Si l’Athénée est aujourd’hui l’un des plus beaux théâtres de Paris (non, je ne dis pas cela parce que j’y travaille), il était en piteux état lorsque Patrice Martinet en prit la direction en 1993.


    Construit en 1893, l’Athénée n’a pas connu de travaux importants entre 1896 et 1978, l’année où Pierre Bergé en devient directeur, soit quasiment un siècle.
    Pierre Bergé
    crée dans les combles une deuxième salle de spectacle, la salle Christian-Bérard, et fait réaliser quelques travaux d’aménagements dans les parties accueillant le public et le personnel administratif.
    En 1992, une partie de la cage de scène est rénovée.


    En 1993, Patrice Martinet ne peut que constater la nécessité d’engager des travaux de grande ampleur: la cage de scène est loin d’être sécurisée, l’électricité est en 110 volts avec les fils datant de l’époque de construction (fin du 19e siècle, donc…), le chauffage fonctionne à vapeur, certaines loges et toutes les baignoires de la salle ont été supprimées, la façade a besoin d’un ravalement et son balcon s’est en partie effondré.

    Les travaux sont chiffrés à trente millions de francs
    , soit cinq millions d’euros.


    Toute l’équipe de l’Athénée
    , et en particulier Patrice Martinet, Denis Léger, Dominique Lemaire (tous trois toujours en poste au Théâtre aujourd’hui!), Patrick Penot et Denis Bretin, se mobilise pour rassembler les fonds et concevoir les travaux.


    Il faut d’abord classer l’Athénée aux Monuments Historiques pour que l’État finance l’opération à hauteur de 50%, puis réunir la moitié restante qui sera fournie par la ville de Paris, le conseil régional d’Île-de-France et de nombreux mécènes comme Groupama (propriétaire, encore aujourd’hui, du bâtiment de l’Athénée), Pierre Bergé et des particuliers réunis au sein de la société des amis de l’Athénée.


    L’incroyable mobilisation qui eut lieu pour réaliser cette campagne de travaux permit de (re)donner naissance au théâtre que vous voyez aujourd’hui: l’ensemble du bâtiment a été entièrement réhabilité, la cage de scène complètement reconstruite, le système de son refait, la fosse d’orchestre redécouverte et agrandie, la salle redorée, les baignoires et loges ressuscitées, l’électricité et l’éclairage entièrement changés, les fauteuils du parterre restaurés et le reste du mobilier reconstruit à l’identique.


    Aujourd’hui, avant chaque représentation, l’on voit des spectateurs qui s’extasient devant le lustre ou les décors de la salle, d’autres qui prennent des photos.
    Rassurez-vous, même en y travaillant tous les jours, on ne peut s’empêcher de se dire à chaque fois que l’on traverse la scène: “c’est beau, quand même…”.

     

    Si mes recherches s'avèrent fructueuses, je vous livrerai bientôt quelques photos de l'Athénée avant et pendant travaux!

    À demain.

     

    PS : Pour davantage d’informations, vous pouvez consulter le livre Si l’on voulait écrire l’histoire du théâtre. Athénée Théâtre Louis-Jouvet 1982-2007 paru chez Biro Éditeur en 2007 et en vente auprès de l’Athénée.


  • Des photos inédites de Louis Jouvet • D'hier à aujourd'hui




    Petit rappel introductif à ceux qui prennent l’affaire en cours de route et aux autres qui auront peut-être besoin qu’on leur rafraîchisse la mémoire: Louis Jouvet fut machiniste, costumier, accessoiriste, peintre, éclairagiste, comédien et metteur en scène, mais également directeur de l’Athénée de 1943 à 1951 (il est d’ailleurs décédé dans les murs du Théâtre).

    De 1941 à 1945, ne pouvant exercer son métier comme il l’entendait du fait de l’occupation allemande, Louis Jouvet entreprit une tournée théâtrale en Amérique latine avec toute sa troupe.

    C’est en 1942 qu’il croise la route de Denise Mireille Delavigne, épouse d’un diplomate en poste à Rio de Janeiro qui décidera de quitter maison et mari pour accompagner la tournée de la compagnie Louis Jouvet.

    Denise Mireille Delavigne est décédée il y a peu: de son aventure théâtrale en Amérique latine, elle a tiré un récit et conservé quelques photos.
    Le tout est parvenu à l’Athénée l’année dernière grâce au personnel de la maison de retraite où elle a fini sa vie.

    Ici, je vous racontais la découverte de ce manuscrit ; , je vous livrais une lettre inédite de Louis Jouvet. Aujourd’hui, voici trois photos découvertes dans le précieux classeur:

     

    Louis Jouvet en compagnie de Denise Mireille Delavigne.

     

     

    Louis Jouvet.

    Il est inscrit au dos de la photo de la main de Denise Mireille Delavigne : “Jouvet durant le voyage. Medellín, 1943”
    (NB: Medellín est une ville située au sud de la Colombie)

     

     

     

    Une photo que Louis Jouvet a dédicacée à Denise Mireille Delavigne.

    La dédicace est la suivante:
    “25 oct. 42
    En souvenir de la compagne d’Amérique du Sud
    À Denise dite Mireille
    Avec affection
    Louis Jouvet”


    À venir, une petite histoire (en plusieurs partie) de cette tournée en Amérique latine selon le récit qu’en a fait Denise Mireille Delavigne.


    Une autre femme se pose la question de quitter maison et mari: c'est la Nora d'Une Maison de Poupées d'Ibsen, qui sera présentée à l'Athénée dès le 6 mai dans la mise en scène de Nils Öhlund.


    Bon mardi!


  • Vous mettrez bien un "s" à "poupées"? • Pleins feux




    À l’Athénée, Dans la colonie pénitentiaire s’est terminé ce week-end: les musiciens du quintette à cordes de l’Opéra national de Lyon et leur chef Philippe Forget ont pu laisser leurs robes de justice traîner un peu plus longtemps que d’habitude sur les sièges avant la reprise de l’opéra à la Comédie de Valence le 4 juin prochain.

     

    Il faudra attendre plus de deux semaines avant de revoir un spectacle à l’Athénée: rendez-vous le 6 mai pour Une Maison de poupées d’Henrik Ibsen mis en scène par Nils Öhlund.

    Vous avez peut-être déjà beaucoup entendu parler d’Une Maison de poupées (souvent sans S à “poupée”, mais à l’Athénée cela sera au pluriel): par un curieux hasard, la pièce aura en effet été l’objet de quatre mises en scène cette saison à Paris.

    Nous aurons tout le temps de parler de la singularité de celle de l’Athénée, tout en sachant que vous avez peut-être déjà aussi beaucoup entendu parler de Nils Öhlund, son metteur en scène: la saison dernière à l'Athénée, il interprétait le rôle de Hugo dans Les Mains sales de Sartre et celui de Skouratov dans Les Justes de Camus, tous deux mis en scène par Guy-Pierre Couleau.
    Vous pouvez le revoir en photo sur le blog ici ou relire son interview (l'intégralité des billets publiés sur le blog concernant Les Mains sales est ici, et pour Les Justes cela sera par ).


    Bon lundi sous le soleil et bon courage aux bloqués de l’avion et aux paralysés du train (je fais moi-même partie de l’une des deux catégories, vous permettez que je m’auto-console, sans mauvais jeu de mot sur “auto”?) À demain.


  • Dans les grandes lignes • Pleins feux




    Dans la colonie pénitentiaire, l’étrange visiteur venu assister à une exécution n’est pas loin de franchir la ligne: si celle de démarcation entre le bien et le mal n’est en effet pas toujours aussi facile à définir, il suffit de lire entre les lignes pour comprendre que c’est la passivité devant l’inimaginable qui entre en ligne de compte -même si le compositeur Philip Glass, en faisant de cette nouvelle de Kafka un opéra, met la question de la peine de mort en première ligne.

     

     

    Les lignes de force s’imposent-elles nécessairement à l’individu? Certains sont parfois prêts à tout pour franchir les premiers la ligne d’arrivée, d’autres préféreront suivre une ligne en gardant toujours leurs principes en ligne de mire. On sait qui aura raison sur toute la ligne: mais dans les faits, il y aura souvent de la friture (friture d’ailleurs à éviter si vous voulez absolument la retrouver, la ligne, mais je m’égare).


    Pour voir la pureté des lignes de Dans la Colonie pénitentiaire, opéra de Glass d’après Kafka, dans la mise en scène de Richard Brunel et la direction musicale de Philippe Forget, c’est à l’Athénée jusqu’à samedi!

    Bon jeudi.


  • Il y est, il y reste • Pleins feux




    Après les représentations de Dans la Colonie pénitentiaire, il reste sur scène des flaques d’un drôle de liquide…

     

    Le drôle de liquide peut aussi donner lieu, une fois la mise au point de mon appareil photo un peu modifiée, à de drôles de reflets….

     


    Eh oui, le lustre de l’Athénée n’est pas du genre à se laisser oublier.



    Dans la Colonie pénitentiaire, opéra de Philip Glass d’après Franz Kafka, se joue à l’Athénée dans la mise en scène de Richard Brunel et la direction musicale de Philippe Forget jusqu’à samedi!

    Bon mercredi.


  • Êtes-vous favorables à la peine de mort? • Perspective




    En septembre 2006, un sondage publié par TNS-Sofres montrait que quatre Français sur dix étaient favorables au rétablissement de la peine de mort.

    En interdisant la peine de mort en 1981, la France était très en retard par rapport au reste de l’Europe, le grand duché de Toscane ayant légalement aboli la peine de mort dès 1786, suivi par le Portugal en 1867, la Hollande en 1870 ou la Norvège en 1905.
    (Quelques autres dates --> Suède: 1921. Danemark: 1930. Suisse: 1942. Italie: 1944. Finlande et Allemagne de l'Ouest: 1949. Autriche: 1950. Grande-Bretagne: 1965. Espagne: 1978.

    La Chine, l’Iran, Singapour, l’Indonésie, le Japon ou les États-Unis pratiquent encore la peine de mort
    , même si une quinzaine d’États des États-Unis l’ont abolie (la Cour Suprême américaine avait d’ailleurs bloqué l’application de la peine de mort de 1972 à 1976, considérant qu’elle contredisait le huitième amendement de la Constitution).

    La peine de mort pose trois questions essentielles: la société et l’État peuvent-ils juger du destin d’une personne humaine et avoir droit de vie ou de mort sur leurs citoyens?
    La peine de mort a-t-elle valeur dissuasive et exemplaire, diminue-t-elle la criminalité?
    Si l’on supprime la peine de mort, par quoi la remplacer et peut-on réintégrer des criminels dans la société?


    Dans la colonie pénitentiaire de Franz Kafka (1914) raconte l’histoire d’un observateur en visite sur une île-prison où doit se dérouler une exécution cruelle: ce n’est pourtant pas vraiment la question de la peine de mort et de la torture qui interpelle à la lecture, mais plutôt la passivité du visiteur venu assister à l’exécution.

    Lorsque le compositeur Philip Glass utilise la nouvelle de Kafka pour en faire un opéra créé en 2000 à Seattle, c’est davantage la peine capitale qui est mise en question dans un pays qui la pratique toujours.

    Dans la colonie pénitentiaire, opéra de Glass d’après Kafka mis en scène par Richard Brunel et dirigé par Philippe Forget, se joue jusqu’à samedi à l’Athénée: faites-vous partie des 42% des Français favorables à la peine de mort, des 52% qui s’y opposent ou des 6% sans opinion? N’hésitez pas à répondre au sondage sur le blog.

    Bon mardi.


  • Cui cui • Coup de théâtre




    (c) Andrew Gray

     

    Oui, c'est un oiseau.

    Mais il ne s'agit pas de n'importe quel oiseau.
    Il porte un nom précis, qui a un rapport avec Dans la colonie pénitentiaire, l'opéra de Philip Glass adapté d'une nouvelle de Franz Kafka actuellement à l'Athénée.

    Ceux qui connaissent l'anecdote et/ou qui parlent couramment une  certaine langue étrangère européenne (que je ne cite pas sinon c'est trop facile) et/ou qui se passionnent pour l'ornythologie trouveront tout de suite.
    Pour les autres, un indice: il faut traduire le nom de cet oiseau dans une autre langue en rapport avec l'un des deux auteurs de Dans la colonie pénitentiaire.

    Pour donner vos réponses, n'hésitez pas à laisser un commentaire à ce billet.

     

    L'équipe de Dans la colonie pénitentiaire se repose ce soir et reprendra les représentations à l'Athénée dès demain soir jusqu'à samedi!

    Bon lundi.


  • J'ai mal au coeur • Coulisses




    J'ai comme l'impression que, depuis que l'équipe de Dans la Colonie pénitentiaire est arrivée à l'Athénée, la scène n'est pas pareille qu'avant...

     

    Si vous n'arrivez pas à lire la vidéo, cliquez  pour aller sur YouTube.

     

    Dans la Colonie pénitentiaire, opéra de Philip Glass d'après Franz Kafka, a commencé hier et se joue jusqu'au 17 avril à l'Athénée!
    Ce soir, dans le cadre des "D'abord" de l'Athénée, Jacques Amblard, musicologue, viendra vous présenter l'œuvre: rendez-vous à 19h au foyer-bar.

    Bon mercredi!


  • Rampe, rampez, rampons • Coulisses




    Dans la Colonie pénitentiaire commence ce soir: hier en début de soirée, Sylvain et Nicolas changeaient les ampoules d'une rampe de projecteurs placée sous un praticable et contrôlaient son orientation.

     

     

    À ce soir pour la première de Dans la Colonie pénitentiaire! Avant la représentation de demain, Jacques Amblard, musicologue, viendra présenter l'œuvre: rendez-vous à 19h au foyer-bar de l'Athénée!


  • Pâques, de toutes façons, c'est surfait. • Coulisses




    L’équipe de Dans la Colonie pénitentiaire est arrivée ce dimanche pour monter les lumières et le décor (une pensée pour les techniciens qui n’ont pas pu chercher des œufs au chocolat dans leurs plantes vertes) et a répété toute la journée d’hier à l'Athénée (une petite pensée pour les artistes, administratifs et techniciens qui n’ont pas pu profiter du beau temps).

     

     

    Les cartons des costumes et le matériel pour les lumières
    envahissait encore les couloirs du théâtre hier.

     

    Sylvain et David, régisseurs, procèdent aux réglages.

     

    Richard, metteur en scène, et Vanessa, administratrice de la compagnie Anonyme, à leur table de travail dans la salle.

     

    L’équipe de Dans la Colonie pénitentiaire répétera encore aujourd’hui avant la première demain!
    Pour rappel, il s'agit d'un opéra de Philip Glass d'après une nouvelle de Kafka mis en scène par Richard Brunel et dirigé par Philippe Forget.

    Bon mardi!

     

     


  • L'humour noir • Pleins feux




    Auteur de La Métamorphose, du Verdict ou du Procès, Kafka se refusa à publier bon nombre de ses manuscrits: beaucoup d’œuvres que nous connaissons de lui aujourd’hui ont en fait été éditées après sa mort, parfois encore à l’état d’ébauche et contre sa volonté.

    Dans la Colonie pénitentiaire a été publié de son vivant en 1919 -il avait alors trente-six ans. Extrêmement déroutante, la nouvelle raconte l’histoire d’un visiteur venu observer le système judiciaire d’une prison située sur une île. Du visiteur, on ne sera que peu de choses, sinon que la sympathie que l’on avait au départ pour lui se meut peu à peu en perplexité devant sa passivité face à une infâme machine de torture.

    En adaptant cette nouvelle sèche et dépouillée en opéra, Philip Glass, que vous avez déjà croisé à l’Athénée la saison dernière pour son opéra Les Enfants terribles inspiré de Cocteau, insistait sur le côté politique du texte: Kafka a longtemps été mis en avant pour sa portée idéologique, peut-être au détriment de ses qualités littéraires incroyables qui le propulsent à l’avant-garde du 20e siècle.

    Son style insaisissable, sa variété de ton, les petites touches de fantastique, la sécheresse de son écriture, son cynisme, son humour et son sens de la dramaturgie sont ainsi très nettement présents dans Dans la Colonie pénitentiaire où l’on croise encore une fois la figure de l’écrivain.
    Toujours présente dans les textes de Kafka, mais souvent détournée ou déplacée, l’écriture est ici une sentence qui provoque littéralement la mort -on ne vous en dira pas plus: le pouvoir meurtrier de la littérature sera à découvrir dans l’opéra.
    Les figures d’écrivains (ou ce qui s’en approche) que Kafka place dans ses œuvres sont ainsi des “figures de messies douteux, à mi-chemin entre le raté, l'escroc et le parvenu, qui non seulement ne sauvent personne, mais se perdent invariablement eux-mêmes malgré leur foi inébranlable et l'excès de leur sérieux” (Marthe Robert).

    Existe-t-il un système judiciaire juste? La neutralité est-elle synonyme de complicité? La lâcheté se fait-elle réellement par omission? L’humour est-il acceptable dans l’horreur? Le politique a-t-il sa place sur une scène d’opéra?
    Pour explorer toutes ces questions, Dans la Colonie pénitentiaire, opéra de Philip Glass d’après Kafka mis en scène par Richard Brunel et dirigé par Philippe Forget sera à l’Athénée à partir de mercredi et jusqu’au 17 avril.

    Bon lundi de Pâques!



    Merci à Marthe Robert et Bernard Lortholary
    pour leurs articles sur Kafka.


  • Oh, mais quel jour sommes-nous? • Coup de théâtre




    Athénée Théâtre Louis-Jouvet, novembre-décembre 1983

     

     

    Athénée Théâtre Louis-Jouvet, octobre-novembre 1992

     

     

    Athénée Théâtre Louis-Jouvet, novembre 1999

     

     


  • Il est interdit de klaxonner en ville • Pleins feux




    Klaxon, grand tam-tam, glockenspiel, triangle, wood-block, temple block, cymbale suspendue, guero, cabassa, métaux, marimba: ce sont toutes les percussions que vous pourrez découvrir dans le conte musical Timouk.

    Timouk est un jeune prince qui se retrouve coup sur coup privé de sa famille et de la parole: quel rôle la musique peut-elle jouer pour l’aider dans sa quête?

    Dans ce conte musical sur un texte de Yun-Sun Limet et une musique de Guillaume Connesson, c’est le silence qui permet la musique, et l’émotion produite par la musique qui permet de retrouver la parole.
    Passant du jardin du château à un couloir aux grandes fenêtres qui permettent de passer d’un monde à l’autre, Timouk erre dans la ville avant de tomber sur un meuble bien étrange… Mais l’on ne vous dira pas ce que c’est.

    L’on peut en revanche vous indiquer par exemple que le wood-block est un instrument composé d’un morceau de bois creux souvent rectangulaire sur lequel on tape, que le guero se racle ou que le marimba ressemble à un balafon, pour ceux qui connaissent.

    Parfois comparé à Bernstein, le jeune français Guillaume Connesson a composé une œuvre vivante multipliant les trouvailles et les influences musicales: Timouk sera interprété ce samedi 3 avril à l’Athénée avec Claire-Marie Le Guay au piano (pianiste en résidence à l’Athénée), Marie Gillain à la narration (que l’on ne présente plus non plus), Sarah Nemtanu au violon (premier violon solo de l’Orchestre National de France et doublure de Mélanie Laurent dans le film Le Concert de Radu Mihaileanu), Florian Lauridon au violoncelle, Nicolas Baldeyrou à la clarinette et Emmanuel Curt aux percussions (nombreuses, les percussions, donc).

    Rendez-vous samedi à 20h à l’Athénée! Bon mercredi.


  • Peut-on échapper à sa famille? • Perspective




    De gauche à droite:
    Jean-Louis Ezine, Lola Gruber, Nicole Prieur et François de Singly.


    Depuis cette saison 2009-2010 et en partenariat avec Philosophie Magazine, l’Athénée organise des café-débats modérés par Lola Gruber, qui écrit également les programmes (ou “bibles”) et brochures à l’Athénée, destinés à éclairer certaines interrogations communes à plusieurs spectacles du Théâtre.

    Après “Besoin d’ordre, envie de désordre” en novembre 2009 et “Moi aussi, je veux être une victime!” en janvier dernier, le café-débat “Peut-on échapper à sa famille?” a eu lieu samedi à l’Athénée.
    Les invités en étaient Jean-Louis Ezine, écrivain et journaliste, Nicole Prieur, psychanalyste et François de Singly, sociologue.


    Dans ce débat d’une heure et demie qui s’est terminé sur la prise de parole de certains spectateurs présents, il fut par exemple question:

    - Du texte d’Une Maison de Poupées qui sera joué en mai à l’Athénée dans une mise en scène de Nils Öhlund et interrogé ici essentiellement par Nicole Prieur et François de Singly (quels sont les ressorts de la domination dans un couple? La domination masculine est-elle une période révolue? Est-il vrai que “lorsqu’on aime, on ne compte pas?” Les petits mots d’amour sont-ils neutres? La non-reconnaissance d’un geste de don mène-t-elle à la violence? La transgression des normes sociales est-elle synonyme de trahison?)

    - De la définition de la famille (Jean-Louis Ezine parle de “taiseux”, traduisant par là l’obstination familiale dans le silence, mais aussi d’”engendrerie” pour parler de la famille, tout en pointant la coloration négative des mots “bâtards” ou “enfant illégitime”, pendant que Nicole Prieur fit remarquer que plus elle travaillait avec des familles, moins elle savait définir la famille)

    - Des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, proposé en mai-juin à l’Athénée monté par Benjamin Lazar et qui raconte l’histoire de jeunes gens empêchés de s’aimer par leurs parents (quelle est la nature des reproches faits aux parents? Pourquoi la littérature met-elle quasiment toujours en scène des enfants dénonçant leurs parents mais jamais des parents reniant leurs enfants? Doit-on abolir l’accouchement sous X ?)

    - Et évidement, de la possibilité ou non d’échapper à sa famille (quelle est la différence entre s’en échapper et s’en libérer? Comment se représenter ses origines? Peut-on réécrire l’histoire familiale?)



    Pour répondre (ou non) à ces questions et en poser d’autres, vous pourrez regarder la vidéo intégrale du débat qui sera disponible très prochainement sur le site de l’Athénée et de Philosophie Magazine (je vous préviendrai).



    Samedi soir, cela ne sera pas l’heure d’échapper à votre famille: si le conte musical Timouk interprété entre autres par Claire-Marie Le Guay (piano) et Marie Gillain (récitante) intéressera les grands, il est également accessible aux enfants. C’est samedi à 20h à l’Athénée!


    Hier, la manifestation destinée à défendre les arts et la culture à laquelle participait une partie du personnel de l'Athénée a réuni entre 2500 et 3000 personnes. Plus d'informations sur les dépêches AFP du spectacle vivant publiées par le site des professionnels du spectacle: cliquez ici.

    Bon mardi sous la pluie.


  • Si on jouait à cache-cache? • Coulisses




    Alors que Vénus s'est terminé samedi soir et grâce aux multiples recoins de l'Athénée, voici quelques photos de ce que vous n'auriez pas pu voir:

     

    Vénus vu des coulisses.
    De gauche à droite: Laurent Fernandez, Cédric Appietto, Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer (cachée) et Xavier Legrand.

     

    La robe de juge vue à travers deux lattes du gril.

     

    Le plateau de Vénus vu d'en haut

     

    Les coulisses de Vénus vus d'en bas: des accessoires sous la scène.

     

    Aujourd'hui, une partie du personnel de l'Athénée a décidé d'aller manifester dans le cadre d'une journée d'action nationale destinée à défendre les arts et la culture. À Paris,  la manifestation partira à 14h30 du Palais Royal. Des rassemblements sont également prévus à Nantes, Lyon, Bordeaux et Marseille.

     

    Le prochain spectacle à l'Athénée sera Timouk, un conte musical interprété entre autres par Claire-Marie le Guay au piano et Marie Gillain à la narration. Rendez-vous ce samedi à  20h!

     

    Bonne semaine.


  • N'oubliez pas, c'est une histoire d'amour... • Entretien




    Gina Djemba est comédienne: c’est elle que vous avez beaucoup vue en photo sur le blog ces derniers temps et qui tient le rôle-titre de Vénus actuellement à l’Athénée.

    Conversation à 16h dans le foyer des comédiens de l’Athénée, avant que Gina se prépare pour la représentation.


    «_ Tu dînes déjà?
    _ Oui, je ne peux pas manger juste avant une représentation, sinon je me sens trop lourde. J’ai besoin d’être vide pour prendre…

    _ Jouer, c’est prendre?
    _ C’est à la fois prendre et donner, que cela soit avec ses partenaires ou avec le public. Les relations avec les spectateurs ou les autres comédiens sont différentes chaque soir, et je suis particulièrement attentive aux réactions du public: un regard, un rire, cela n’a l’air de rien, mais c’est déjà énorme. C’est une forme de don.

    _ Les réactions des spectateurs sont-elles différentes d’un soir à l’autre sur Vénus? Y a-t-il des choses qui t’étonnent?
    _ Non, les réactions sont assez égales sur Vénus. Mais il m’est déjà arrivé sur d’autres pièces de sentir des salles glaciales… J’ai le sentiment que le public de Vénus est extrêmement impliqué. Il y a tout de même une chose qui m’a étonnée au début, c’est l’absence de rires sur les scènes de la pièce intérieure, Pour l’amour de la Vénus [passages d’un vaudeville écrit au 19e siècle sur la vénus hottentote et réintégrés dans la pièce par Suzan-Lori Parks. Extrait vidéo publié sur le blog le 17 mars]; ces scènes grotesques nous faisaient beaucoup rire en répétitions, et je me suis rendue compte lors des représentations que cela ne prêtait en fait pas nécessairement à rire: finalement, ne serait-ce pas être complice du drame vécu par la vénus hottentote que de s’esclaffer devant cela?
    De même, il m’arrive d’entendre des rires nerveux lors de certaines scènes très dures: parce que parfois, devant la violence, on ne peut avoir aucune autre réaction que celle-ci… C’est par ce genre de signaux que je sens que le public de Vénus est impliqué dans ce qu’il voit -le texte étant assez complexe, l’écoute est de toutes façons nécessaire...
    J’aime beaucoup la scène où je descend en salle pour raconter l’histoire du chocolat et en offrir quelques-uns aux spectateurs: je perçois à ce moment-là une écoute extrême de la part du public et me sens entièrement connectée à lui. Cette écoute attentive m’aide d’ailleurs beaucoup, car il s’agit d’un passage où je dois sortir du personnage de Vénus pour raconter l’histoire du chocolat: je m’appuie beaucoup sur les spectateurs pour me dégager de toute l’agitation de mon personnage.

    _ C’est un rôle qui me semble difficile à endosser, parce qu’il porte la pièce, qu’il demande une certaine nudité et qu’il ne ressemble à aucun personnage “classique”. Tu n’as pas eu peur en découvrant la pièce?
    _ Je ne connaissais pas l’histoire de Saartje Baartman, la véritable vénus hottentote, avant de lire la pièce. Je me suis sentie mise en confiance dès l’audition: d’habitude, un casting, c’est très expéditif. Là, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, a pris le temps de m’expliquer sa démarche, de me faire faire des improvisations… Elle m’a fait jouer différents stades de la vie de Vénus, a abordé mon rapport à la nudité, m’a fait travailler sur l’obscénité, le monstrueux… Elle a une véritable vision: avec elle, tout a un sens, et la nudité, lorsqu’elle apparaît, est nécessaire.

    _ Quelles sont les difficultés propres au rôle de Vénus?

    _ Tout d’abord, il faut lui donner une forme de naïveté, ou de simplicité: elle a des difficultés à parler et évolue par étapes. Il y a donc quelque chose de primitif, ou d’élémentaire, d’animal, chez elle, qu’il fallait jouer sans pour autant la rendre bête.
    C’est d’ailleurs la deuxième difficulté: ne surtout pas en faire une femme stupide, car elle est loin de l’être. S’il existe une ambiguïté d’une femme qui se laisse exploiter, on sent tout de même qu’elle possède un fort caractère: elle a décidé de partir, quand même… Ce paradoxe entre la détermination et la soumission d’une femme contrainte et forcée qui se retrouve face à ce qu’elle n’aurait jamais imaginé est très intéressant à jouer.
    Ce qui m’a beaucoup motivée, c’est sans doute le fait que Vénus soit tiré de l’histoire d’une femme qui a réellement existé: je me sens au service de Saartje Baartman, et c’est sans doute pour cela que j’ose beaucoup de choses sur scène. Je me suis aussi beaucoup documentée sur sa véritable histoire.

    _ Dans l’interview qu’elle m’a accordée, Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, me parlait de la prothèse des fesses en disant qu’il était indispensable que tu en sentes bien le poids. Es-tu d’accord avec cela?
    _ Entièrement. D’ailleurs, la prothèse des fesses a mis beaucoup de temps à se construire, et j’ai eu l’impression de devenir Vénus au fur et à mesure qu’elle prenait forme… Ces fesses sont comme un masque : elles me donnent l’impression d’être habillée et sans elles, je n’aurais pas pu être Vénus.

    _ Les différentes perruques que tu portes agissent-elles aussi comme une forme de masque?

    _ Les coiffures apportent un port de tête, et elles montrent également l’évolution du personnage. La perruque à la Brigitte Bardot est le signe extérieur d’appartenance à une certaine bourgeoisie. À ce sujet, la scène où elle se maquille a été très difficile [extrait vidéo de la scène en répétition sur le blog le 8 mars], car je ne voulais pas singer les bourgeoises de cette époque: mais c’est une scène où c’est l’imaginaire de Vénus qui parle, c’est son échappatoire, sa respiration… Cela permettait de faire exister sa fantaisie et ses espoirs autant que sa désillusion. Dans cette scène, on voit en fait qu’elle a quitté sa prison pour une cage dorée où elle se conduit comme une enfant qui joue à la grande dame… La poudre que je mets fait aussi office de masque en transformant Vénus en une sorte de clown triste. Pour moi, c’est la scène la plus difficile à vivre, bien plus que celles où je me fais battre, car elle intervient après le premier avortement, après qu’elle se soit fait couper les cheveux… Ce moment où elle se fait couper les cheveux correspond à une perte d’identité, à une négation de sa féminité, à une déchéance: elle est entièrement devenue un objet d’études au point de se faire couper les cheveux pour qu’ils soient analysés. C’est le dernier stade, on ne peut plus aller plus loin…

    _ Lorsqu’elle a rencontré Cristèle Alves Meira, Suzan-Lori Parks, l’auteure du texte, lui a dit: “n’oubliez pas que c’est une histoire d’amour”. Vénus, c’est une histoire d’amour, pour toi?
    _ Oui, mais c’est l’histoire d’amour la pire qui soit! Vénus et le Baron-Docteur sont deux individus tous les deux perdus dans leur solitude qui se retrouvent parce que chacun espère devenir quelqu’un grâce à l’autre. C’est donc davantage une histoire sur l’idée d’amour qu’une histoire d’amour proprement dit…

    _ Le lieu même de cette histoire d’amour, le lit, est d’ailleurs à l’image de ce que tu viens d’expliquer: de loin, il a l’air confortable, et puis quand on se met dedans, quelle horreur...
    _ Oui, c’est un lit formé d’un matelas gonflable, de poufs avec des billes en polystyrène et d’oreillers en plume. C’est un lit où tu sombres comme dans un gouffre… Le lit devrait évoquer quelque chose de paisible, mais c’est en fait l’endroit où se déroulent les choses les pires: rien de ce que l’on fait d’habitude dans un lit ne s’y passe! Ils n’y font pas l’amour, et lorsqu’ils dorment, ils font des cauchemars… À la fin, le lit devient d’ailleurs le tombeau de Vénus…

    _ Je crois que tu tournes également une série télévisée pendant la journée, ce n’est pas fatiguant de tout cumuler?
    _ Si, mais le théâtre est à la base de tout. J’aime beaucoup tourner pour le cinéma et la télévision car c’est un autre exercice tout à fait intéressant et complémentaire. Mais au cinéma, c’est aussi le montage qui détermine ce que sera un film. Au théâtre, tu agis en fonction du public, de tes partenaires et des imprévus. Il y a une véritable marge personnelle. Je suis d’ailleurs assez désespérée de voir que pour beaucoup de gens, le travail du comédien consiste juste à apprendre un texte...»


    Pour voir Gina Djemba et ses partenaires dans Vénus, vous avez jusqu’à samedi!

    Samedi aura également lieu le troisième café-débat de la saison sur le thème "peut-on échapper à sa famille?". Pour écouter débattre Jean-Louis Ezine, Nicole Prieur et François de Singly, rdv à 17h à l'Athénée! L'entrée est libre.

    Bon jeudi.


  • Déconseillé aux moins de 18 ans • Pleins feux




    Je ne mets quasiment jamais de photos de spectacle proprement dites sur le blog: en journée je traîne plutôt du côté des coulisses, et en soirée je ne tiens pas à déranger les spectateurs avec les claquements de mon appareil photo pendant les représentations.

    Mais pour Vénus, il se trouve que j’étais présente à l’Athénée le jour de la séance photo, c’est-à-dire au moment où avait lieu une représentation uniquement destinée à des photographes professionnels alignés dans la salle avec pieds d’appareil photo et téléobjectifs.

    Voici donc les quelques “photos officielles” (mais sans pied ni téléobjectif) que j’ai prises de Vénus mis en scène par Cristèle Alves Meira. La faible luminosité de certaines correspondent à l’atmosphère visuelle de Laïs Foulc, créatrice des lumières du spectacle.

     

    Gina Djemba

     

    Julien Béramis et Gina Djemba

     

    Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar et Xavier Legrand

     

    Gina Djemba

     

    Cédric Appietto, Gina Djemba,
    Xavier Legrand, Céline Fuhrer et Mickaël Gaspar

     

    Gina Djemba

     

    Gina Djemba

     

    Gina Djemba

     

    Mickaël Gaspar

     

    Laurent Fernandez et Cédric Appietto

     

    Gina Djemba

     

    Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer et Xavier Legrand

     

    Xavier Legrand, Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer et Gina Djemba

     

    Laurent Fernandez et Gina Djemba

     

    Gina Djemba

     

    Gina Djemba

     

    Gina Djemba

     

    Cédric Appietto

     

    Gina Djemba

     

    Julien Béramis et Gina Djemba

     

    Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar, Xavier Legrand, Julien Béramis, Laurent Fernandez et Cédric Appietto

     

    Mickaël Gaspar, Céline Fuhrer, Julien Béramis, Laurent Fernandez, Xavier Legrand et Cédric Appietto

     

    Les heureux (ou pas) inscrits à Facebook pourront aller voir d'autres photos mises en ligne sur le profil de l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet (vous pouvez en profitez pour devenir fan de la page du blog, j'ai besoin d'amis).

     

    Ce soir à 19h, Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Vénus, répondra à vos questions sur le tchat de l’Athénée: connectez-vous entre 19h et 20h sur le site de l’Athénée et posez vos questions pour une conversation écrite en direct!

    Vénus continue jusqu'à samedi.


  • La femme sans tête • Perspective




    La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
    Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
    Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
    La Chevelure in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



    De Jeanne Duval, on ne sait presque rien. Maîtresse de Charles Baudelaire durant une vingtaine d’années, son nom pouvait être aussi bien Jeanne Lemer ou Jeanne Prosper, comme elle a pu naître à Saint-Domingue, à Haïti ou en Afrique du Sud, en 1827, en 1823 ou en 1819.

    Elle a inspiré nombre des écrits de Baudelaire, à commencer par quelques poèmes du chapitre “Spleen et Idéal” dans Les Fleurs du Mal que l’on a regroupés, bien que l’expression ne soit jamais apparue chez Baudelaire (mais plutôt dans une lettre de sa mère), sous le nom de “cycle de la Vénus noire”
    Ces poèmes sont Parfum exotique, La Chevelure, Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne, Sed non satiata, Le Serpent qui danse et Le Balcon, mais le biographe de Jeanne Duval, Emmanuel Richon, estime qu’il y en a bien davantage, et pas que dans Les Fleurs du Mal.



    “Bizarre déité, brune comme les nuits,
    Au parfum mélangé de musc et de havane,
    Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
    Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
       
    Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
    L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;”
    Sed non satiata in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)



    Car Jeanne Duval était noire, et c’est ce qui semble l’avoir résumée aussi bien pour les contemporains de Baudelaire que pour la postérité : femme sans nom domiciliée au 6 rue de La-Femme-sans-tête (aujourd’hui rue Le Regrattier à Paris), elle est en tout cas restée femme de couleur.


    À te voir marcher en cadence,
    Belle d'abandon,
    On dirait un serpent qui danse
    Au bout d'un bâton.
    Le Serpent qui danse in Les Fleurs du Mal (Charles Baudelaire)


    Les similitudes avec Saartje Baartman (ou la Vénus hottentote) qui a inspiré Vénus de Suzan-Lori Parks actuellement à l’Athénée sont bien présentes: c’est peut-être à elle aussi qu’Abdellatif Kéchiche a songé en intitulant son prochain film La Vénus noire.

    En effet, le réalisateur de L’Esquive ou de La Graine et le Mulet prépare actuellement un film sur Saartje Baartman: à sa sortie, vous pourrez dire que vous connaissiez déjà l’histoire de la Vénus hottentote -ou, mieux, vous pourrez comparer le film et la pièce de théâtre.

    Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira se joue à l’Athénée jusqu’à samedi !

    Bon mardi.


  • Passer en revue • Pleins feux




    Qui sont les acteurs de Vénus ? Galerie de portraits en jeu.

     

    Cédric Appietto

     

    Julien Béramis

     

    Gina Djemba

     

    Laurent Fernandez

     

     

    Céline Fuhrer

     

    Mickaël Gaspar

     

    Xavier Legrand

     

     

    Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira continue jusqu'à samedi! Bon début de semaine.


  • Pop-corn et chocolat • Pleins feux




    Pendant les représentations de Vénus, des choses étranges se passent dans la salle et le foyer de l’Athénée: certaines plairont d’ailleurs sans doute beaucoup aux gourmands...
    (À ce sujet, conseil d’ami: si vous êtes au parterre, choisissez le rang D. Et à l’entracte, courez au foyer-bar, mais ne tardez pas trop à revenir dans la salle)

     

    Julien Béramis

     

    Julien Béramis et Gina Djemba

     

    Julien Béramis

     

    Laurent Fernandez

     

    Gina Djemba

     

    Laurent Fernandez

     

    Julien Béramis et des spectateurs

     

    Gina Djemba

     

    Bon jeudi à tous!


  • Vous m’écriviez de si jolis poèmes… • Pleins feux




    Pendant que Saartjie Baartman, la véritable vénus hottentote qui a inspiré Vénus actuellement à l’Athénée, vivait en Europe au début du 19e siècle, sa renommée était telle qu’elle donna lieu à des pièces de théâtre jouées de son vivant.

    Suzan-Lori Parks, l’auteure de Vénus, a intégré dans sa pièce des scènes de l’un de ces drames, Pour l’Amour de la Vénus, auquel assiste le personnage du baron docteur.

    Pour ce théâtre dans le théâtre, la metteure en scène Cristèle Alves Meira a eu recours a un procédé visuel assez particulier que vous pourrez deviner dans cet extrait filmé.


    Précisions : il s’agit d’un extrait d’une minute de la scène 29 de Vénus qui intègre la scène 3 de l’acte 1 de Pour l’Amour de la Vénus.
    Le personnage du baron docteur
    (interprété par Laurent Fernandez) assiste à cette pièce. L’on y voit un jeune homme délaissant sa promise pour la Vénus hottentote.

    Le texte de la scène filmée est le suivant :
    «LE JEUNE HOMME lit dans son carnet.
    "L'Homme qui n'a jamais quitté son foyer n'est pas un Homme digne de ce nom. Car comment être un Homme, un vrai, si on n'a jamais franchi le seuil de sa maison pour courir le monde... Qu'il s'aventure sous d'autres cieux et alors, là oui, ce sera un Homme."
    LA PROMISE
    Vous m'écriviez
    De si jolis vers.
    LE JEUNE HOMME
    "Et alors lui sera révélée, ainsi qu'à tous ceux qui posent les yeux sur lui, la place qu'il occupe dans la Grande Échelle des Êtres."
     LA PROMISE
    "L'Amour que j'ai pour vous n'a rien de naturel
    Autant que cette épître il est artificiel..."
    (un temps)
    Vous m'écriviez de si jolis poèmes.
    LE JEUNE HOMME
    "Il se voit, et on le voit, tel qu'au regard du Grand Inconnu, et il occupe  sa juste place parmi les Splendeurs de l'Univers."
    (un temps)
    (un temps)

    Il faudrait dire : "Parmi les Splendeurs de l'Univers divin".
    Vous ne croyez pas ?
    LA PROMISE
    Aaah malheureuse :
    La Mal-aimée.

    Rideau.
    LE BARON DOCTEUR applaudit.
    »

    Vénus de Suzan-Lori Parks - traduction Jean-Pierre Richard.

     

     

    Si vous n'arrivez pas à lire la vidéo, cliquez pour aller sur YouTube.


    Vénus mis en scène par Cristèle Alves Meira  se joue à l’Athénée jusqu’au samedi 27 mars! Bon mardi.


  • Signé Louis Jouvet • D'hier à aujourd'hui




    Je vous parlais le 27 octobre dernier de Denise Mireille Delavigne, qui a accompagné la troupe de Louis Jouvet (directeur de l'Athénée de 1934 à 1951) sur une partie de leur tournée en Amérique du Sud dans les années 1940.

    C'est au moment de son décès que les employés de la maison de retraite où elle séjournait ont retrouvé dans ses affaires un manuscrit racontant cette tournée en Amérique du Sud ainsi que de nombreuses photographies et des lettres.

    Je vous livre ce matin une lettre que Louis Jouvet lui a écrite en avril 1944 alors qu'elle était coincée pour plus d'un an au Mexique après avoir contracté la fièvre typhoïde.

    Contenu de la lettre :
    "Ma petite Denise, C'est une maigre consolation de savoir ce qu'on a quand on est malade mais c'en est une... Et que tu aies si bravement attendu pour te déclarer est encore un bénéfice... Je ne suis pas passé te voir. J'ai gardé la chambre hier et aujourd'hui et je partirai mercredi matin pour cinq à six jours à la campagne. J'enverrai mon adresse pour que Régis puisse nous donner de tes nouvelles. Ne t'inquiète pas. Sois sage et laisse-toi soigner. Marcel te portera ce mot -qu'il te dise mon affection très sincère et tous les voeux que je fais pour te revoir en santé, jolie, et heureuse. Je t'embrasse. Louis Jouvet."


    À l'Athénée, Vénus continue encore pendant deux semaines! Bon mardi.


    Édit : suite avec des photos inédites de Louis Jouvet ici.


  • C'est monstrueux • Pleins feux




    La Vénus hottentote montrée comme une bête de foire en Angleterre et en France a de drôles de collègues.

     

    Retrouvez Vénus de Suzan Lori-Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira à l'Athénée jusqu'au 27 mars.


    Ce soir, dans le cadre des "Entre nous-cinéma" (cartes blanches laissées aux metteurs en scène de l'Athénée au cinéma Le Balzac,) vous pourrez découvrir le film Freaks de Tod Browning dont je vous parlais vendredi: c'est ce soir à 20h30 au 1 rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris.

    Bon lundi politique!

     


  • 8 Mars Attack • Perspective




    Lundi dernier, c’était la journée internationale du droit des femmes. Vénus s’inspirant de l’histoire vraie d’une femme, Sarah Baartman, dont on avait décidé que son corps ne lui appartenait pas, il était tout naturel de lui rendre hommage ce jour-là.

    Les Amis de Vénus écoutant Cristèle Alves Meira,
    metteure en scène de
    Vénus, leur présenter la soirée.

     

    Les mécènes qui ont choisi de soutenir le spectacle Vénus étaient donc conviés lundi 8 mars à l’Athénée pour une soirée où ils ont pu rencontrer l’équipe du spectacle et découvrir des textes présentés par Geneviève Fraisse, philosophe et chercheuse au CNRS spécialiste de la pensée féministe et de l’égalité des sexes, et Carole Sandrel, auteure d’un livre à paraître sur l’histoire de Sarah Baartman, Vénus et Hottentote.

     

    Geneviève Fraisse entourée de Cristèle Alves Meira, metteure en scène de Vénus, et de Julien Béramis, comédien dans le spectacle.


    Cette soirée fut l’occasion de retracer la courte vie de Sarah Baartman, femme sud-africaine aux grosses fesses exhibée en Angleterre et en France et qui, après sa mort à l’âge de vingt-six ans, fut disséquée pour être exposée dans trois musées parisiens jusqu’en 1974. Sa dépouille ne fut restituée à son pays d’origine qu’en 2002 après le vote d’une loi spéciale destinée à contourner le principe de l’inaliénabilité des collections des musées français (autrement dit, le fait que les objets conservés dans les musées appartiennent au domaine public et ne peuvent être cédés).
    Sarah Baartman fut également l’objet d’un procès à Londres pour déterminer si elle était consentante ou esclave mais qui fut rapidement détourné sur la question de l’atteinte aux bonnes moeurs: en montrant ses fesses, était-elle coupable d’attentat à la pudeur?

     

    Debout, Carole Sandrel, l'auteur de Vénus et Hottentote.
    À gauche, Mickaël Gaspar et Laurent Fernandez, comédiens du spectacle.

     

    Après une intervention de Geneviève Fraisse et de Carole Sandrel, les comédiens du spectacle Vénus ont lu des textes historiques portant sur la vie de Sarah Baartman, en particulier des articles parus dans les journaux de l’époque, des débats à l’Assemblée nationale et au Sénat portant sur la restitution de sa dépouille ainsi que le discours du président d’Afrique du Sud lors de la cérémonie funéraire de Sarah Baartman en 2002.

     

    Debout, Susan George, auteure du texte Irruption du corps de couleur dans un Occident malade de sa modernité. Derrière, Julien Béramis, Gina Djemba et Cédric Appietto, comédiens du spectacle.

     

    Les lectures furent conclues par Susan George, membre du conseil scientifique et cofondatrice d’Attac et également membre du comité d’honneur des Amis de Vénus, qui nous a lu son texte Irruption du corps de couleur dans un Occident malade de sa modernité, avant que mécènes et membres de l’équipe du spectacle se retrouvent autour d’un verre de vin au nom prédestiné!...

     

     

    Pour rappel, le comité d’honneur des Amis de Vénus est présidé par Geneviève Fraisse et composé de Gisèle Blanchard (inspectrice générale de la Mairie de Paris), Tanella Boni (philosophe et écrivaine), Marie-Paule Cani (chercheuse et professeure), Catherine Clément (philosophe et romancière), Dyana Gaye (réalisatrice), Susan George et Carole Sandrel.

    Quatre-vingt-cinq particuliers et cinq entreprises ont choisi de devenir mécènes de Vénus.

    La première est ce soir!


    Bonne journée à tous.


  • Haut les tulles • Coulisses




     

    À l'Athénée, la création de Vénus est dans sa dernière ligne droite. Ici, les comédiens Gina Djemba (à gauche) et Laurent Fernandez (au centre) regardent la metteure en scène Cristèle Alves Meira (au fond) et le scénographe Yvan Robin (à droite) régler la hauteur d'accrochage des tulles en fond de scène.

    Vénus de Suzan-Lori Parks dans une mise en scène de Cristèle Alves Meira assistée de Valérie Maureau commence demain soir!

    Bon mercredi.


  • Silence dans la salle! • Pleins feux




    La pièce Vénus qui commencera jeudi à l’Athénée a été écrite par l’écrivaine américaine Suzan-Lori Parks dont je vous parlais la semaine dernière.

    Pour vous donner une idée plus précise de son écriture, voici deux scènes extraites de la pièce: nous sommes au procès du personnage principal, la Vénus hottentote, jugée pour outrage à la pudeur après avoir été exhibée comme une bête de foire.

    Comme vous le verrez, l’écriture de Suzan-Lori Parks procède parfois du vers libre et relève également du principe de la variation où des passages sont repris avec de légères altérations -l’analogie avec la musique ne s’arrête d’ailleurs pas là, Suzan-Lori Parks ayant construit la pièce comme une partition où les temps voire les blancs (voir ci-dessous où le nom d’un personnage apparaît sans donner lieu à une réplique) sont à compléter par le metteur en scène.
    La traduction est de Jean-Pierre Richard.


    Bonne lecture et bon mardi! À jeudi pour la première de Vénus.

     


    «Scène 20F
    La Vénus Hottentote au Tribunal (suite)
    (Témoin N°1 et Témoin N°2)




    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Veuve Mathews, dites-nous ce que vous avez vu.

    TEMOIN n°2
    Je n'ai rien vu.
    C'est seulement par ouï-dire.
    Du rapporté.

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Ça ira.
    Accouchez !

    TEMOIN n°2
    Je suis veuve.
    Mon cher époux adorait les attractions et avant de mourir
    il avait vu La Vénus H.
    Voici ce qu'il m'en a raconté :
    “Autour d'elle il y avait plein de monde, y compris des femmes !
    On la pinçait, on tournait autour ;
    il y a un monsieur qui la piquait du bout de sa canne ;
    et une grande dame qui, de son ombrelle, vérifiait si tout était bien, comme elle disait, "naturel".
    Et elle, elle subissait tout ce tripotage sans dire un mot.
    Peut-être un soupir ou 2 quand elle semblait sur le point de protester."
    Une fois elle a tiré une plume de sur sa tête et l'a donnée à mon mari
    Ça porte bonheur, à ce qu’il paraît.
    "Aussitôt il y a eu une bagarre. 3 hommes sont morts. Un petit garçon est devenu fou. Une femme a perdu son enfant." 
    Mon mari s’est sauvé avec la plume intacte.
    “Pauvre femme !”
    “Vraiment incroyable !”
    “Ce spectacle me rend mélancolique !”
    Ce sont les mots mêmes qu’il a employés.
    Il était à la maison debout près de la fenêtre. Je le revois encore.
    Puis il s’est éloigné de moi, plongé dans ses pensées ;
    Puis, oubliant complètement sa compassion, s’est écrié
    “Bon dieu elle a un de ces culs !”
    (un temps)
    Le choc de voir cette femme l’a tué, je crois,
    Car le surlendemain il était mort.
    J’ai jeté la plume.



    Scène 20I
    La Vénus Hottentote au Tribunal (suite)
    (Extrait historique)



    LA VENUS sort de sa cage.



    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Nous appelons à la barre La Vénus Hottentote.

    LA VENUS
    C'est moi qu'on appelle La Vénus Hottentote.


    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Elle parle !!
    (un temps)
    Des questions simples pour commencer.
    Qui êtes-vous ?
    D'où venez-vous ?
    Avez-vous de la famille ?
    Êtes-vous heureuse ?
    Êtes-vous sorcière ?
    Avez-vous déjà été battue ?
    ça vous a plu ? c'était bon ?
    Vous voulez rentrer chez vous ?
    Et si oui, quand ?! Et si oui, quand ?!
    Répondez ! Allez-y, accouchez !

    LA VENUS

    LA VENUS

    LA VENUS

    LA VENUS
    La Vénus Hottentote est actuellement
    indisponible.

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Hé toi, attention, il y a des limites !
    On pourrait te boucler jusqu'à la fin de tes jours !
    Répondez :
    Êtes-vous ici de votre plein gré
    ou agissez-vous sous la contrainte ?

    LA VENUS
    Je suis ici pour faire un pactole.

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Bravo ! Bravo ! Bravo !
    (Silence-silence-silence dans la salle !)

    LA VENUS
    Après tout ce que j'ai dû subir
    rentrer au pays sans un rond ce serait la honte

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Pauvreté serait-elle plus honteuse que nudité ?
    Pas pour nous !

    LE CORYPHEE
    Faites-la taire !
    Renvoyez-la chez elle !

    LA VENUS
    Braves gens. Permettez-moi de rester.

    LE CORYPHEE
    Pas question !
    Ceux de son espèce portent le stigmate de Dieu et, baptisés ou pas,
    leur noirceur entache l'honneur de notre beau pays.
    Mettez-la dehors !

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Faites-la taire !
    Renvoyez-la chez elle !

    LA VENUS
    Non !
    S'il vous plaît. Très braves et honnêtes gens.
    Si je porte ce stigmate, c’est l’occasion ou jamais de m'en laver ?
    Quand une pécheresse comme moi s'exhibe, à vous tous cela sert d’avertissement
    et aux yeux du Seigneur cela pourrait me racheter,
    me permettre de laver ma noirceur.
    Je suis venue ici noire.
    Donnez-moi une chance d’en repartir blanche.

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Hmmmmmmmmmmmm.
    Ses paroles ne laissent pas insensible.
    (un temps)
    Une dernière question, hum…
    Êtes-vous coupable d’outrage à la pudeur ?

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL

    LA VENUS

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL

    LA VENUS
    (un temps)
    "Outrage à la pudeur"?

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Été indécente.

    LA VENUS
    Jamais.
    Non. Je suis moi.

    LE CHOEUR DU TRIBUNAL
    Et ça veut dire quoi, ça ?!?!

    LA VENUS
    Cacher sa pudeur, ce n'est pas bien.
    Moi je montre la mienne. Vous voulez voir ?»

     

    Vénus - Suzan-Lori Parks, traduction Jean-Pierre Richard


  • Vénus - extrait filmé! • Coulisses




    Bonjour à tous,

    Et bon retour à ceux qui rentrent de vacances.

    Vénus commence jeudi à l’Athénée: découvrez aujourd’hui une vidéo de deux minutes filmée en répétition où l’on voit Cristèle Alves Meira, la metteure en scène, discuter avec l'équipe pour ajuster un passage de la pièce.

    Si la vidéo ne démarre pas, cliquez .

    Vous pouvez toujours devenir mécène du spectacle qui se jouera du 11 au 27 mars à l’Athénée!


    Bon lundi

    PS : suite à une panne électrique, les images de mon billet de vendredi où je comparais mes photos de répétitions aux croquis de la peintre Elisabeth Marion ne se sont pas affichées si vous avez tenté d’ouvrir le mail en milieu de journée: le problème a été résolu depuis dans vos boîtes mail comme sur le blog.


  • Sur le vif • Entretien




    Elisabeth Marion est peintre. Depuis trois ans, elle fait régulièrement des croquis sur le vif dans des lieux parisiens: postée dans une gare, une rue, un café, une station de métro ou un musée, elle saisit des expressions au vol, des gens sur le vif et des atmosphères en quelques traits.
    L’obligeant à sortir de son atelier, ces croquis sont pour Elisabeth l’occasion de travailler sa technique et de nourrir son travail ou son inspiration, qu’elle les intègre directement à ses autres travaux ou non.

    Mise en relation avec la comédienne Gina Djemba, qui interprète le rôle principal dans Vénus qui se jouera bientôt à l’Athénée, Elisabeth est venue faire des croquis sur quelques répétitions du spectacle.

    À l’Avant Rue (Paris 17e), Elisabeth Marion (à droite)
    croque l’équipe de Vénus vue d’en haut.


    «_ Pourquoi fais-tu régulièrement des croquis ?
    _ Lorsque l’on travaille en atelier, on est en soi, à l’intérieur, dans un processus de création: faire des croquis dans des lieux publics me permet d’aller vers l’inattendu. Dessiner sur le vif est aussi un défi qui me donne l’occasion d’améliorer ma technique et d'aller au-delà en cherchant l'intensité de l'instant.
    Je réintègre parfois ces croquis dans mes peintures: les expressions de personnes réelles que j’ai saisies dans mes croquis apportent quelque chose aux personnages de mes tableaux, peut-être un peu la présence d'un être vrai.

     

    © Elisabeth Marion


    _ Depuis quand suis-tu les répétitions de Vénus?
    _ Depuis deux semaines, mais je ne viens que par intermittence : j’ai besoin d’un temps de décantation, car lorsqu’on accumule trop d’informations, on est rapidement dépassé par tout ce que l’on a. J’assiste donc aux répétitions de temps en temps afin de réussir à me recentrer, à prendre du recul par rapport à ce que j’ai fait…

     

    © Elisabeth Marion

     

    © Elisabeth Marion


    _ Tu fais parfois certains croquis “à l’aveugle”, sans regarder ta feuille, afin de rester concentrée sur l’expression à saisir. Retravailles-tu certains de tes croquis une fois les répétitions de Vénus terminées?
    _ Il s’agit surtout de saisir des moments furtifs et éphémères en croisant deux expériences de création, le théâtre et la peinture. Je ne sais pas ce que je ferai de ces croquis ni même si j’en ferai quelque chose, mais j’en ai effectivement retravaillé certains, ou bien m’en suis servie pour faire d’autres dessins…»

    © Elisabeth Marion

    © Elisabeth Marion

     

    © Elisabeth Marion

     

    © Elisabeth Marion


    Parler avec Elisabeth en regardant ses dessins et croquis fut également l’occasion de découvrir de nombreuses convergences entre nos points de vue et de rapprocher certaines de ses œuvres avec certaines de mes photos. Rendez-vous demain matin pour le comparatif!

    Bonne journée à tous et à bientôt sur Vénus.


  • Un coeur à prendre • Coup de théâtre




    Trouvé dépassant d’une caisse dans les ateliers techniques de l’Athénée :

     

    Je savais que les techniciens étaient au fond de grands romantiques.

    Bon mercredi!


  • Kiss-moi • Perspective




    Qui connaît Suzan-Lori Parks? En France, pas grand-monde.

    Suzan-Lori Parks fait pourtant partie des écrivains les plus renommés aux États-Unis: auteure en résidence au Public Theater de New York, elle a reçu de nombreuses bourses et distinctions et fut la première femme afro-américaine à remporter le prix Pulitzer.

    Sa pièce Vénus sera pour la première fois jouée en France à partir de la semaine prochaine à l’Athénée, mais vous avez peut-être eu l’occasion de découvrir son écriture particulière il y a trois ans: en 2007, l’Athénée créait déjà en France Topdog/Underdog dans une mise en scène de Philip Boulay.

    Si ses discours et interviews nous font découvrir une personne chaleureuse, modeste et pleine d’humour, ses textes témoignent d’une écriture à la fois singulière et très accessible.

    Abordant souvent la question raciale, Suzan-Lori Parks ne tombe jamais dans le cliché: à la fois réalistes et lyriques, tragiques et drôles, secs et émouvants, ses textes heurtent la langue sans jamais la détruire et donnent une dimension étrangement poétique à des dialogues quotidiens.

    La cruauté du sujet de Vénus (la pièce raconte l’histoire vraie de S. Baartman, femme sud-africaine exhibée comme une bête de foire en Europe à la fin du 19e siècle) est bien présente, mais Suzan-Lori Parks ne fait pas de son personnage principal une simple victime et n’hésite pas à convoquer la légèreté et l’humour.

    Pour exprimer l’étrangeté d’une femme originaire d’une Afrique du Sud colonisée par les Pays-Bas qui est emmenée en Grande-Bretagne puis en France, Suzan-Lori Parks lui invente un langage insolite où les langues étrangères se mélangent : “Kiss-moi”, répète-t-elle ainsi souvent -parce qu’on ne vous l’a pas encore dit, mais Vénus est aussi une histoire d’amour.

    Cet après-midi, l’équipe du spectacle Vénus sera présente à la Manufacture des Abbesses dans le cadre du festival Au Féminin: vous pourrez entendre une lecture de la pièce par les comédiens à partir de 15h30. L’entrée est libre et se fait au 7 rue Véron dans le 18e arrondissement de Paris (métro Blanche ou Abbesses)

    Le spectacle aura lieu du 11 au 27 mars à l’Athénée.

    Bonne journée!


  • C'est vraiment l'usine • D'hier à aujourd'hui




    Bonjour à tous,

    J’espère que tout va bien pour vous après cette semaine d’interruption du blog.

    Du côté de l’Athénée, le spectacle de Guillaume Gallienne Les Garçons et Guillaume, à table! s’est terminé pour laisser place à Vénus de Suzan-Lori Parks qui commencera dans très exactement dix jours.

     

     

    L’équipe de Vénus répète désormais à l’Athénée après être passée par le Théâtre du Colombier à Bagnolet (vous aviez pu voir des photos ici ou ) ainsi que par L’Avant-Rue dans le 17e arrondissement de Paris où ils travaillaient jusqu’à la semaine dernière.

     

     

    Usine construite à la fin du 19e pour abriter successivement (et entre autres) la fabrication de monte-charges, de carreaux de faïence, de lits en fer forgé ou de maquillage, l’Avant-Rue est aujourd’hui un lieu qui accueille des artistes en favorisant les rencontres avec les habitants du quartier ainsi que la mise en réseau de résidences d’artistes au niveau européen.

     

     

    Le caractère industriel du lieu a été préservé, et l’ambiance des répétitions de Vénus a ainsi été très différente d’un endroit à un autre -je me demande d’ailleurs au passage quelle est la nature et le degré d’influence d’un lieu de travail sur l’œuvre finalement créée, mais nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler.

     

     

    Vénus commencera le jeudi 11 mars à l’Athénée pour un peu plus de deux semaines de représentations. Vous pouvez toujours soutenir le spectacle (plus d’informations ici).

    Bon lundi!

     


  • Vous pouvez répéter? • Coulisses




    Je vous avais proposé la semaine dernière des photos de répétitions du spectacle Vénus qui se jouera dans moins d’un mois à l’Athénée.

    Ces premières photos avaient été prises lors de répétitions de scènes appartenant au début de la pièce, lorsque la sud-africaine Saartjie Baartman arrive en France pour y être montrée comme une bête de foire.

    Voici maintenant des photos de répétitions de la fin de la pièce, lorsque… vous verrez bien (ce n’est pas mon genre de casser le suspense).

    Gina Djemba, la metteure en scène Cristèle Alves Meira, Cédric Appietto et Julien Béramis.


    Julien Béramis et Gina Djemba entre deux scènes.


    Julien Béramis

    Gina Djemba

     

    Trois tabourets

     

    Cristèle Alves Meira en train d’installer un panneau destiné à… vous verrez bien (ce n’est pas mon genre etc.).

     


    Laurent Fernandez et Gina Djemba.

    Xavier Legrand, Céline Fuhrer et Mickaël Gaspar

     

    Laurent Fernandez


    Julien Béramis


    Gina Djemba et Julien Béramis à la fin de la répétition.

     

    Vénus de Suzan-Lori Parks mis en scène par Cristèle Alves Meira assistée de Valérie Maureau se jouera à l’Athénée à partir du 11 mars! Vous pouvez toujours soutenir le spectacle en cliquant ici.

    Bon jeudi!


  • Monsieur Sarkozy fait ses voeux, version 2010! • Perspective




    Le 14 janvier 2009, je m’étais permis de vous faire une synthèse des voeux présentés par Monsieur le Président de la République au monde de la culture: si ces voeux avaient fait parler d’eux l’année dernière par l’annonce de l’instauration de la gratuité des musées nationaux pour les moins de vingt-cinq ans, force est de constater que, cette année, le discours est passé plus inaperçu dans les médias généralistes.

    Monsieur Sarkozy, qui était d'ailleurs présent hier soir à l'Athénée avec son épouse pour y voir le spectacle de Guillaume Gallienne Les Garçons et Guillaume, à table!, a présenté ses voeux à la culture le 7 janvier 2010 à la Cité de la Musique à Paris devant des représentants du milieu culturel français.

     

    Congratulations !

    Après s’être excusé de son retard, il a réaffirmé le caractère essentiel de la culture dans un contexte de crise avant de rappeler les supposés succès de la France en la matière:

    - la hausse de la fréquentation dans les musées et cinémas

    - la création de grands chantiers comme la construction de la Philharmonie à Paris ou l’ouverture d’une antenne du Louvre à Lens

    - la suppression de la publicité sur France Télévisions en soirée

    - le vote de la loi HADOPI qui est censée conduire à la mise en place d’une «organisation efficace qui respecte les libertés»

    - la réforme du marché de l’art votée au Sénat

    - les quarante-six monuments rénovés en un an dans le cadre de la dotation de 400 millions d’euros par an pendant dix ans allouée en janvier 2009 à la rénovation du patrimoine architectural français

    - les projets initiés par le Conseil pour la Création Artistique dirigé par Marin Karmitz tels qu’une «fête des créateurs» qui aura lieu dans huit villes françaises à partir de cette année

    - la multiplication des spectacles créés en France

    - ou encore le crédit d’impôt accordé aux films tournés en France.


    J'annonce

    Monsieur le Président a ensuite annoncé une série de mesures et d’orientations plus ou moins précises, reprenant ou précisant parfois ce qu’il avait déjà affirmé dans ses voeux à la culture version 2009, comme:

    - le dégel de l’intégralité du budget de la culture 2010

    - l’importance de l’architecture pour les villes françaises, et en particulier dans le cadre du chantier du Grand Paris

    - l’annonce de partenariats culturels dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée et, plus généralement, d’un volet culturel inclus dans tous les partenariats stratégiques noués avec des pays étrangers

    - la réaffirmation du souhait présidentiel de voir entrer Albert Camus au Panthéon

    - le rappel du projet annoncé l’année dernière d’ouvrir une Maison de l’histoire de France: le lieu et les équipes de ce musée devraient être annoncés avant le printemps -et l’on ne peut s’empêcher de se demander en quelle mesure ce musée sera lié à la question polémique de l'«identité nationale», même si Monsieur le Président s'est défendu de vouloir construire une histoire officielle.

    - l’annonce d’un budget de 750 millions d’euros consacré à la restauration et à la numérisation d’un patrimoine dit «immatériel», c’est-à-dire comprenant des livres, films, archives de presse ou collections musicales, avec un appel à contribution fait aux entreprises.

    - la nécessité de dissuader le piratage grâce à
    . la loi HADOPI
    . le développement de l’offre légale de téléchargement avec une centralisation des catalogues mis à disposition sur les différents sites
    . la création d’une carte d’achat musique destinée à habituer les jeunes à acheter ce qu’ils écoutent où l’État paierait la moitié des achats musicaux effectués par les jeunes (l’âge des jeunes concernés et le montant maximum  de cette carte musique restent à préciser)

    - la proposition au Conseil Européen d’une Taxe sur la Valeur Ajoutée réduite sur l’ensemble des produits culturels

    - le lancement d’une réflexion sur la taxation des revenus publicitaires des moteurs de recherche tels que Google, ceux-ci étant uniquement imposés dans leurs pays siège

    - le caractère essentiel de l’éducation artistique. Sur cette question tarte à la crème de la politique culturelle française qui fait régulièrement l’objet d’exhortations sur le mode de la prophétie auto-réalisatrice, quels que soient les camps politiques, notons l’annonce de mesures à peu près concrètes pour favoriser l’accès à la culture via la sensibilisation artistique, comme:
    . le développement des certifications à l’enseignement de l’histoire de l’art pour les professeurs,
    . l’inauguration de deux sites internet permettant de réunir les ressources des institutions culturelles par région ou de visionner des films, captations de spectacles ou promenades virtuelles dans les musées.
    Monsieur le Président a ainsi annoncé, peut-être un peu  rapidement, que les ministères de la culture et de l’éducation s’entendraient pour faire en sorte que des spectacles ou expositions soient filmés pour être diffusés dans les écoles sans que cela pose de problèmes pour la gestion des droits d’auteur.
    . la mise en place d’orchestres et de chorales dans les écoles ainsi que la création d’un orchestre dans les «quartiers difficiles» du grand Paris (une opération pilote regroupant 450 enfants aurait déjà été lancée)
    . la signature obligatoire de conventions entre toutes les écoles et les lieux de culture qui les entourent (pas de précision toutefois sur la nature de ces conventions)
    . Notons ce qui semble relever du lapsus avec la petite phrase: «avec 2500 lycées en France, imaginez ce que cela représente pour vous comme publics potentiels pour demain», ou comment laisser entendre que tous les efforts conduits en matière d’éducation artistique seraient seulement destinés à accroître le public et équilibrer le budget des institutions culturelles.


    Déclarations d’intention

    Citons enfin quelques affirmations plus générales:

    - «c’est la mission d’un pays tel que la France, de s’ouvrir à toutes les cultures, de les accueillir toutes sur son sol, et de les promouvoir à l’étranger»

    - la culture n’est pas un divertissement mais «une vigie fidèle qui nous prémunit de tout ce qui peut porter atteinte à notre humanité et qui nous aide à nous élever»

    - le droit d’auteur fait partie des «principes intangibles»

    - «J’ai demandé que les aides soient accordées en fonction de l’excellence artistique des projets, de leur vertus pédagogiques et éducatives, de la qualité de leur gestion, de la diversité des esthétiques, et non pas en fonction des traditions ou des habitudes. Je sais qu’il faut marcher sur des œufs: celui qui a déjà une subvention demande l’inflation, celui qui n’en a pas dit: “quand est-ce que le portillon s’ouvre?” C’est normal. ».
    Si ce passage a le mérite de pointer les problèmes soulevés par les critères de subventionnement par les pouvoirs publics, il semble aussi, malheureusement, enfoncer quelques portes ouvertes tant nous sommes ici confrontés à ce qui semble être une aporie.
    La solution proposée quelques secondes plus tard est ainsi la construction d’une «administration capable de redéfinir des programmes nationaux, revoir la carte des labels, les cahiers des charges, recourir aux meilleurs experts pour instruire et évaluer les projets».

    - «toutes les collectivités, des communes aux régions en passant par les intercommunalités et les départements, continueront à exercer leur compétence culturelle après le vote de la loi réformant les responsabilités des collectivités territoriales».
    La déclaration contourne tout de même les interrogations des élus locaux portant surtout sur la question des ressources financières mises à leur disposition.

    - «2010 va être une grande année»



    Sur ce souffle d’optimisme, je resterai modeste en vous souhaitant seulement un bon mercredi.


  • Ne surtout pas lui voler dans les plumes. • Coulisses




    Mardi 9 février, j’arrive à l’Athénée avec un manteau dont l’un des boutons a très envie de vivre sa vie sans moi.

    Parvenue à l’atelier couture du théâtre dans l’idée d’y trouver un fil et une aiguille, je tombe sur Emeline Delannoy et Clotilde Lerendu en plein travail pour le spectacle Vénus qui se jouera au mars à l’Athénée.

    C’est donc le temps de lutter avec la doublure de mon manteau que je me suis installée auprès d’Emeline et Clotilde pour une petite discussion couturière:




    Assistante du scénographe Yvan Robin, Emeline coud du scratch sur les tulles choisis il y a quelques semaines (j’en avais parlé ici) afin de pouvoir les fixer sur des panneaux en bois.




    Assistante des costumiers Benjamin Brett et Marine Demoury, Clotilde effectue une tâche de plus longue haleine: la réalisation d’un tutu à plumes, soit 31,50 mètres de tissu.

     


    Clotilde commence par utiliser des boas en plume qu’elle défait entièrement pour garder les plumes en vrac.




    Elle dispose ensuite les plumes en ligne

     


    en y glissant des fils de part et d’autre qu’elle fixe à l’extrémité de la table.



    Elle se saisit alors de l’une des extrémités des fils pour les enrouler sur eux-mêmes, accrochant les plumes au passage.

     

    Elle coud ensuite le boa modèle réduit qu’elle vient de créer au tulle noir qui constituera le tissu du tutu.

     


    Voici un bout du tulle à plumes obtenu, qu’il faudra ensuite monter pour obtenir le tutu


    Lorsque je suis partie, mon bouton était recousu, mais il restait à Emeline et Clotilde de nombreux jours de travail avant la première de Vénus à l’Athénée...

    Vénus se jouera à l'Athénée du 11 au 27 mars 2010. Vous pouvez toujours soutenir Vénus, plus d'informations ici.

    Pendant ce temps, Guillaume Gallienne continue de jouer son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! jusqu’à samedi avant de le reprendre à l’Athénée à partir du 26 juin.

    Bonne journée à tous!


  • Mi-figue, mi-raisin • Pleins feux




    Que faire avec du raisin?

    - Du vin
    - Du champagne
    - Du jus de raisin
    - De la gelée de raisin
    - Des biscuits, en y ajoutant de la cannelle (ou du miel. Ou les deux)
    - De la salade de fruits
    - Du raisin sec
    - Du vinaigre de vin
    - Des cakes
    - Des scones (mais en ce qui me concerne, je les préfère nature)
    - Du pudding
    - Un accompagnement de volaille, type caille, coquelet ou pintade
    - Des flans
    - De l’huile de pépin de raisin
    - Des compléments alimentaires censés lutter contre la cellulite
    - Des cosmétiques censés lutter contre le vieillissement

     

    Guillaume Gallienne en fait un accessoire très discret de théâtre dans son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! qui se joue jusqu’à samedi et reprendra à l’Athénée à partir du 26 juin.

    Ce soir, Guillaume Gallienne sera présent au cinéma Le Balzac pour vous présenter le film Noblesse oblige qu’il a choisi pour accompagner son spectacle.
    Rendez-vous ce soir à 20h30 au 1 rue Balzac 75008 Paris! Plus d'informations ici.

    Bon lundi


  • Que pensez-vous du mécénat citoyen pour soutenir la culture? • Perspective




    Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer avec vous sur le blog, un projet de mécénat a été lancé pour soutenir le spectacle Vénus qui se jouera en mars prochain à l’Athénée.

    Alors que le mécénat est habituellement réservé aux entreprises, il s’élargit cette fois aux gens comme vous et moi qui peuvent soutenir le spectacle à partir de 15 euros, soit 5 après déduction d’impôts si vous êtes imposable -le mécénat n’est en effet possible que grâce à un dispositif mis en place par l’État qui accorde un crédit d’impôts sur le revenu de  66% sur le montant du don versé.

    De nombreuses entreprises ont investi dans la culture depuis la loi sur le mécénat d’août 2003 qui leur permet, à elles aussi, de bénéficier d’un crédit d’impôts.
    Les dons en provenance de particuliers, s’ils sont importants en matière caritative, n’ont en revanche investi le monde de la culture que récemment et souvent de manière légèrement détournée.
    En permettant ainsi à tout un chacun de devenir producteur d’une œuvre, le label MyMajorCompany qui put lancer le chanteur Grégoire, ou la société de production Touscoprod, notamment autour du film Le bel Âge de Laurent Perreau, tablaient davantage sur la notion de production citoyenne que de mécénat citoyen: si l’exploitation de l’album ou du film engrange des bénéfices, ceux-ci sont reversés aux personnes qui avaient misé dessus proportionnellement au montant de leur participation.

    Dégager des bénéfices étant quasiment impossible en matière théâtrale*, c’est bien un projet de mécénat citoyen qui a été mis en place pour la pièce Vénus de Suzan-Lori Parks mise en scène par Cristèle Alves Meira.
    Comme c'est très souvent le cas pour les entreprises mécènes, les mécènes citoyens du spectacle bénéficient d'une certaine forme de contrepartie, en pouvant par exemple rencontrer les artistes, assister à de nombreuses répétitions  (j’en avais parlé ici) ou prendre part à des événements créés pour eux.

    * (Pour aller vite, le coût des billets dans les théâtres subventionnés, fixé assez bas pour faciliter l’accès à la culture, ne permet souvent même pas de couvrir les frais engagés pour la production d’un spectacle, même si les salles sont pleines)

     

    Si certains d’entre vous ont déjà choisi de soutenir Vénus, je serais curieuse de recueillir votre avis à tous sur cette initiative:

    Que pensez-vous du micro-mécénat (ou mécénat citoyen) en matière culturelle?


    Vous pouvez développer votre réponse en écrivant votre commentaire à ce billet (c’est ici) mais aussi me donner une indication en choisissant l’une de ces quatre possibilités, forcément restreintes (pour choisir un item, c’est là en regardant à droite):
    1- Je n’y suis pas favorable, c’est à l’État de soutenir la culture.
    2- Je n’y suis pas favorable, je préfère soutenir des associations caritatives.
    3- J’y suis favorable mais je ne peux/souhaite pas donner moi-même.
    4- J’y suis favorable et ai décidé de devenir mécène de Vénus.

    J’attends votre avis avec impatience! À très vite et bonne journée à tous.


  • Un jour je compterai le nombre d'ampoules • La corde verte du lapin qui siffle




    Si l'on parle très souvent du lustre de la grande salle pour évoquer le lieu même de l'Athénée, on oublie régulièrement le reste du théâtre qui a pourtant été (presque) aussi bien pourvu que la salle où se jouent les spectacles.

    Voici donc quelques lustres capturés ça et là dans l'Athénée:

     

    Dans le hall du théâtre

     

    Dans le hall du théâtre, après avoir monté les premiers escaliers.

     

    Sur l'une des coursives qui entourent la grande salle.

     

    Dans le foyer-bar du théâtre.

     

    Au cas où vous auriez manqué l'information hier, je vous rappelle que Guillaume Gallienne, qui joue actuellement à guichets fermés Les Garçons et Guillaume, à table! reprendra le spectacle à l'Athénée à partir du 26 juin.

    Bon mercredi!

     


  • Je suis un homme, un vrai. • Pleins feux




    Qu’il soit d’affaires, d’État ou de confiance, l’homme désigne par métonymie (biaisée, la métonymie) la totalité du genre humain, mais également les individus de sexe masculin.

    Si être une femme présente son lot de difficultés, Guillaume Gallienne évoque dans son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! le chemin  à parcourir pour devenir un homme.

    Que ceux d’entre vous qui n’ont pas pu obtenir de places pour le spectacle se réjouissent: l’Athénée redonnera Les Garçons et Guillaume, à table! à partir du 26 juin prochain!

    À demain.


  • En répétant Vénus • Coulisses




    Vénus, une pièce de l'écrivaine américaine Suzan-Lori Parks, se jouera à l'Athénée en mars prochain. Voici comme promis la semaine dernière quelques photos des répétitions qui ont lieu depuis début janvier.

     

    Le comédien Cédric Appietto

     

    Le comédien Julien Béramis

     

    La metteure en scène Cristèle Alves Meira et la comédienne Gina Djemba, qui joue le rôle de Vénus.

     

    Les comédiens Mickaël Gaspar, Xavier Legrand et Céline Fuhrer.

     

    Les comédiens Cédric Appietto, Xavier Marchand, Céline Fuhrer, Mickaël Gaspar, Gina Djemba et Julien Béramis et la main de la metteure en scène Cristèle Alves Meira.

     

    La comédienne Gina Djemba et la main du comédien Julien Béramis.

     

    Les comédiens Xavier Legrand, Mickaël Gaspar et Céline Fuhrer.

     

    Bon début de semaine. Après le relâche du lundi, Les Garçons et Guillaume, à table! reprend demain!


  • Un musée dans la cave • La corde verte du lapin qui siffle




    Vous connaissez déjà les objets mystères de Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l’Athénée.

    Dans les ateliers techniques (déjà vus en vidéo sur le blog), on trouve également le petit musée de Jean-Noël de Marcovitch, régisseur général de l’Athénée.

     

    Vous y trouverez un plomb de fil à plomb, une chignole, une pince, une gaffe de brigadier, un tirez-lâchez, un vilebrequin, une lampe à carbure de calcium et une poulie de renvoi. Et un fer à cheval.

    Et un truc, là, tout à droite, que je n’ai pas identifié. Une idée?


    Bonne journée!


  • L'ombre du public • Coulisses




    Le spectacle Vénus qui se jouera à l’Athénée dans un mois a commencé ses répétitions en début janvier.

    Vendredi dernier, la répétition était ouverte à un public bien particulier: le matin, quelques mécènes du spectacle (car je vous rappelle que, si vous le souhaitez, vous pouvez soutenir Vénus) étaient présents.
    L’après-midi, les membres d’une association d’alphabétisation à qui l’équipe de Vénus propose également des ateliers de théâtre sont venus assister au travail sur les dernières scènes de la pièce.

     

    Cristèle Alves Meira, metteure en scène, donne ses indications aux comédiens Cédric Appietto, Gina Djemba et Julien Béramis.
    Au premier plan, une partie des mécènes de
    Vénus.

     

    Valérie Maureau, dramaturge et collaboratrice à la mise en scène, et Cristèle Alves Meira, metteure en scène.

     

    Patrice Martinet, directeur de l'Athénée, lors de la répétition du matin.

     

    Des femmes membres d'une association d'alphabétisation de Bagnolet, lors de la répétition de l'après-midi.
    On aperçoit de dos le comédien Cédric Appietto.

     

    Pour les artistes de Vénus, ce fut l’occasion d’échanger autour d’un pré-spectacle avec un pré-public, de recueillir les premières réactions, d’expliquer que l’on peut passer quatre heures sur une seule scène, de discuter du sujet de la pièce et plus particulièrement des critères de beauté et du trafic humain, ou tout simplement de profiter d’un moment de partage.

    Je vous promets quelques photos des répétitions pour très bientôt!


    En attendant, le spectacle de Guillaume Gallienne, Les Garçons et Guillaume, à table! continue de se jouer à l’Athénée. Bonne journée!


  • Guillaume II de Bavière • Pleins feux




    Né en 1845, Ludwig von Wittelsbach devient Louis II de Bavière en 1864. Roi d’une région d’Allemagne à l’époque où le pays est sur le point d’être unifié, Louis II se distingue par son désintérêt pour les affaires publiques et sa personnalité fantasque.

    Doux rêveur attaché aux arts, il s’employa moins à gouverner la Bavière qu’à construire le monde qu’il voyait dans son imagination. Mécène fidèle et généreux autant que proche ami de Wagner, il permet à celui-ci de créer le festival de Bayreuth pour y représenter ses œuvres et l’accompagnera dans son travail de création pendant une vingtaine d’années.

    Passionné d’architecture, il dilapida la fortune de la Bavière dans la construction de châteaux ambitieux semblant tout droits sortis de ses rêves. Déchu de ses fonctions par des ministres doutant de sa santé mentale, il fut remplacé par son oncle Leopold et se noya quelques jours plus tard, en 1886.

    Incarnation du romantisme pour certains, il fut également le cousin de Sissi et poussera, des années plus tard, Guillaume Gallienne à aller faire un séjour en Bavière -mais cela, il vous le racontera bien lui-même dans Les Garçons et Guillaume, à table!.


    Ce soir à l’issue de la représentation, vous pourrez rencontrer Guillaume Gallienne et sa metteure en scène, Claude Mathieu, au foyer-bar de l’Athénée.

    Et si vous ragez de ne pas avoir obtenu de place pour le spectacle Les Garçons et Guillaume, à table!, sachez qu'il reste des places dues à des désistements chaque soir, et qu’elles ne sont pas toujours intégralement revendues: en vous présentant à la billetterie une heure avant la représentation, vous aurez certainement la chance de pouvoir trouver un billet.

    Bonne journée!


  • Les dieux du stade (3) • D'hier à aujourd'hui




    Souvenez-vous, je vous parlais le 6 mars dernier du calendrier dénudé qu'avait réalisé le personnel de l'Athénée en 1997 avec le photographe Fabien Calcavechia et vous en avais reproduit deux pages le 19 juin.

    Grâce à l'autorisation du photographe et de ses modèles, en voici aujourd'hui deux autres!
    (Les deux jeunes hommes de cette photo travaillent encore actuellement à l'Athénée)

     

    (c) Fabien Calcavechia

     

    (c) Fabien Calcavechia

     

    Bon début de semaine à tous.


    PS: Désolée de l'envoi tardif de ce billet dû à quelques problèmes techniques qui nous auront occupés une bonne partie de la matinée...


  • Peut-on parler tout seul? • Perspective




    La définition de base du monologue est la suivante: “discours qu'un personnage seul en scène se tient à lui-même”.

    Censé représenter la pensée du personnage, le monologue ne semble pas appeler d’interaction ou de réponse, d’où la connotation péjorative que le verbe “monologuer” a pu prendre dans le langage courant: dire d’une connaissance qu’il a “monologué toute la soirée” l’apparente ainsi à un personnage plus grossier que théâtral.

    En théâtre, le soliloque est quant à lui une adresse à un interlocuteur muet mais présent.

    Parce que l’on parle finalement toujours à quelqu’un au théâtre, à commencer par le public, le monologue n’est pas aussi solitaire qu’il en a l’air.
    Très présent dans le théâtre de Koltès, Beckett ou Bernhard, le monologue souligne l’impossibilité de parler seul et, paradoxalement, l’incapacité de connaître un véritable dialogue.

    Le monologue suppose surtout une écoute, de la part du public bien sûr, mais aussi de l’acteur qui adapte son jeu aux réactions des spectateurs.
    Pour écouter le comédien Guillaume Gallienne dans le spectacle qu’il a lui-même écrit, c’est à l’Athénée jusqu’au 20 février dans Les Garçons et Guillaume, à table!.

    Bonne journée à tous.


  • Encore une histoire de fesses (cette fois en vidéo) • Entretien




    Cristèle Alves Meira est la metteure en scène de Vénus de Suzan-Lori Parks qui sera donné à l’Athénée en mars prochain.

    Elle a eu la gentillesse de m’accorder un entretien vidéo dans l’une des loges du théâtre: elle y évoque l’histoire racontée par la pièce, l’écriture de Suzan-Lori Parks, l’appel au mécénat lancé pour le spectacle, les avantages dont bénéficient les donateurs et les répétitions actuellement en cours.

     

    (Durée : 8 minutes)
    Pour regarder la vidéo sur YouTube, cliquez ici.

     

    Vous pourrez rencontrer Cristèle ce samedi à 17h pour le deuxième café-débat de cette saison à l’Athénée: sur le thème “Moi aussi, je veux être une victime!” et autour des spectacles Julie, Vénus, Une Maison de poupées et Dans la Colonie pénitentiaire, une discussion aura lieu entre Cristèle Alves Meira (metteure en scène de Vénus), Geneviève Fraisse (philosophe au CNRS), Thierry Lévy (avocat pénaliste et auteur) et Richard Rechtman (psychiatre et anthropologue).
    Plus d’informations ici.



    Bon mercredi!



    PS : et ce soir à 17h30, c’est Guillaume Gallienne, auteur et acteur de Les Garçons et Guillaume, à table! actuellement à l’Athénée, que vous pourrez rencontrer à la FNAC des Ternes dans le 17e à Paris. Plus d’informations ici.


  • Ceci n’est pas un tableau de Vermeer. • Coulisses




     

    Après une représentation du spectacle de Guillaume Gallienne, Les Garçons et Guillaume, à table!, Jean-Noël (régisseur général) et Liza (habilleuse) rangent le plateau et s'apprêtent à nettoyer les tissus utilisés.

    Demain à 17h30, vous pourrez discuter avec Guillaume Gallienne à la FNAC des Ternes (Paris 17e) dans une rencontre animée par Hervé Pons. Plus d'informations ici.

    Bon mardi!


  • Guillaume a un pépin • Pleins feux




    Lorsque Charles Martel décède, son royaume est divisé entre ses deux fils: Carloman et Pépin se partagent donc le territoire franc, l’aîné administrant l’Austrasie, l’Alémanie et la Thuringe (soit le nord de la France et de l’Allemagne actuelles en passant par la Belgique et le Luxembourg), le cadet héritant de la Neustrie (englobant plus ou moins la Normandie, les Pays de la Loire, le Centre, l’Île-de-France, la Picardie et la Champagne-Ardenne actuelles) ainsi que la Provence et la Bourgogne.

    Après l’abdication de Carloman, Pépin règne de fait sur tout le royaume et, grâce à l’appui du Vatican qu’il a aidé contre les Lombards, un peuple germanique menaçant Rome, il se fait sacrer Roi des Francs par le Pape Étienne II en 751.

    Son règne se distingue par sa réforme de l’Église, sa reconquête de l’Aquitaine, la consolidation des frontières du royaume, l’instauration de la dîme et la volonté d’uniformiser la monnaie franque.

    Père de Charlemagne, surnommé Le Bref à cause de sa petite taille, Pépin n’arborait pas une coiffure facile -c’est en tout cas l’avis de Guillaume Gallienne qui joue son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table! à l’Athénée jusqu’au 20 février.

    Bonne semaine!


  • Bonne chère • Pleins feux




    Qu’elle soit ronde ou carrée, on peut rouler dessous, la dresser, s’y accouder ou la réserver. S’il l’on y fait honneur, on peut aussi la quitter ou, en cas de période difficile, y manger lorsqu’elle recule.

    Y passer suppose de bien s’y tenir (de préférence mieux qu’à cheval) et de ne pas se mettre les pieds dessous. On peut la courir, ce qui n’est pas la même chose que d’en faire le tour -ni de faire passer de l’argent dessous.

    Lorsqu’elle est bouillotte, gigogne ou d’opération, on ne peut pas vraiment la tenir ouverte ; rase, de multiplication ou des matières, elle n’a plus grand-chose à voir avec les plaisirs qu’on lui associe.

    Guillaume Gallienne lui fait honneur à partir de ce soir à l’Athénée avec son spectacle Les Garçons et Guillaume, à table!

    Bon appétit.


  • Un pied sur la fosse • La corde verte du lapin qui siffle




    Depuis plusieurs saisons, l’Athénée accueille à la fois des spectacles musicaux et théâtraux, obligeant ainsi à alternativement couvrir et découvrir la fosse d’orchestre.

    Entre Julie et Les garçons et Guillaume, à table! qui commence demain soir, les techniciens de l’Athénée ont donc couvert la fosse et remonté un à un les fauteuils sur trois rangs. Dans cette vidéo de moins d’une minute, nous en sommes à la fin du processus:

     

     

    Bon mercredi à tous.


  • Rencontre du troisième type • La corde verte du lapin qui siffle





  • Écrits de spectateurs 3 - Jean • Coup de théâtre




    Dans le cadre de la publication de vos écrits, voici aujourd’hui ce que m’a envoyé Jean, fidèle spectateur de l’Athénée qui nous propose une rétrospective de la saison 2008-2009:


    «Je m’étais promis de faire un bilan de la saison passée pour faire le point et aborder la nouvelle saison, l’âme sereine.

    Une chose est sûre, ayant vu 11 spectacles sur 12 l’année dernière (il manquait La Cantatrice chauve chantée) et ayant apprécié 10,5 spectacles sur 11, je ne pouvais cette année que prendre un abonnement. Comme je ne me refais pas : j’ai mis la note de 7,9 sur 10 en moyenne pour l’ensemble de la saison.


    Coté musique, 3 propositions (+ La Cantatrice) opposées mais alliant la même qualité d’interprétation, de mise en scène, de décors et de mise en lumière.
    Les moyens financiers et les subventions (?) permettent de soutenir le professionnalisme des créateurs (chacun dans son domaine).

    Le burlesque de L’Opéra de quatre notes renvoie au sérieux de Cosi fan tutte qui s’oppose à l’oppression de Riders to the Sea.
    Trois façons d’aborder la musique mais avec le même degré d’exigence. Cela m’a rappelé la soirée Olivier Messiaen, une découverte pour moi.


    Coté théâtre “sérieux”, 5 pièces classiques mais difficiles et le plaisir de voir le travail auprès des lycées pour faire venir ces jeunes vers des textes qu’ils ne trouveront pas dans les théâtres privés (ou difficilement car on n’y rit pas dans ces pièces).

    L’opposition entre Les Justes et Les Mains sales m’est remontée à la mémoire en voyant récemment le téléfilm sur Camus. Ces deux pièces, présentées l’une derrière l’autre, éclairaient le conflit entre les deux auteurs.
    J’ai écrit, dans mes notes sur mes soirées : "On avance vers la notion de combat politique et on s’éloigne du meurtre politique" en parlant des Justes vis-à-vis des mains sales.

    Par ailleurs, j’ai été impressionné par Bezace dans Après la Répétition, la meilleure pièce de la saison suivant mon baromètre. Quelle maîtrise du texte et des sentiments alors qu’il ne se passait rien sur scène en terme d’action.
    Les mises en perspective de En attendant Godot (Où est la réalité de la / leur vie ? Qui est esclave de qui ? Qui est méchant ? Qui choisit sa vie ?) rappellent le Rêve d’automne (la recherche ou la quête d’une raison de vivre).


    Pour se détendre, l’Athénée a proposé La Puce à l’oreille où “Le jeu des comédiens est tel que mon voisin n'a pas remarqué que les deux sosies étaient joués par la même personne”!. Belle performance de l’acteur. [NDLR : David Ayala]


    Côté découverte
    , j’ai regroupé Claus Peyman… / Sik Sik et Le Tribun / Finale. Sik Sik est d’une drôlerie où il n’est pas nécessaire de connaître l’italien pour comprendre l’intrigue et voir venir la chute finale.

    Le Tribun a été une belle performance car le texte ne disait rien, seul comptait le contexte.
    Le dictateur “aime” son peuple, pense (hypocritement) que le peuple pense comme lui, ne veut que le “bien” du peuple même si le peuple doit souffrir. Beau programme.


    Comme le programme ne contient “que” 12 spectacles, je dois donc compléter mes sorties avec d’autres théâtres publics et privés.
    Je dois reconnaître que les subventions permettent aux théâtres nationaux des prix bas et des spectacles de qualité où l’objectif n’est pas QUE de rechercher les spectateurs mais aussi de proposer d’autres façons de faire du théâtre avec toujours le même degré de qualité, tous types de spectacles confondus (du One man show à l’opéra-ette).
    Les propositions des théâtres privés sont beaucoup moins variées : de la comédie où le rire doit être présent, pour l’essentiel. Mais parfois, certaines scènes peuvent présenter des pépites. C’est toutefois de la pêche à la ligne.

    La saison a ainsi été une succession de découvertes (pour moi) comme semble être la saison actuelle avec un début remarquable (Minetti) mais j’en reparlerai peut-être l’année prochaine.
    Bonne saison à tous




    J’espère continuer à recevoir de nouvelles contributions de votre part!
    Bon début de semaine à tous.


  • C’est moi, ou il y a comme un problème? • Perspective




    Pourquoi se documenter quand on peut raconter n’importe quoi?


    La semaine dernière, commentant, ou plutôt pérorant, sur la polémique concernant des éventuels quotas d’élèves boursiers au sein des Grandes Écoles françaises, le chroniqueur Éric Zemmour parlait en ces termes de Pierre Bourdieu sur la radio RTL:

    “Vous vous souvenez, Vincent [Parizot], cet intellectuel d’extrême-gauche qui dénonçait à la fin des années soixante-dix l’école républicaine comme l’école des héritiers! Pour Bourdieu, la culture générale, le français, l’histoire-géographie, le latin, le grec n’étaient qu’un cache-sexe pour dissimuler et légitimer la reproduction et la domination de la bourgeoisie. Il fallait donc abaisser le niveau d’exigence culturel de l’école pour lutter contre les inégalités sociales, programme largement accompli depuis lors!”.

    Si je remercie ce chroniqueur d’avoir enfin trouvé un responsable à la supposée faillite de notre système éducatif (depuis le temps qu’on le cherchait) et de nous rappeler, s’il en était besoin, que l’honnêteté intellectuelle relève pour certains du superflu, j’ai l’impression qu’il y a comme un très gros malentendu -ou plusieurs gros malentendus d’ailleurs, mais dans le cadre de ce blog consacré à la culture, restons sur le cas Pierre Bourdieu.

    S’il est toujours extrêmement périlleux de vouloir réduire la pensée d’un grand intellectuel à quelques principes, permettez-moi de tenter de mettre en exergue, en les synthétisant, quelques points fondamentaux développés par Bourdieu concernant la culture. J’espère également montrer en creux et par la même occasion que, si la synthèse oblige à faire des raccourcis, elle ne produit pas nécessairement de contre-sens.

     

    La sociologie est un sport de combat


    Tout d’abord, Pierre Bourdieu (1930-2002) était sociologue et non pas homme politique: ses ouvrages relèvent donc bien davantage de l’analyse et de l’étude que des préconisations à l’emporte-pièce.
    Si ses ouvrages ont beaucoup été discutés et critiqués (et le sont encore aujourd’hui), ils sont aussi considérés comme incontournables pour la sociologie.

    Pierre Bourdieu s’est particulièrement employé à étudier l’éducation et la culture en se fondant sur la notion de bien symbolique: sur le modèle du capital économique, chaque individu posséderait également un capital social et culturel.
    Dépassant les théories marxistes fondant la lutte des classes sur des critères économiques, Bourdieu s’est donc attaché à montrer que les inégalités sont aussi d’ordre culturel -ce qui nous paraît d’ailleurs aujourd’hui évident. Pour le dire de manière lapidaire, la pauvreté peut être économique mais aussi sociale ou intellectuelle.

    Bourdieu définit des habitus, c’est-à-dire des modes de vie et de pensée, propre à chaque classe: chaque individu aurait ainsi des jugements esthétiques et des pratiques culturelles en fonction de sa position sociale et de son éducation.

    Mettant de côté l’idée selon laquelle on ne discuterait pas des goûts et des couleurs et que le jugement esthétique de chacun serait entièrement personnel, Pierre Bourdieu pose le concept de la culture légitime: si les pratiques culturelles sont liées à l’éducation ou à l’extraction familiale et géographique, il apparaîtrait donc qu’une certaine forme de culture est légitimée par les classes dominantes.

    Il y aurait donc d’un côté une culture qui s’imposerait comme supérieure, parce que pratiquée et validée par les classes dominantes et, par conséquent, les institutions, et de l’autre une culture considérée comme illégitime parce qu’appartenant aux groupes dominés.
    Ce processus de légitimation culturelle est d’ailleurs confirmé par les pouvoirs publics qui financent souvent la culture légitime, même si certaines formes artistiques comme le hip hop ou la bande dessinée ont été progressivement reconnues.
    Plus tard, Bernard Lahire ou Olivier Donnat postuleront cependant l’idée d’une légitimité culturelle à géométrie variable, montrant qu’un même individu peut avoir une pratique culturelle légitime dans un domaine et illégitime dans un autre -par exemple, regarder des captations d’opéra sur Arte et lire du Marc Lévy.
     
    On le voit, Pierre Bourdieu entendait surtout démontrer l’importance de la reproduction sociale dans le domaine intellectuel et les processus de domination culturelle et n’a jamais, à moins que quelque chose m’échappe, préconisé d’annihiler l’histoire et la philosophie de l’enseignement ou de démonter l’Opéra de Paris.


    Sur ce, bon jeudi!


  • On me demande souvent… • Pleins feux




    … comment je m’y prends pour trouver un sujet tous les matins, et si je n’ai pas trop souvent l’angoisse de la page blanche.


    Pour être honnête, c’est totalement le contraire: j’ai trop de sujets de billets en tête au regard du nombre de jours disponibles dans une semaine, et vous ne voyez qu’une petite partie des deux cents photos que je prends à chacun de mes passages à l’Athénée.

    Leur durée d’exploitation étant réduite, cette question de la sélection se pose de manière encore plus accrue lorsque l’Athénée programme des spectacles musicaux.
    Certes, comme me le disait Patrice Martinet, directeur de l’Athénée, en interview la saison dernière, “avoir plus de désirs que de possibilités, c’est un luxe” ; mais parce que Julie se termine déjà ce soir, voici en vrac ce dont vous auriez pu entendre parler (ou pas):

     


    Non, Julie n’est pas un remake de La Boum.


    Ce sont les écrans qui permettent aux chanteurs de voir le chef d’orchestre, Jean-Paul Dessy, en fosse.
    Je crois qu’on ne va pas pouvoir le rater, là.




    Après le sol en miroir des Règles du savoir-vivre dans la société moderne, le rideau qui se transforme en miroir, vitre ou bâche selon la lumière.


    Ça, c’est juste un téléphone.

     


    Quelques acteurs d’un nouveau genre…

     

    Et pour terminer cette rubrique Julie-en-vrac, quelques photos du spectacle mis en scène par Matthew Jocelyn :

     

     

     

    Julie se joue encore ce soir!

    Bon mercredi.


  • Savez-vous ce qu’est un acrostiche? • Pleins feux




    Surhomme: concept élaboré par Nietzsche et qui correspond à ses préoccupations. Les deux hommes correspondront longuement.

    Théâtre de l’intime.

    Révolté.

    Institutions: il les combat au point de s’attirer des ennuis avec la justice.

    N
    aturalisme, auquel on a rattaché certains de ses écrits.

    Dix-huit cent quarante-neuf à Stockholm. Mort en 1912 à Stockholm.

    Bénis-moi, mon Dieu, bénis ton humanité / Qui souffre, car tu lui as donné la vie ! / Et moi, d'abord, qui ai le plus souffert, / Qui ai le plus souffert de la douleur / De ne pouvoir être celui que je voulais !”
    Souvent considérées comme son testament spirituel, ces lignes sont extraites de l’une de ses dernières œuvres, La Grand-Route.

    E
    xpressionnisme, auquel on a rattaché d’autres de ses écrits.

    R
    êve: important dans ses écrits même si ceux-ci manifestent une analyse et une précision toutes documentaires.

    G
    énie.



    En 1888, Strindberg écrivait Mademoiselle Julie, adaptée en opéra en 2005 par le compositeur Philippe Boesmans
    Julie dure 1h10 et se joue à l’Athénée encore ce soir et demain.


    Bonne journée!


  • Une blogueuse au plafond • Pleins feux




    Photo réalisée sans trucage ni montage grâce aux bons plans de Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l'Athénée.

     

    Pour Julie, l'ensemble Musiques Nouvelles n'a pas pu faire rentrer tous ses musiciens dans la fosse de l'Athénée, et vous risquez d'avoir quelques surprises en regardant dans la salle...

    Julie, de Philippe Boesmans d'après la pièce Mademoiselle Julie de Strindberg, se joue jusqu'à mercredi. Bon lundi!

     


  • Histoire de fesses • Pleins feux




    Vénus a des fesses en or, c’est bien l’un de ses problèmes.

    (c) Yvan Robin

     

    Pour découvrir Vénus, la pièce de Suzan-Lori Parks, rendez-vous à l’Athénée en mars prochain!

    Vous pouvez devenir mécène du spectacle à partir de 15 euros (5 euros après déduction fiscale): toutes les informations sont sur le site de l’Athénée.


    À demain pour la première de Julie !

    Bon jeudi sous la neige.


  • Ma vie privée ne regarde que moi (et ceux qui éventuellement la partagent) • Pleins feux




    Curieux mot que celui de “mademoiselle” qui ne possède pas d’équivalent masculin et permet d’établir sur une simple salutation si une femme est mariée ou non.

    “_Mademoiselle, ou Madame, peut-être?”  est ainsi une façon plus ou moins élégante (et souvent un peu agaçante) de s’immiscer dans la vie privée d’une femme, mais aussi d’évaluer son âge.

    L’emploi du “mademoiselle” est en effet fréquemment réservé aux jeunes filles, et le “madame” dans la bouche d’une vendeuse de produits de beauté peut apparaître comme une pique contre son gré (tout comme le “mademoiselle” à une femme plus âgée devient un compliment déguisé).

    “Mademoiselle” fut parfois désigné pour désigner les actrices, même mariées, et fut aussi l’un des surnoms de la guillotine (je n’ai pas dit que c’était lié).

    Si le “mademoiselle” tend peu à peu à disparaître des formulaires, il subsiste dans le langage courant mais pas dans l’œuvre de Philippe Boesmans: adaptant la pièce Mademoiselle Julie de Strindberg pour son opéra, le compositeur belge laisse de côté les titres de politesse et ne garde que le prénom de son héroïne.

    Julie tout court sera représenté à l’Athénée du 8 au 13 janvier.

     

     

    PS : ce soir, venez à la Médiatèque Musicale de Paris assister à une rencontre-concert avec Philippe Boesmans, l'équipe du spectacle et le Quatuor Tana. Rendez-vous à partir de 19h au Forum des Halles, l'entrée est libre. Plus d'informations ici.


  • Réduit en pièces • Perspective




    Le théâtre au service de l’opéra

    Si nombre de compositeurs ont préféré s’inspirer de légendes ou composer sur des textes conçus de bout en bout par leurs librettistes, les pièces de théâtre ont souvent été réutilisées pour l’opéra.

    Parce qu’elles apportent une intrigue ramassée déjà prévue pour la scène et une caractérisation des personnages bien établie, elles donnent une réelle articulation dramatique à la musique et rappellent la définition première de l’opéra: drame mis en musique.

    Verdi est le maître du genre avec par exemple Otello, Rigoletto ou Ernani tirés de Shakespeare et Victor Hugo, mais Beaumarchais se retrouve ainsi chez Rossini (Le Barbier de Séville) ou Mozart (Le Mariage de Figaro), tandis que Prokofiev compose L’Amour des trois oranges sur une pièce de Gozzi et que Janacek adapte l’écrivain tchèque Capek pour L’Affaire Makropoulos.

    Gardons le rythme!

    Si le rythme des pièces de théâtre est essentiellement donné par la mise en scène, il en va bien autrement lorsqu’elles sont adaptées en opéra.

    Comme le metteur en scène François Berreur l’avait déclaré la saison dernière sur le blog pour La Cantatrice chauve version opéra, c’est le compositeur qui dicte les silences d’un dialogue, la rapidité d’une entrée ou la durée d’une scène, d’autant que les pièces sont très souvent remaniées par les compositeurs et leurs librettistes dans une volonté de synthèse.

    L’art d’adapter

    Ainsi le texte et l’action sont-ils la plupart de temps plus ramassés dans l’opéra afin de laisser la place à la musique au point de poser la question de l’adaptation: peut-on comparer le livret d’un opéra adapté d’une pièce de théâtre à son original?

    Parce que Verdi condense à l’extrême le Macbeth de Shakespeare pour son opéra du même nom, éliminant de nombreux personnages, ne conservant que les scènes essentielles et harcelant son librettiste Piave pour qu’il utilise le moins de mots possibles, la critique lui reproche de méconnaître  Shakespeare.

    L’opéra au service du théâtre

    Dans son essai sur Verdi, Claudio Casini définit La Traviata comme un «drame fondé sur la conversation»: car si le texte s’est le plus souvent plié à la musique, la forme de l’opéra a aussi évolué en fonction des pièces dont il s’inspirait.
    Reprenant Büchner dans Wozzeck ou Wedekind dans Lulu, Berg s’éloigne ainsi du chant pour aller vers la déclamation: ses personnages semblent chanter et parler à la fois et l’opéra se rapproche étroitement du théâtre.

    En adaptant La Cantatrice chauve, «anti-pièce» d’Eugène Ionesco, Jean-Philippe Calvin créait quant à lui un «anti-opéra» qui exacerbait la portée de la pièce et où des effets électroacoustiques venaient amplifier, découper et déformer les voix des chanteurs (c’était à l’Athénée en avril-mai dernier)

    L’opéra peut en effet faire ressortir le sens d’une pièce ou en exalter l’essentiel: la musique du Don Giovanni de Mozart (dont il faut préciser qu’il n’est pas inspiré d’une pièce spécifique mais plutôt du mythe de Don Juan développé dans de nombreuses pièces, à commencer par celles de Tirso de Molina ou de Molière), en alternant passages comiques et moments tragiques, met en évidence le caractère ambivalent du personnage dont l’on ne sait pas toujours s’il vaut mieux en rire ou en pleurer.

    Quant à Philippe Boesmans, il apporte une sensualité discrète à l’atmosphère de son Julie inspiré de Strindberg: pour découvrir cet opéra d’une heure, c’est à l’Athénée à partir de vendredi dans une mise en scène de Matthew Jocelyn et une direction musicale de Jean-Paul Dessy.


    À vendredi pour la première, et bon mardi!




    PS: vous séchez pour l’objet-mystère d’hier. Je vous donne un indice: cela porte le nom d’un petit animal.


    PPS: Philip Glass a inventé l’opéra inspiré du cinéma de Cocteau avec La Belle et la Bête et Orphée: il sera bientôt à l’Athénée avec un opéra inspiré d’une nouvelle de Kafka, Dans la Colonie pénitentiaire, mais pour cela, il faudra attendre le mois d’avril prochain.


  • Les grands mystères de Dominique Lemaire (9) • La corde verte du lapin qui siffle




    (c) Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l'Athénée

     

    Bonne année 2010 à ceux qui trouveront le nom et l’utilité de ces objets -ainsi qu’aux autres, allez…

    À demain!


  • Surprise-coulisse • Coup de théâtre




    Les coulisses d’Au Temps des croisades, pour peu qu’on les regarde sous un certain angle, sont de drôles de fêtardes:

     

    touchées par la lumière divine

     

    quand elles ne prennent pas des airs de grotte de Lascaux,

     

     elles font pleurer les morts

     

      et nous aident à ne pas perdre le nord.

     

    Vous laisserez-vous passer la bague au doigt

     

    (à moins que vous préfériez le piercing des poils),

     

    ou irez-vous faire votre trou

     

    en empruntant des chemins sinueux

     

       peuplés d’ombres aux tons rouges?

     

     

    Je vous laisse seuls juges et vous souhaite une bonne fin d’année pleine de neuf.

     

    PS : Au Temps des croisades continue jusqu'à samedi! Hier soir a eu lieu le tchat entre des spectateurs et l'équipe artistique du spectacle : pour en savoir davantage sur le fameux percussioniste, la part d'improvisation dans le spectacle ou les compétences de gymnaste de certains chanteurs, relisez le contenu du tchat sur le site de l'Athénée!...


  • Marche vocale • Coulisses




    À l’Athénée, le fameux escalier qui dessert les loges des artistes et les bureaux du personnel administratif permet de joyeux mélanges sonores.

    Entre bruits de pas et vocalises, voici ce que l’on peut entendre quelques heures avant une représentation d’Au Temps des croisades

     

    Ceux qui ne peuvent pas lire la vidéo peuvent cliquer pour aller sur YouTube.

     

    Ce soir, discutez avec l’équipe d’Au Temps des croisades! Connectez-vous aujourd'hui sur le site de l’Athénée entre 19h et 20h et participez au tchat… Bon mercredi.


  • Les blasons ont la pression • La corde verte du lapin qui siffle




    Comme nous en avions déjà parlé il y a un an quasiment jour pour jour, les costumes des artistes sont nettoyés après chaque représentation.

    Les costumières et habilleuses (désolée pour le féminin générique, mais ce sont très souvent des femmes) sont ainsi régulièrement obligées de trouver des solutions pour ne pas abîmer ces costumes soumis à de nombreux lavages.

    Ici, Liza Winzelle, habilleuse à l’Athénée, et Elisabeth de Sauverzac, costumière pour Au Temps des croisades (et déjà interviewée pour le blog l’année dernière) ont décousu tous les blasons pour les fixer aux costumes par des boutons pression: ces précieux blasons peints à la main échapperont ainsi au nettoyage quotidien…

     

     

    Au Temps des croisades par les 26000 Couverts et les Brigands continue jusqu’à dimanche!


    Demain, vous pourrez parler par ordinateur interposé avec Loïc Boissier, fondateur des Brigands, et Christophe Grapperon, directeur musical d’Au Temps des croisades: pour ce nouveau tchat, rendez-vous demain sur le site de l’Athénée entre 19h et 20h!


  • Vous reprendrez bien des tripes d’alouette avec du coulis de saindoux? • Entretien




    J’espère que vous avez passé de bonnes fêtes de Noël ou, si vous détestez Noël, que vous êtes contents d’avoir survécu à cette épreuve.


    Philippe Nicolle, directeur artistique de la compagnie des 26000 Couverts, a mis en scène le spectacle Au Temps des croisades actuellement à l’Athénée.
    Discussion dans une loge inoccupée quelques minutes avant une représentation:


    «_ D’où vient le nom de votre compagnie, 26 000 Couverts?

    _ De l’idée d’avoir beaucoup de monde à sa table! Il s’agit au départ d’un collectif plus que d’une compagnie, d’ailleurs.

    _ Et c’est quoi, ce décor en carton pâte pour Au Temps des croisades?

    _ Nous avons souhaité recourir aux clichés de l’opérette et du Moyen-Âge en mettant en avant la fausse perspective, le donjon, la cheminée, la muraille…

    _ Comment expliquer cette fascination pour le Moyen-Âge et la propagation de tous les clichés qui l’accompagnent?

    _ Vaste question…

    _ C’est la question Sciences Po du jour.
    _ Il y a des clichés sur toutes les époques… Dans le cas du Moyen-Âge, les peintures qui nous sont parvenues ne connaissent pas la perspective et ont donc pour nous un aspect naïf, presque enfantin, qui a déteint sur notre représentation de cette époque.
    Le Moyen-Âge a ainsi été très utilisé dans des œuvres légères comme Au Temps des croisades, alors que c’est une époque en fait assez violente.

    _ Que mange-t-on dans les châteaux féodaux?
    _ Ce sont surtout les tripes d’alouette au saindoux que j’aimerais goûter! Nous avons ajouté une partie dialoguée à partir de ce passage sur la nourriture: comme le dit lui-même le texte, bien manger est la seule distraction du château…
    Nous avons également ajouté un entracte au cours duquel nous proposons aux spectateurs de goûter à certaines spécialités médiévales… Sans grand succès! Après l'entracte, quand le rideau se relève, rien n’a bougé, alors que la vocation d’un entracte est d’abord de permettre de changer le décor: c’est un acte gratuitement gratuit…

    _ Quelle a été la ligne directrice de ton travail de mise en scène sur Au Temps des croisades?
    _ Les comédiens et chanteurs ont beaucoup apporté au spectacle. En ce qui me concerne, il m’a semblé important d’aller à la rencontre de l’esprit potache, irrévérencieux, et un peu kitsch aussi, de l'écriture. J’ai essayé de fonder la mise en scène, au-delà du cahier des charges (suivre l'histoire, mettre la musique en valeur, etc.) sur la digression et la transgression afin de refléter ce "pré-surréalisme", cette loufoquerie de l’œuvre.
    On a beaucoup joué avec les conventions: on a détourné quelques codes de l’opérette et du théâtre en salle afin que des choses se passent vraiment avec le public, car le public constitue en fait la moitié de la distribution!


    _ Il a pourtant bien fallu que la musique soit respectée…

    _ Oui, il était essentiel de rendre cette œuvre dans sa relative intégrité. C’est parce que je suis  amateur de musique jouée en concert que j’ai tenu à ce que les musiciens soient visibles. Pour moi, c’est une vraie frustration de ne pas voir les musiciens lorsque je me rends à l'opéra: il s’agissait donc de mettre en scène la musique et ce corps de métier, de poser l’orchestre au centre de l’action…
    De toutes façons, la musique donne une couleur qu’il est vain de vouloir combattre: nous avons d’abord répété avec un piano seul, puis l’arrivée de l’orchestre sur les dernières répétitions a fait évoluer le spectacle ! La musique a imposé sa puissance. Je dois d’ailleurs préciser à ce sujet que Christophe Grapperon est un chef d’orchestre exceptionnel dont la générosité et la présence m’ont beaucoup soutenu.»


    Pour explorer la "gratuité totalement gratuite", hormis le prix des places, c’est jusqu’à dimanche.

    Après-demain, vous pourrez discuter par tchat avec Loïc Boissier, directeur artistique des Brigands, et Christophe Grapperon, directeur musical d'Au Temps des croisades: rendez-vous mercredi sur le site internet de l'Athénée de 19h à 20h!

    Bon début de semaine...


  • Le gorille! Le gorille! • Coulisses




    Le spectacle Vénus aura lieu en mars prochain, mais il commence déjà à rôder dans les couloirs de l’Athénée…

    La semaine dernière, Cristèle Alves Meira, metteure en scène, et Yvan Robin, scénographe, venaient à l’Athénée pour y choisir des tissus en tulle pour le décor.

     


    Yvan Robin commence par toucher la matière des tissus trouvés dans les ateliers techniques.



    Toujours dans les ateliers, Jano, régisseur général, décrit schémas à l’appui à Cristèle Alves-Meira et Yvan Robin l’effet que rendra tel ou tel tulle une fois suspendu.



    Pour juger sur pièce, les tulles sélectionnés sont accrochés dans la grande salle de l’Athénée.


    Prendre une décision doit être complexe car Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l’Athénée, paraît perplexe...



    … Pendant que, dans le salle, Cristèle Alves-Meira et Yvan Robin argumentent…



    … Vite rejoints par Jano, le tout vu à travers l’un des tulles…



    … Tulle en question qui, vu de près, ressemble à cela.


    (c) Valérie Maureau

    Dans le cadre de la préparation de Vénus, on a également vu ça dans les couloirs de l’Athénée, mais ne comptez pas sur moi pour cafter davantage.

     

     

    Je vous rappelle que vous pouvez devenir mécène du spectacle Vénus à partir de 5 euros!

    Bon mardi à tous et à bientôt à l’Athénée pour Au Temps des croisades qui continue jusqu’au 3 janvier!


  • Vous allez en bouffer, de l’opéra • Perspective




    Au Temps des croisades, actuellement à l’Athénée dans une mise en scène de Philippe Nicolle et une direction musicale de Christophe Grapperon, est un opéra-bouffe.

     

    L’opéra-bouffe

    Même s’il est beaucoup question de nourriture dans Au Temps des croisades, l’opéra-bouffe n’est pas un endroit où l’on mange plus qu’ailleurs: il s’agit en fait d’une expression tirée de l’italien “opera-buffa” (“opéra bouffon”) et qui désigne un opéra humoristique, souvent satirique.
    Citons, outre Au Temps des croisades de Claude Terrasse, La Vie parisienne et La Belle-Hélène d’Offenbach (et beaucoup d’œuvres d’Offenbach en général, même si Offenbach a également fait de l'opérette, oui je vous embrouille), ou encore Les Noces de Figaro de Mozart.

     

    L’opéra-comique

    L’opéra-comique n’a souvent quant à lui de comique que le nom et désigne des œuvres où alternent passages chantés et passages parlés.
    Seule la langue française a adopté cette terminologie qui désigne surtout, au sens strict, des œuvres allant de la fin du 18e siècle au début du 19e.
    Parmi les opéras-comiques pas forcément drôles, donc, on trouve Carmen de Bizet, Le Médecin malgré lui de Gounod (d’après la pièce de Molière) ou Manon de Massenet.

     

    L’opéra-ballet

    Dans la catégorie alternance, citons aussi l’opéra-ballet qui comprend des parties chantées et des parties dansées et concerne surtout les 17e et 18e siècles.
    Exemples : L’Europe galante de Campra, Les Indes Galantes et Platée de Rameau.

     

    L’opérette

    On confond souvent, moi la première, opéra-bouffe et opérette. L’opérette est en effet une œuvre de théâtre musical où alternent chant, danse et dialogues parlés.
    L’opérette n’est pas issue de l’opéra, c’est même le contraire: elle s’inscrit contre l’opéra. Il ne s’agit donc pas d’une comédie mise en musique mais plutôt d’une œuvre qui se moque de la musique: l’action est certes souvent comique (en tout cas gaie), mais la musique y est très légère là où l’opéra-bouffe est souvent du même niveau musical que l’opéra sérieux.
    L'on fait toutefois souvent la distinction entre opéra-bouffe et opérette par l'époque de composition, l'usage le plus répandu étant de considérer que l'opéra-bouffe couvre le 18e siècle là où l'opérette date du 19e siècle: cette distinction ne permet pas toutefois de solder le cas Offenbach (et d'autres compositeurs comme Claude Terrasse) qui a désigné certaines de ses oeuvres comme des opérettes et d'autres comme des opéras-bouffe. L'usage est alors de se référer à la dénomination donnée par le compositeur lui-même, brouillant alors un peu plus les cartes des genres...
    Côté opérette, citons Arsène Lupin banquier de Marcel Lattès déjà vu à l’Athénée monté par les Brigands, Ta Bouche de Maurice Yvain (déjà vu à l’Athénée etc.), La Chauve-Souris de Johann Strauss, Le Mariage aux lanternes d'Offenbach, La Belle de Cadix (a des yeux de velouuuuuuurs) de Francis Lopez...

     

    L’opéra de chambre

    Pour l’opéra de chambre, c’est plus simple: pour faire vite, disons qu’il s’agit d’un opéra à effectif réduit.
    Par exemple, le Cosi fan tutte de Mozart a été interprété l’année dernière à l’Athénée dans une version de chambre, mais plusieurs opéras ont été écrits pour des orchestres dits de chambre, comme Le Tour d’écrou de Britten ou Le Prisonnier de Dallapiccola.
    En avril prochain, vous pourrez découvrir à l’Athénée Dans la Colonie pénitentiaire de Philip Glass.



    L’on pourrait également parler de comédie musicale, de théâtre musical, de films musicaux et autres récitals, mais je propose que l’on s’arrête pour aujourd’hui à tout ce qui commence par “opér” pour éviter l’indigestion (pas forcément vite arrivée avec l’opéra-bouffe, si vous avez bien suivi)

    Que les spécialistes de la musique me pardonnent le caractère lapidaire de ces définitions destinées à indiquer des repères et à bientôt à l’Athénée pour Au Temps des croisades par les compagnies des Brigands et des 26000 Couverts!

    Bon début de semaine - pour voir l'exposition du graphiste de l'Athénée, Malte Martin dont je vous parlais le 2 décembre dernier, vous avez jusqu'à mercredi!


  • Drôle d’oiseau • Pleins feux




    On trouve des animaux de toutes sortes sur l’opéra-bouffe Au Temps des croisades, sans oublier, évidemment, le (Patrice) martinet qui occupe le plus grand bureau de l’Athénée : parfois, je me sens un peu cernée….

     

     

    Bon week-end à tous!


  • Au Temps des répèts • Coulisses




    Au Temps des croisades, opéra-bouffe de Claude Terrasse et Franc-Nohain, commence ce soir à l’Athénée.

    Hier, le temps était aux dernières répétitions pour les compagnies des Brigands et des 26000 Couverts…

    Bon jeudi à tous!



  • Écrits de spectateurs 2 - Pierre • Coup de théâtre




    Que voient les musiciens qui jouent dans la fosse de l’Athénée?

    À quelques jours du spectacle musical Au Temps des croisades et dans le cadre de la publication d’écrits de spectateurs sur le blog, le point de vue de Pierre, percussionniste jadis passé par l’Athénée

    Le texte est certes long par rapport à ce que je vous propose d’habitude mais je vous conseille vraiment d’aller jusqu’au bout!

    Je suis toujours preneuse de vos nouvelles contributions...


    « Au départ il y avait la musique, puis ce fut le hautbois et un jour, peu de temps après la victoire de Yannick Noah à Roland-Garros vint la percussion.

    J'ai beau faire des efforts, je ne comprends toujours pas pourquoi je suis tombé si bas. Mais le meilleur du pire arriva au théâtre de l'Athénée quand je compris enfin qu'on pouvait toujours faire moins bien.
    Après m'être ridiculisé avec mon avorton de triangle sur les scènes du monde entier, Amsterdam, Londres, New-York, Tokyo et Berlin, disons surtout Londres et Amsterdam, car je n'ai jamais mis les pieds à New-York, ni à Tokyo ni à Berlin et c'est dommage car sur mon curriculum ça serait un rien chouette; après toutes ces années disais-je, j'allais me ridiculiser au théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet, mais pas à n'importe quel endroit: dans la fosse. Comme quoi lorsqu'on est au fond du trou il ne faut pas désespérer, on peut toujours tomber plus bas…

    La fosse... A l'Athénée la vue d'en bas est plutôt dégagée, on peut voir le poulailler, la corbeille, les loges et le premier rang. C'est ce premier rang qui accapare toute mon attention pendant les représentations. Il faut dire que notre spectacle à nous les musiciens, c'est la salle, et plus particulièrement le premier rang.
    Rien de plus amusant que voir les têtes dodeliner, qu'essayer de deviner si le gros chauve est venu de son plein gré, parce qu'on ne va pas forcément au théâtre pour le plaisir, on y accompagne son épouse, sa maîtresse ou sa mère, ou encore sa future femme, future maîtresse ou son futur maire.
    On en profite pour regarder la fosse des fois que le spectacle vienne également de là.

    Et miracle, dans la fosse il y un type qui jongle avec des baguettes, s'assoie, se lève, papote, bouquine, sort un traité sur la Coalcoïlation des benzy-thiophènes catacondensés polysubstitués dans lequel est forcément glissé un mensuel pour homme, ou alors il nous prend vraiment pour des billes!

    Cet énergumène faussement discret c'est moi, et j'en profite pour rectifier toutes les idées reçues à propos de cet instrument polymorphe qu'est la percussion.
    Alors voici un florilège d'inepties toutes plus saugrenues les unes que les autres:


    Petit a comme Athénée
    # Tous les percussionnistes sont sourds. C'est FAUX, en fait tous les musiciens de l'orchestre sont sourds, et même le chef qui par ailleurs est aveugle et SIF, (Sans Instruments Fixes, à ne pas confondre avec Idéfix qui n'est ni aveugle ni sourd ni chef, mais bien un misérable chien.)

    Petit b comme Beethoven
    # Le percussionniste est le musicien le plus mal aimé de l'orchestre. Faux, le plus mal aimé c'est le chef, et puis des fois le premier violon surtout quand il cafte.

    Petit c comme Coudre.
    # Les percussionnistes s'appellent Reviens. Faux c'est la gomme de Desproges qui s'appelle Reviens.

    Petit d, comme Darius
    # Les percussionnistes ne se servent pas de toutes leurs baguettes sur les tablettes, c'est juste pour faire les intéressants. VRAI.
    En fait une paire ou deux suffirait amplement, au prix de la baguette qui n'en finit plus d'augmenter que c'est un scandale où va-t-on bonne mère?
    Seulement voilà, nous madame (je dis madame car je suis galant, bien élevé, et aussi parce que les hommes ont d'autres choses à faire plus sérieuses et plus utiles que lire ces lignes), nous les percussionnistes avons le respect du client, surtout au théâtre de l'Athénée où il y en a des sacrés de clients, j'aime autant vous le dire!

    Petit elfe comme moi!
    # Les percussionnistes sont doué d'une intelligence très supérieure à la moyenne, ont le visage d'Adonis dans le corps d'Héraklès, une oreille absolue, un oeil de Lynx, un flair de ... lynx également j'ai rien trouvé d'autre, la sensibilité délicate et une grande modestie.
    VRAI, bon les autres je n'en sais rien mais moi, oui.

    Petit i et gominé comme Igor.
    # Tous les percussionnistes aiment la percussion du verre*. VRAI, même si, étant jeune, j'avais du mal à y croire.
    (*extrait de L'art de décaler les sons, recueil de contrepèteries.)
    Ils ne sont pas les seuls, en effet, cet axiome était la grande marotte de Louis Jouvet lui-même et fut prononcé lors d'un dîner fin avec son amant, car il avait un amant c'est son côté méconnu, il paraît même que Louis Jouvet était une femme, et qu'il s'appelait Louise (et pas reviens qui est, je le répète, le nom de la gomme de Pierre Desproges mais également le nom de ma gomme, en hommage.)
    D'ailleurs Louise Jouvet n'a-t-elle pas déclaré un jour devant son public chéri :"Quand je suis dans mon théâtre, je suis en transe!"
    Là je plaisante bien sûr, et tiens à présenter toutes mes excuses à la mémoire de cette grande comédienne ...pardon comédien qu'était Louis Jouvet, ainsi qu'à tous ses disciples et admirateurs, bien qu'à l'heure actuelle je doute qu'il en existe un seul de vivant.
    J'ai dit vivant, soyons sérieux, on ne peut pas avoir côtoyé Jouvet avant 1951 et se proclamer sincèrement en vie aujourd'hui, ça n'est pas raisonnable!  Oups! Bon d'accord je sors!
     
    Petit J comme Jouvet.

    #Le percussionniste est une espèce en voie d'extinction.
    Malheureusement VRAI, je suis moi-même le dernier spécimen vivant, et connaissant mes tendances suicidaires on peut, à juste titre, s'alarmer des prévisions les plus optimistes.
    A ce sujet, je serais très reconnaissant de recueillir vos dons, chèques, tickets restaurant mais pas de métro je prends le vélib, Paypal non accepté merci.


    Voilà! Vous savez tout ce qu'il faut connaître sur ce monde des percussions et percussionnistes, monde ô combien fascinant, j'en conviens.
    Puisque l'Athénée a donné il y a peu The Rake's Progress, je vous gratifie d'un extrait célèbre de L'Histoire du Soldat du même Stravinsky (pour les initiés uniquement), où l'on voit très bien que cela ressemble à toutes les autres partitions et donc que oui, les percussionnistes savent lire la musique.

     

    Sur ce, comme le disait tendrement Dupontel dans Le Créateur, que je n'oserais pas vous recommander tellement c'est pas recommandable : Kenavo les bouseux!

    Pierre de Breizh »


  • Se moucher du coude • Pleins feux




    À l’Athénée, quelque chose attend dans le noir… Quelque chose qui sert à s’habiller, ou peut-être à autre chose, va savoir.

    Pour connaître toutes les utilisations de la robe blanche, c’est dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce mis en scène par François Berreur avec Mireille Herbstmeyer, jusqu’à demain.

    Bon week-end!


  • Les règles de l'interview dans l'Athénée moderne - Entretien avec F.Berreur • Entretien




    François Berreur est le metteur en scène des Règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce, à l’Athénée jusqu’à samedi.
    Discussion au bar de l’Athénée le soir de la première:



     «_ De quoi parlent Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, à part des règles du savoir-vivre dans la société moderne?

    _ De l’histoire d’une femme, de la difficulté d’aimer, du désir d’aimer, de l’absence d’amour, des contradictions de l’organisation de la société, de la façon dont celle-ci se met en place pour que la mort et la vie ne fassent plus peur, des conventions…

    _ Jean-Luc Lagarce avait lui-même monté son texte, déjà à l’Athénée et déjà avec Mireille Herbstmeyer. Y a-t-il un lien entre vos deux mises en scène, une histoire de filiation?
    _ Nos deux spectacles n’ont rien à voir alors qu’il s’agit du même auteur et de la même actrice: c’est à mon sens la preuve qu’il s’agit d’un grand texte… J’aurais bien aimé pouvoir en discuter avec Jean-Luc Lagarce, car nous avons fait des choix très différents. Pour ma part, j’ai voulu donner à ce spectacle des aspects de conférence, une mise en espace qui paraît très basique et qui joue sur les codes de la représentation ainsi que sur l’imagination.

    _ Peux-tu nous en dire davantage sur ton sol à reflets (aperçu hier sur le blog)?
    _ Je l’ai justement choisi parce que ce spectacle questionne la notion du code et de l’image. Le texte évoque des règles de savoir-vivre destinées à créer l’image de soi que l’on donne à voir aux autres, et la mise en scène utilise pleinement les conventions théâtrales comme le rideau rouge ou le jeu avec le public. Ce qui est au centre, c’est l’image que l’on projette de soi, la façon dont les autres nous perçoivent et la manière d’organiser une société.

    _ Pourquoi jouer sur les décalages et les ruptures de ton ?
    _ Parce qu’on entre dans un rêve qui devient réalité! Le personnage lance des choses extérieures qu’il finit par intérioriser, mais le rêve se casse : inventer des règles de savoir-vivre consiste tout de même à vouloir adapter l’impossible, comme une sorte de jurisprudence irréalisable… Et c’est à ce moment-là que rêve comme représentation théâtrale sont désacralisés.
    Il y a également des changements de ton et une grande ironie dans le fait que ce personnage, tout en parlant mariage et enfants, reste fondamentalement seule. Au-delà de la dimension comique du texte, il s’agit d’une véritable expérience de vie pour cette femme qui n’est pas la même personne au début et à la fin du spectacle.

    _ L’Athénée a souvent accueilli des monologues d’acteur avec Philippe Caubère ou Fabrice Luchini par le passé et Guillaume Gallienne en janvier et février prochains. Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, est-ce un monologue d’actrice?
    _ Non, car le texte est une vraie pièce, certes avec une seule actrice, mais c’est avant tout une pièce de théâtre.
    Églantine Desmoulins, attachée aux relations publiques à l’Athénée, qui passait par là: _ Tout de même, c’est une grande performance de la part de Mireille Herbstmeyer!
    Marie-Noëlle Bourcart, régisseure générale à l’Athénée, parce que décidément, c’est fou le nombre de gens qui passent par là en ce moment: _ Oui, mais il y a un vrai texte préexistant, l’auteur est très présent et raconte beaucoup de choses...
    François Berreur: _ Exactement!

    _ Pourquoi le personnage des Règles du savoir-vivre dans la société moderne est-il une femme et non un homme?

    _ Effectivement, si c’était un homme, cela ne serait pas la même chose au niveau dramaturgique. Il s’agit d’une femme abandonnée par les hommes qui parle aussi indirectement de la société machiste dans laquelle nous vivons…»

    Pour admirer la performance de Mireille Herbstmeyer (et le texte de Jean-Luc Lagarce, et la mise en scène de François Berreur), c’est à l’Athénée ce soir, demain soir, samedi après-midi et samedi soir!

    Bon jeudi à tous.


  • Soutenez la création d’un spectacle! • Perspective




    Le spectacle Vénus se jouera à l’Athénée d’ici quelques mois et a besoin de vous!


    Mécène : personne qui, par souci de favoriser le développement des lettres, des arts et des sciences, aide ceux qui les cultivent en leur procurant des moyens financiers ou des travaux, éventuellement en instituant et finançant des prix.


    Hottentot : relatif à un peuple pasteur et nomade de l'Afrique du Sud-Ouest. L’origine du mot est assez discutée : si elle est hollandaise, il s’agirait d’un sobriquet donné par les colons et venant du mot “bègue” pour caractériser la langue parlée par ce peuple.


    Stéatopyge :
    caractérisé par un développement exagéré du tissu adipeux des fesses.
    Femme aux fesses énormes.


    Vénus : principe de l’amour.
    Femme considérée comme le type de la beauté féminine à une époque et un endroit donnés.
    Prostituée.


    Macronymphie : chez la femme, élongation des petites lèvres.


    Suzan-Lori Parks :
    écrivaine américaine née en 1964, lauréate du prix Pulitzer en 2002 pour Topdog/Underdog joué à l’Athénée en 2007.
    Depuis 2008, est auteure en résidence au Public Theater de New York.


    Vénus : pièce écrite en 1996 par Suzan-Lori Parks et s’inspirant de l’histoire vraie de Saartjie Baartman dite “la vénus hottentote”.

    Née en Afrique du Sud à la fin du 18e siècle
    , la jeune femme présente deux particularités physiques: elle est stéatopyge et macronymphe. Emmenée à Londres vers 1810, elle y est exhibée comme une bête de foire. Elle subit ensuite le même sort à Paris où elle se retrouve également objet d’études au Muséum. Tombée gravement malade, elle décède en 1816 à l’âge estimé de vingt-six ans.

    Après son décès, son corps est transmis au Muséum où il est entièrement moulé, disséqué et plongé dans du formol. Son moulage et son squelette seront exposés dans trois musées parisiens jusqu’en 1974. Après une bataille juridique de longue haleine, sa dépouille est enfin rendue à l’Afrique du Sud en 2002 où elle est inhumée.


    La pièce Vénus sera jouée à l’Athénée en mars 2010 dans une mise en scène de Cristèle Alves Meira de la compagnie Arts-en-Sac, déjà créatrice des Nègres de Genet joué en 2007 à l’Athénée.

    Pour l’accueil de Vénus à l’Athénée en mars prochain, l’Athénée et Arts-en-Sac lancent un projet inédit et vous associent à la création du spectacle: pour vous engager dans la production de Vénus et aider à diffuser l’histoire de cette femme symbole de l’aliénation et du trafic humain, devenez mécène du spectacle!

    Tous les détails sont sur le site de l’Athénée: vous pouvez devenir mécène à partir de 15 euros (soit 5 euros après déduction de l’impôt sur le revenu). Les donateurs bénéficieront de nombreux avantages liés au spectacle en fonction du montant de leur don.

    À bientôt parmi les amis de Vénus !

    Bonne journée à tous.


  • Espèce de chaconne! • Pleins feux




    Qu’est-ce qu’une chaconne ?

    En bref, disons qu’il s’agit d’une danse en vogue aux 17e et 18e siècles, à trois temps et au rythme lent, dont l’origine semble devoir se trouver au Portugal ou dans l’Espagne du 16e siècle.

    Par extension, “chaconne” désigne une pièce musicale inspirée de cette danse et consistant en variations.

    [Précision : la variation en musique consiste à répéter une petite séquence musicale (le thème) en la modifiant (au niveau du rythme, de la mélodie, de l’harmonie par exemple), parfois jusqu’à la rendre méconnaissable.]

    Synonyme : la chaconne est parfois confondue avec la passacaille, qui est aussi d’abord une danse avant de désigner une pièce musicale souvent à trois temps qui consiste également en variations avec un ostinato (un motif répété obstinément) à la basse qui, en général, ne change pas.

    Exemples : Chaconne pour piano de Haendel, Chaconne de la deuxième Partita de Bach, Chaconne de Sofia Gubaidulina…

    Claire-Marie Le Guay, pianiste en résidence à l’Athénée, joue ce soir à 20h un concert intitulé Chaconne, portrait croisé où vous pourrez découvrir des œuvres de Bach,  Brahms, Gubaidulina, Haendel, Kantscheli et Tchaïkovski.

    Bon lundi en musique!


  • Moi M’dame! • Pleins feux




    J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de vous parler de la pianiste Claire-Marie Le Guay, qui entame sa deuxième année de résidence à l’Athénée.

    Lundi, elle donnera son premier concert de cette saison athénéenne avec Chaconne, portrait croisé où elle interprétera des œuvres de Bach, Tchaïkovski, Gubaidulina, Kantscheli, Haendel ou Brahms.

    À l’instar des précédents, ce concert de 20h sera précédé d’un autre dans l’après-midi spécialement destiné aux enfants: comme l’année dernière, Claire-Marie s’emploie en effet à sensibiliser à la musique en passant du temps dans des écoles, comme ici à l’école de l’Alma…


    Crédit photo: École de l'Alma

    Bon week-end à tous!


  • Mufles! • Pleins feux




    En cette heure matinale, il serait de bon ton d’avoir l’amabilité de vous souhaiter le bonjour, d’autant que le respect et la distinction n’ont pas toujours la délicatesse d’égayer les règles de notre sociabilité.

    Non que la correction doive virer à l’obséquiosité, car les bonnes manières ne devraient jamais se défaire de l’élégance bon teint qui sied aux convenances: le savoir-vivre est une affaire de réserve, et la bonne tenue est toujours un signe de distinction.

    Qui suit encore l'usage de respecter les règles de politesse les plus déférentes dans notre société moderne? Que ceux qui se reconnaîtront dans ce portrait de l’affabilité et de l’urbanité incarnées reçoivent mes salutations les plus courtoises car honnêtement: c'est la classe.

    Sans salamalec, je vous dis à ce soir pour la première des Règles du savoir-vivre dans la société moderne à l’Athénée.


  • Je me suis perdue dans la cave • La corde verte du lapin qui siffle




    Les sous-sols de l’Athénée renferment encore bien des secrets: un début de preuve en son et image!

     

    Comme d’habitude, ceux qui ne peuvent pas lire la vidéo peuvent cliquer pour aller sur YouTube.

     

    Après La Cantatrice chauve mise en scène par Jean-Luc Lagarce et avant Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne du même Lagarce monté par Berreur, l’Athénée, la Bibliothèque Nationale de France et le Magazine Littéraire vous proposent une rencontre sur le thème : “Jean-Luc Lagarce, une écriture de l’intime”.

    La table ronde animée par Minh Tran Huy (rédactrice en chef adjointe du Magazine Littéraire) en compagnie de  François Berreur (comédien et metteur en scène), Jean-Pierre Sarrazac (auteur, metteur en scène et professeur) et Hugues Quester (comédien) sera suivie de la projection du Journal vidéo de Jean-Luc Lagarce.

    Pour y assister, c’est gratuit et c’est ce soir à partir de 18h30 sur le site François Mitterrand de la Bibliothèque Nationale de France (11 quai François Mauriac, Paris 13e).


    Bon mardi à tous!


  • Écrits de spectateurs 1 - Laetitia • Coup de théâtre




    Souvenez-vous, je vous proposais le 28 octobre dernier de prendre ma place sur le blog: Laetitia en a profité pour me faire parvenir un texte qu’elle m’avait écrit il y a quelques mois mais qu’elle ne m’avait pas envoyé à l’époque. Le voici en intégralité, en espérant qu’il ouvrira une longue série sur toute l’année!

     

    «L’Athénée vu par...

    L’Athénée …
    Ma première fois à l’Athénée, c’était pour assister à Sei personnagi in cerca d’autore, en VO s’il vous plaît ! Ce qui, à mon avis, correspond bien à l’esprit de l’Athénée, où la programmation est toujours très exigeante, et ne répond manifestement à aucune pression concernant son audience…ce qui est une bonne chose à mon avis. L’année suivante, autre OTNI (Objet Théâtral Non Identifié), Voyage en Sicile, une double pièce ou pièce double de Pirandello, d’une délicatesse, d’une beauté et d’une étrangeté infinies…
    La saison qui s’achève fut de loin ma plus assidue à l’Athénée : Claus Peyman/Sik Sik (encore un morceau de bravoure bien singulier, mais très plaisant), Riders to the Sea (intéressant), et pour finir en beauté, Les mains justes, comme vous les nommez, avec vifs débats à la clef (mais qu’elles qu’aient été les opinions préalables et les a priori, il semble bien que les qualités de dramaturge de Sartre l’aient emporté, indépendamment du propos, et de l’homme).
    L’Athénée, c’était d’abord seule, puis avec des amies, et même ma mère pour Les Justes.
    C’est réserver les places sur Internet, ou, profitant de mon âge, les places au dernier moment pour qu’elles soient moins chères.
    C’est le jeune homme qui vend les places que nous ne réussissons pas à faire sourire.
    C’est tous ces ouvreurs en salopette rouge.
    C’est le bar, avec la petite terrasse, où à l’issue de la dernière représentation des Justes, nous avons pu observer les acteurs au naturel.
    C’est le couloir où j’ai pu exprimer à Frédéric Cherboeuf, un acteur que j’ai pu applaudir à plusieurs reprises, mon admiration.
    La salle à l’italienne…(sujet largement abordé par vous !)
    Et puis c’est vous et votre blog, qui depuis près d’un an, rythmez mes semaines. Après avoir pesté (peu de temps) de cette livraison quotidienne que je n’avais pas sollicité, je me suis mise à les lire, de plus en plus souvent, et à me passionner pour les coulisses du théâtre que vous décrivez avec art.
    J’espère que vous revenez l’année prochaine !
    Merci ! »


  • À sa plus simple expression • Pleins feux




    «Car je considère la musique, par son essence, impuissante à exprimer quoi que ce soit: un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc. [...] Si, comme c'est presque toujours le cas, la musique paraît exprimer quelque chose, ce n'est qu'une illusion et non pas une réalité. [...]
    Le phénomène de la musique nous est donné à la seule fin d’instituer un ordre dans les choses, y compris et surtout un ordre entre l’homme et le temps. Pour être réalisé, il exige donc nécessairement et uniquement une construction. La construction faite, l’ordre atteint, tout est dit.»
    Igor Stravinsky, Chroniques de ma vie, Denoël, Paris, 1935, pp.69 -70.

    Rejetant l’idéal de l’inspiration romantique, Stravinsky prônait ce qu’il a appelé lui-même l’«objectivisme» musical: cela ne l’empêcha de se construire un style personnel et inimitable, si singulier qu’il se reconnaît dans ses œuvres les plus diverses.
    The Rake’s Progress prend la forme d’un opéra du 18e siècle, mais ce n’est qu’apparence: un génie comme celui de Stravinsky ne se laisse pas enfouir aussi facilement…

    The Rake’s Progress se joue à l’Athénée ce soir et dimanche dans une mise en scène d’Antoine Gindt et une direction musicale de Franck Ollu!

    Bon week-end à tous!


  • Passé à la trappe • Pleins feux




    Comme vous l’avez sans doute compris hier, le plateau de l’Athénée s’est ouvert pour l’opéra The Rake’s Progress: je ne sais pas ce que cela donne côté spectateurs (enfin si, je sais, mais c’est moins drôle de vous montrer ce que vous pourrez voir tout seuls), mais que voit-on lorsqu’on s’appelle Thomas et que l’on est le technicien chargé de manipuler la trappe pendant le spectacle?

    Quelque chose qui ressemble à cela :


    Ou à cela si on tourne la tête vers l’écran de retour vidéo :

     

    Ou encore à cela si on s’appelle Clémence et qu’on se plante devant le dit Thomas :


    Il vous reste trois représentations pour voir davantage que des pieds et autres têtes coupées: The Rake’s Progress dans une mise en scène d’Antoine Gindt et une direction musicale de Franck Ollu se joue encore ce soir, demain et dimanche!

    Si vous arrivez ce soir aux alentours de 19h, vous aurez la possibilité d’écouter Jacques Amblard, musicologue, vous présenter cet opéra de Stravinsky.

    Bon jeudi !


  • La carrière d'un libertin - interview! • Entretien




    Antoine Gindt est le metteur en scène de The Rake’s Progress, opéra de Stravinsky dont la première est ce soir à l’Athénée.

    «_ On a souvent dit que Stravinsky avait multiplié les emprunts dans son opéra The Rake’s Progress: hommage, parodie ou plagiat?
    _ Je ne sais pas si l’on peut véritablement parler d’emprunts: disons plutôt qu’il a choisi de composer un opéra à numéros, c’est-à-dire avec une succession de situations musicales très caractérisées sur le modèle lyrique du 18e siècle, mais qu’il n’y a pas d’emprunts au sens de la citation.
    On l’a beaucoup accusé d’avoir puisé ailleurs, mais The Rake’s Progress n’est que de la main de Stravinsky -c’est d’ailleurs tout l’intérêt de cet opéra: d’une situation contraignante, il compose un opéra comme un musicien du 18e siècle en utilisant les codes de l’époque (The Rake’s Progress comprend des arias, des récitatifs, des trios, des quatuors…) tout en conservant son écriture et crée une esthétique inédite qui n’aurait jamais pu exister au 18e siècle. Il s’agit d’une manière de revisiter le genre de l’opéra classique sans pour autant revenir en arrière.
    J’ai une grande affection pour cet opéra car, malgré toutes les contraintes qui ont présidé à sa composition, on y reconnaît l’écriture de Stravinsky qui a accompli la prouesse de maintenir sa personnalité: alors que, lorsqu’on parle de pastiche ou d’emprunts, on a l’impression que l’on va entendre des citations d’autres œuvres telles quelles. Beaucoup ont voulu comparer The Rake’s Progress au Cosi Fan Tutte de Mozart, mais il est impossible de reconnaître formellement dans The Rake’s Progress un air, une mélodie, un emprunt comme chez Mahler ou Berio qui, dans leurs œuvres, ont une utilisation claire et affirmée de la citation. Ici, Stravinsky se soumet à des contraintes très dures et emprunte à des techniques et styles repérables qu’il choisit finalement de brouiller.
    Après la révolution musicale du Sacre du Printemps que tout le monde connaît de près ou de loin, Stravinsky s’oriente vers d’autres styles. Et autant le néoclassicisme d’autres œuvres de Stravinsky comme Œdipus Rex, Perséphone ou Apollon Musagète me semble souvent assez fastidieux, autant The Rake’s Progress trouve une liberté incroyable. Les amateurs d’opéras n’apprécient pas toujours cette œuvre, comme si cette forme était de toutes façons perdue. Stravinsky n’a pas eu l’idée de faire de la musique “à la manière de”, ou en tout cas cela ne peut pas se réduire à cela : c’est d’ailleurs la richesse et la force incroyable de The Rake’s Progress qui ne peut pas se réduire à un pastiche. La motivation de Stravinsky, son inspiration, sa manière de faire qui est celle d’un artiste génial, il faut bien le dire, est un véritable bouleversement.

    _ Le personnage principal de The Rake’s Progress, Tom Rakewell, est-il un héros?

    _ Non, il s’agit définitivement d’un anti-héros, mais pas à la manière du Wozzeck de Berg par exemple qui, lui, subit l’histoire, alors que Tom Rakewell la raconte. The Rake’s Progress est une fable, ce qui permet des libertés musicales et dramaturgiques: la fable autorise une certaine légèreté et l’adresse directe au public qui créent un code entre le public et le narrateur.
    Tom Rakewell est un archétype, un anti-héros dont le parcours le conduit à l’anéantissement; il tente de s’en sortir en formulant des vœux stupides réalisés par Shadow, son double, mais une fois le pacte rompu, Rakewell sombre dans le désespoir. C’est l’histoire de quelqu’un qui, par abandon de lui-même, ne réussit à rien: il souhaite être riche et le devient par artifice, il espère le bonheur et se marie avec une femme horrible…
    Les personnages sont eux-mêmes des archétypes et évoluent dans un environnement qui est celui de l’histoire fabuleuse où il n’y a pas véritablement d’ancrage dans la réalité, dans le sens où il ne s’agit pas d’une situation concrète où les personnages seraient dirigés par autre chose que par le conteur Stravinsky. La musique renvoie à des choses profondes, mais elle conserve aussi une forme de légèreté.

    _ Dans votre mise en scène de The Rake’s Progress, cette légèreté est-elle importante?
    _ Le spectacle me semble en effet bien plus important que tout ce que l’on peut raconter sur Stravinsky. Il est essentiel pour moi de mettre l’accent sur cette légèreté qui permet de ne pas appesantir le propos en respectant le principe dramaturgique de la narration, de prendre de la distance vis-à-vis de la fable et d’éviter d’enfermer les personnages dans quelque chose qui ne correspondrait pas exactement à ce que Stravinsky nous raconte.
    Nous avons monté ce spectacle hors de la machine lyrique traditionnelle: il ne s’agit pas d’un opéra de chambre, et il ne se monte pas facilement. C’est pourquoi on en voit souvent des productions dans l’institution lyrique et moins dans des théâtres plus indépendants comme celui de l’Athénée. Je dois enfin préciser que la qualité et la crédibilité des chanteurs étaient des paramètres primordiaux.

    _ Pourquoi Stravinsky n’a-t-il pas créé une génération de compositeurs?
    _ C’est souvent la marque d’un grand génie -Gustav Malher n’en a pas vraiment eue non plus, par exemple. Stravinsky a révolutionné l’idée de l’orchestre, et de nombreux compositeurs ont saisi cette révolution, mais là où l’on attendait pas: je pense à la musique de film, en particulier, qui a beaucoup été influencée par Stravinsky. Comme Varèse par exemple, Stravinsky a créé une musique tellement singulière que s’en inspirer reviendrait à le copier.
    Comme Stravinsky a en outre utilisé, dans une certaine mesure, le langage existant en le transformant, il n’a pas créé une révolution aussi fondatrice que Schönberg: Schönberg est peut-être plus traditionnel que Stravinsky, mais il a créé le dodécaphonisme. Le sérialisme inventé par Schönberg donne de nouvelles clés d’écriture, et la descendance d’un outil se voit plus facilement que celle d’une esthétique. L’influence de Stravinsky est donc plus diffuse, mais je ne pense pas qu’un compositeur puisse être absent de Stravinsky: on ne peut pas cacher l’histoire de la musique et Stravinsky en fait partie peut-être plus que d’autres.»

    La première de The Rake’s Progress est ce soir! L’opéra se jouera ensuite pour trois autres représentations jeudi, vendredi et dimanche. Bon mardi!


  • “Allons, attachez-vous à moi, et ne faites pas le timide !” • Pleins feux




    Qui connaît Faust?

    Homme légendaire qui aurait vécu en Allemagne vers la fin du 15e siècle et à qui l’on attribue des pouvoirs magiques provoqués par un pacte avec le diable, Faust est d’abord l’objet d’un livre populaire vite repris par le dramaturge anglais Christopher Marlowe à la fin du 16e siècle.

    De personnage récurrent de théâtre de foire et de marionnettes, Faust devient un héros romantique sous la plume de Müller, Klinger et surtout Goethe qui écrit une fin optimiste en le faisant échapper à la damnation.

    Le mythe de Faust est ensuite repris dans des opéras comme chez Gounod ou Berlioz: il est souvent réduit à l’histoire d’amour tragique avec Marguerite et donne lieu à de nombreux films au cinéma, dont six de Méliès.

    Incarnation du surhomme résistant à toutes les catastrophes, Faust se transforme en héros national avec la première guerre mondiale: l’entre-deux guerres achèvera de l’asservir au nationalisme allemand et il fut suspecté après la seconde guerre mondiale d’avoir nourri la propagande nazie.
    Dans son Docteur Faustus, Thomas Mann retourne élégamment cette coloration patriotique pour en faire le symbole de la grandeur et décadence de la nation allemande: compositeur dont la folie est la contrepartie du génie, Faust prend alors une dimension artistique, philosophique et historique inédite.

    Parce qu’il est souvent dépeint sous les traits d’un conquérant aspirant à l’infini qui pose la question de la liberté de l’homme, Faust a parfois été comparé à Don Juan: dans l’opéra The Rake’s Progress, le compositeur Stravinsky et l’auteur Auden créaient ainsi en 1951 un personnage à mi-chemin entre Don Juan et Faust.

    Pour suivre le piètre destin de Tom Rakewell dans The Rake’s Progress de Stravinsky, c’est demain, jeudi, vendredi et dimanche à l’Athénée dans une mise en scène d’Antoine Gindt et une direction musicale de Franck Ollu.

    Et pour découvrir le film Faust de F. W. Murnau (1926), c’est ce soir à 20h30 au cinéma Le Balzac (Paris 8e): le film sera présenté par Julia Peslier, spécialiste de Faust, et un accompagnement musical du film sera interprété en live par Bachar Khalifé (percussions) et Rami Khalifé (piano).

    À ce soir pour le ciné-concert et à demain pour la première de The Rake’s Progress! Bon début de semaine à tous.


    PS : la citation en titre est extraite du Faust de Goethe dans la traduction de Gérard de Nerval.


  • Billet-à-brac • Pleins feux




    La Cantatrice chauve se termine demain: autour du spectacle, un tchat avec François Berreur, regard extérieur du spectacle, et un café-débat autour de la notion d’ordre et de désordre ont eu lieu à l’Athénée.
    Pour ceux qui ne pouvaient pas être là (dont moi-même), résumé des épisodes que vous avez manqués:

    Le tchat avec François Berreur

    nono: Comment avez-vous rencontré Jean-Luc Lagarce ?
    François: J'étais étudiant à Besançon, et il m'a vu jouer dans un spectacle amateur. Il avait déjà fondé La Roulotte amateur, sa compagnie, et après les spectacles se sont enchaînés.

    Vanille: Pourquoi avoir fondé la maison d'édition des Solitaires Intempestifs?
    François: Au départ c'était pour publier un auteur que personne ne voulait publier, nous trouvions avec Jean-Luc ses textes intéressants : il s'agissait d'Olivier Py. Jean-Luc Lagarce ne voulait pas que l'on publie ses textes mais comme il montait Music-Hall et qu'il n'y avait pas d'édition, je l'ai un peu convaincu de nous laisser publier son texte
    Vanille: !!!!! Vous avez eu le nez creux....
    François: Pas complètement, puisqu'il est parti chez Actes Sud! Je plaisante car en fait nous n'avions pas les moyens de publier le gros volume de La Servante. Il a eu raison !

    kiki: le public monte sur scène à la fin du spectacle. Avez vous des anecdotes sur cette participation non conventionnelle?
    François: On en aurait des tonnes, mais la plus belle c'était à Autun, où il y a une école militaire et nous avons vu monter une quinzaine de jeunes gens habillés comme le pompier, ou presque...

    Nenette: Comment vous est venue l'idée de mettre plusieurs fins ?
    François: Dès l'origine, Jean-Luc Lagarce a souhaité intégrer ces fins qu'il a découvert en Pléiade pour renforcer la référence à la mise en scène de Nicolas Bataille et intégrer cette dimension unique dans l'histoire du théâtre. Une mise en scène qui fait partie du patrimoine collectif.
    Les fins ramènent à l'origine de la création et surtout elles montrent combien le projet textuel de Ionesco était incroyablement plus moderne encore.

    Le café-débat

     

    Photo : Florence Cognacq

     

    “Le désir de vivre sans règle aboutit à une nouvelle règle…”

    “J’assimile la notion de désordre à la notion de bagarre.”

    “Je reprends la phrase de Hobbes, L’homme est un loup pour l’homme: c’est le loup le plus fort qui s’en sort…”

    “Le rire a une fonction libératrice, mais c’est surtout une question: que se passe-t-il quand on bouleverse la règle du jeu?”

    Voir l’intégralité des épisodes est possible: vous trouverez le texte du tchat sur le site de l’Athénée, et la vidéo du café-débat sur celui de Philosophies.tv

    Bonne fin de Cantatrice chauve et à la semaine prochaine pour un nouveau spectacle à l’Athénée: l'opéra The Rake’s Progress. Bon week-end à tous !


  • “Sourire‚ faire le bel esprit. Et taire la menace de la mort.” • D'hier à aujourd'hui




    Le mardi 10 mai 1994, Jean-Luc Lagarce, metteur en scène de La Cantatrice chauve, écrit dans son Journal :
    Dois aussi appeler Martinet et l’Athénée pour un rendez-vous et parler de la saison 1995-1996. (On ne hurle pas de rire !)”

    Je ne l’avais pas réalisé, mais c’est vrai, avant de mourir en 1995, Jean-Luc Lagarce est passé dans les murs de l’Athénée et a collaboré avec son directeur Patrice Martinet qui a bien voulu nous livrer ses souvenirs à ce sujet.

    Lorsque Patrice Martinet prend la direction de l’Athénée en 1993, il a déjà vu et particulièrement apprécié deux mises en scène de Jean-Luc Lagarce: Le Malade Imaginaire et La Cantatrice chauve, qu’il ne pourra d’ailleurs pas programmer immédiatement à cause d’une histoire de droits exclusifs accordés à un certain Théâtre de la Huchette à Paris…
    Patience étant mère de sûreté, cette Cantatrice chauve sera finalement donnée à l'Athénée en 2007 puis en 2009 (et c'est justement ce que vous pouvez aller voir jusqu'à samedi).

    Patrice Martinet décide alors de programmer le spectacle que Jean-Luc Lagarce est en train de préparer: L’Île des Esclaves de Marivaux sera représenté à l’Athénée pour la première saison du mandat de Patrice Martinet qui parle aujourd’hui de Jean-Luc Lagarce comme d’un homme qui aimait le théâtre dans tous ses aspects, dans la définition que Brecht en donnait -quand le bricolage rencontre la métaphysique.

    L’Athénée ferme pour travaux en fin 1995, et Patrice Martinet programme Lulu de Wedekind mis en scène par Jean-Luc Lagarce pour la réouverture du théâtre après la rénovation de sa façade.
    Les répétitions sont difficiles: les travaux sont plus importants que prévus, l’équipe se retrouve à travailler dans des conditions très inconfortables et la date de la première doit être repoussée pour laisser au chantier de rénovation le temps de se terminer…
    En octobre, les répétitions s’interrompent le temps de la tournée d’un autre spectacle de   la compagnie: c’est à ce moment-là, hors de l’effervescence de la création de Lulu, que Jean-Luc Lagarce est mort.

    À l’exception de l’acteur Daniel Emilfork qui préfère se retirer du projet, l’équipe choisit de mener Lulu à son terme. C’est François Berreur qui en achève la mise en scène et la première a lieu le 8 janvier 1996 dans la grande salle de l’Athénée.

    Au même moment, salle Christian Bérard, Mireille Herbstmeyer, qui interprète encore aujourd’hui Madame Smith dans La Cantatrice chauve, joue Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne écrit et mis en scène par Jean-Luc Lagarce.


    L’Athénée est restée fidèle à Jean-Luc Lagarce: pour voir sa mise en scène de La Cantatrice chauve, vous avez jusqu’à samedi.
    Et pour découvrir Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, toujours avec Mireille Herbstmeyer mais cette fois dans la mise en scène de François Berreur, cela sera du 3 au 12 décembre prochains...

    Bonne journée à tous.


  • Avez-vous vu la lune? • La corde verte du lapin qui siffle




    (Les personnes friandes d’expressions désuètes me feront l’amitié de ne pas forcément répondre à la question posée en titre)

    Comme je commençais à vous le dire le 11 novembre dernier, la lune de La Cantatrice chauve ne tient pas en place: pleine ou croissant, à jardin ou à cour, le petit astre est le fruit d’un projecteur spécial nommé telescan dont le fonctionnement m’a été expliqué par Dominique Lemaire, directeur technique adjoint de l’Athénée, toujours là quand j’ai quelqu’un à embêter.

    Le telescan est constitué d’une lumière qui traverse toute une série de lentilles puis un cache pour enfin aller se refléter dans un miroir.

    Le cache est appelé gobo: il s’agit d’une forme découpée en verre ou en métal qui permettra de transformer un faisceau en fleur, grillage, spirale, feuillage, brosse à dents ou, en l’occurrence, croissant de lune.
    Avec les gobos en verre, il est également possible d’y imprimer des photographies pour un effet diapositive.

    Le miroir est le cercle lumineux à gauche la photo: mobile, il permet de diriger le faisceau à l’endroit souhaité, exactement comme quand Dominique Lemaire était petit et qu’il s’amusait à éblouir les grandes personnes avec un miroir et un rayon de soleil (parce que moi, évidemment, je ne l’ai jamais fait).


    Pour voir la lune de La Cantatrice chauve, c’est jusqu’à samedi !

    Et pour discuter avec François Berreur, regard extérieur sur ce spectacle, en restant tranquillement chez vous, cela sera demain de 19h à 20h: connectez-vous sur le site de l’Athénée dans ces heures et pénétrez dans la salle de tchat!
    Le tchat, c’est le clavardage chez nos amis québécois: mélange de clavier et de bavardage, il s’agit d’une conversation par écrit en temps réel via internet qui vous permettra de discuter directement avec François Berreur et les autres spectateurs.

    Bon mardi!


  • Véronique et Davina • Coulisses




    Jano, Richard et Yoann font-ils du step ou préparent-ils un effet technique de La Cantatrice chauve?
    Pour le savoir, c’est à l’Athénée jusqu’à samedi...

    Bon lundi!

     

    PS: de mon week-end en Suisse, j'ai cru entendre que le café-débat de samedi à l'Athénée sur le thème "Besoin d'ordre, envie de désordre" s'était bien déroulé, et même que le foyer-bar était plein. Quelqu'un parmi vous pourra-t-il m'en dire davantage?


  • Faites-vous partie des 68% de Français qui… • Perspective




    ...estiment que les bonnes manières sont importantes? Ce chiffre date d’une enquête d’opinion réalisée en 1999 ; il était de 21% en 1981.

    À quoi ressemble la politesse d’aujourd’hui? À dire “s’il vous plaît” en demandant quelque chose, faire deux bises en disant bonjour à quelqu’un de proche à Paris mais plutôt trois si l’on habite dans les environs d’Avignon, ne pas saucer son assiette avec son pain ou ne pas couper sa salade.

    Mais au 19e siècle, le savoir-vivre consistait à ne pas sortir sans ses gants, à ne pas porter de pierres précieuses lorsqu’on était une jeune fille ou, si vous étiez un homme, à offrir systématiquement son bras gauche à une femme qui vous accompagnait en promenade.
    La cravate et la canne permettaient de se distinguer et, pour les hommes, l’habit noir était de rigueur.


    C’est qu’il existe en effet non seulement une géographie des bonnes manières (la politesse est loin d’être internationale et n’est même parfois pas la même entre deux régions françaises) mais surtout une histoire: parfait reflet de la société qu’elles régentent, les règles de civilité témoignent de la conception des relations humaines d’une époque donnée.
    Si révélatrice, la bienséance, que les Révolutionnaires tentèrent d’ailleurs de l’atomiser en tant que signe persistant de l’Ancien Régime nauséabond: incompatible avec l’idée de démocratie, la politesse serait le signe de l’hypocrisie, de la hiérarchie, voire de l’arbitraire -il est vrai en effet que l’émergence et la perpétuation de telles règles seraient impossibles sans l’existence de groupes sociaux solides et bien distincts.

    Aujourd’hui, la politesse aurait davantage la fonction de sécuriser nos relations avec l’autre en canalisant l’agressivité de chacun, ou de rétablir un peu de civilité dans une société où l’on a voulu détruire les inégalités sociales, les distances ou les liens de subordination.

    Alors, la politesse, relent de l’aristocratie, règne de l’arbitraire ou règle indispensable à la vie en commun?
    Explosée par Ionesco dans La Cantatrice chauve, moquée par Jean-Luc Lagarce dans Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (à l’Athénée en décembre), la civilité est aussi le sujet du dernier livre de Frédéric Rouvillois, Histoire de la politesse de 1789 à nos jours, dont je tire mon billet d’aujourd’hui.

    Frédéric Rouvillois sera justement l’un des invités du café-débat de demain, “Besoin d’ordre, envie de désordre”, en partenariat avec Philosophie Magazine: autour de trois spectacles programmés à l’Athénée (La Cantatrice chauveLes Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Au Temps des croisades), Christophe Bourseiller, Mireille Herbstmeyer, Frédéric Rouvillois et Fred Tousch débattront des règles et de leur transgression dans une discussion modérée par Lola Gruber, rédatrice des programmes et brochures à l'Athénée.

    Pour y assister, c’est à partir de 17h demain au foyer-bar de l’Athénée: l’entrée est libre!
    Côté spectacle, La Cantatrice chauve continue jusqu'à samedi prochain!


    Pour ma part, je serai au bord du lac Léman dès ce soir et ne pourrait donc vous faire de compte-rendu de ce café-débat: si, dans le cadre des billets du blog ouverts aux spectateurs, l’un d’entre vous assistant à cette discussion souhaitait me livrer ses impressions (en texte, vidéo, dessin ou photo), qu’il n’hésite évidemment pas!

    Bon week-end à tous.


  • “Tiens, on sonne!” - Interview en vidéo! • Entretien




    Qu’est-ce qu’un prêtre monophysite?

    Vous le saurez en regardant ces deux interviews vidéo d’Olivier Achard et Emmanuelle Brunschwig, interprètes de Monsieur et Madame Martin dans La Cantatrice chauve.

    Ou peut-être que vous ne le saurez pas, d’ailleurs -dans le théâtre de l’absurde, il n’est pas rare que les questions ne trouvent pas de réponse.

    Olivier Achard (M. Martin dans La Cantatrice chauve)
    Durée : 3 minutes
    Si vous ne parvenez pas à lire cette vidéo, cliquez pour aller sur Youtube.

     

    Emmanuelle Brunschwig (Mme Martin dans La Cantatrice chauve)
    Durée : 4 minutes
    Si vous ne parvenez pas à lire cette vidéo, cliquez pour aller sur Youtube.



    (Désolée pour l’effet super 8 des vidéos qui est dû à un souci technique au moment de l’enregistrement. Promis, je ne le referai plus)

    Bon jeudi!



  • "Vendredi 6 avril 1990 - Berlin-Ouest. Suis arrivé cette après-midi." • Perspective




    En 1989, Jean-Luc Lagarce, auteur de pièces de théâtre et metteur en scène de La Cantatrice chauve actuellement à l’Athénée, commence le tournage d’un journal vidéo de cinquante et une minutes où de courts textes relatant certains événements se superposent à des images tournées lors de sa vie quotidienne.

    Extrait d’il y a exactement vingt ans où Lagarce est en train de filmer sa soeur:

    “ Tu vas me donner quel rôle, dans le film?
    _ Euh… Ton propre rôle! (Silence. Puis, sur un ton de protestation) C’est pas mal!
    _ Hmm…
    _ Non?
    _ Hmm… (Silence) Tu vas mettre des paroles, enfin des phrases?...
    _ Non, je vais laisser les tiennes.
    _ Tu te fous de ma gueule?”

    Apparaît à l’écran “9 novembre 1989 : chute du mur de Berlin” pendant que l’on quitte l’image de la soeur de Lagarce pour passer à sa mère dont l’on entend la voix sans voir le visage:

    “_ Quant à ce que je veux, ça se limite à… Comme dirait l’autre….”


    Six mois plus tard, Jean-Luc Lagarce part s’installer à Berlin dans le cadre d’une résidence d’écriture dont il bénéficie après avoir remporté le prix Léonard de Vinci. Il y écrira Juste la fin du Monde, une pièce portant sur l’idée du retour.

    À cette époque, sur des images de la capitale allemande, on peut voir dans son Journal vidéo:
    “Mardi 10 avril - Me suis perdu, incapable de franchir le mur.”

     

    Le Journal vidéo de Jean-Luc Lagarce sera projeté dans le cadre d’une rencontre à la Bibliothèque Nationale de France en partenariat avec l’Athénée et Le Magazine littéraire sur le thème “Jean-Luc Lagarce, une écriture de l’intime”: rendez-vous le mardi 1er décembre à 18h30 à la BNF (11 quai François Mauriac, Paris 13e). L’entrée est libre.

     

    Bon anniversaire de l’ouverture du Mur de Berlin, et à demain pour la reprise des représentations de La Cantatrice chauve dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce à l’Athénée!


  • Et nous montons toujours! • Coulisses




    La première de La Cantatrice chauve a eu lieu hier soir, mais le montage technique commencé hier a continué jusqu’à la dernière minute! Suite et fin dans un diaporama d'une cinquantaine de secondes:


    Comme je vous le disais également hier, une rencontre autour de Jean-Luc Lagarce aura lieu demain à 17h au forum de la FNAC des Ternes (26 avenue des Ternes, Paris 17e) en compagnie de François Berreur et Jean-Louis Grinfeld!

    Bon week-end à tous et à lundi...


  • "Tu as de la garniture, pour charger un peu?" • Coulisses




    La première de La Cantatrice chauve a lieu ce soir et le montage du spectacle a commencé hier: les décors reviennent juste de Bucarest où la troupe a joué dans le cadre du Festival National de Théâtre -en roumain, La Cantatrice chauve s’appelle Cântareata cheala.

    Montage technique entrecoupé de bouts de dialogues honteusement ôtés par moi-même de leur contexte :

     

    “_ C’est sûr que, quand on n’a pas de muscles, mieux vaut avoir ta tête…”

     

    “_ Tu vas maroufler?
    _ Oui, en partie.”

     

    “_ Mets-toi dans le carré noir à la face.”

     

    “_ Je ne l’ai jamais vu de face, le spectacle…”

     

    “_ Ne t’inquiète pas, je comprends ce que tu me dis!
    _ Ah bon? Parce que parfois je n’en suis pas sûr…”

     

    Le montage continue aujourd’hui et sera prêt pour vous accueillir ce soir à 20h!

    Bonne journée à tous...


  • “Je te donnerai les pantoufles de ma belle-mère si tu me donnes le cercueil de ton mari.” • Pleins feux




    _ Tiens, c’est écrit que Jean-Luc Lagarce est mort.
    _ Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu’il est mort?
    _ Pourquoi prends-tu cet air étonné? Tu le savais bien. Il est mort il y a quatorze ans. Tu te rappelles, on a été voir sa mise en scène de La Cantatrice chauve, il y a dix-huit ans et demi.
    _ Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé tout de suite, mais je ne comprends pas pourquoi toi-même tu as été si étonné de voir ça sur le journal.
    _ Ça n’y était pas sur le journal. Il y a déjà quatre ans qu’on a parlé de son décès. Je m’en suis souvenu par association d’idées! L’Athénée Théâtre Louis-Jouvet redonne sa mise en scène de La Cantatrice chauve à partir de jeudi.


    Décédé en 1995, Jean-Luc Lagarce est aujourd’hui l’un des écrivains contemporains les plus joués en France. Auteur de Juste la fin du Monde, Derniers Remords avant l’oubli ou des Règles du savoir-vivre dans la société moderne (dont vous entendrez reparler assez vite à l’Athénée), il était également metteur en scène.
    C’est François Berreur, le plus proche collaborateur de Jean-Luc Lagarce, qui mène la reprise de sa Cantatrice chauve interprétée par les mêmes acteurs.

    Rendez-vous donc à l’Athénée pour votre dernière chance de voir cette mise en scène aujourd’hui mythique!

    Bon mardi.


  • Le blog est à vous • Coup de théâtre




    Bonjour à tous,

    J’espère que vous avez passé une bonne Toussaint, ou un bon Halloween, ou juste un bon week-end (selon vos convictions).

    Comme je vous le disais mercredi dernier, je souhaite ouvrir le blog à vos créations et remercie déjà ceux qui m’ont envoyé des textes: la première contribution sera publiée d’ici quelques jours!
    N’hésitez pas à me contacter pendant l’année au gré de votre inspiration ou de vos venues à l’Athénée: je serai ravie de pouvoir publier vos textes, photos, dessins ou vidéos régulièrement.

    Autre chose, et cette fois c’est moi qui viendrai plutôt à vous: on parle souvent des artistes, un peu des techniciens et administratifs, encore moins des spectateurs. C’est pourquoi je ferai des portraits de quelques-uns d’entre vous pendant l’année, soit en contactant ceux qui m’auront fait des commentaires sur le blog, soit en venant vous voir avant ou après une représentation à l’Athénée selon des critères totalement arbitraires (du style “tiens, elle est toute seule” ou “il a l’air gentil, avec un peu de chance il ne m’enverra pas balader” ou encore “elle a de belles lunettes”).

    Les portraits ne citeront que le prénom de la personne, pourront ne pas comporter de détails permettant de la reconnaître et seront relus par l’intéressé(e) avant publication.

    Que ceux qui aimeraient se prêter au jeu n’hésitent pas à se manifester par mail (clemence(at)athenee-theatre.com) ou lors de leur venue à l’Athénée! Je ressemble à une jeune femme avec les cheveux courts, deux bras, un carnet et un gros appareil photo, mais attention, je ne suis pas là tout le temps…

    En espérant vous rencontrer bientôt, je vous souhaite un bon lundi!


  • “J’emmerde le théâtre!” • Pleins feux




    “_ Moi, je déteste le théâtre. Je n’ai pas besoin de théâtre. J’emmerde le théâtre!
    _ Moi aussi, je le déteste et l’emmerde. C’est pour m’en moquer que j’écris du théâtre. C’est bien l’unique raison, lui dis-je.”

    C’est, rapporté par Ionesco (et disponible aujourd’hui dans le recueil Notes et contre-notes), un bout du dialogue hilarant qui eut lieu entre l’auteur et le sculpteur Brancusi lors de leur première rencontre.

    Ionesco emmerde-t-il le théâtre ou, comme il se l’est demandé dans un article paru dans L’Express  en 1961, a-t-il fait de l’anti-théâtre?

    Si La Cantatrice chauve est définie comme une “anti-pièce”, c’est bien en effet parce qu’elle est en partie une parodie, une critique du langage tout fait, la mise à nu “d’un théâtre qui n’était plus du théâtre”, pour citer un entretien édité dans Bref en 1956.

    Mais comme Ionesco le concède lui-même dans cette même interview, c’est bien du théâtre qu’il a voulu faire: en revenant à une certaine forme d’archétype (qu’il distingue formellement du stéréotype), il déclare utiliser les schémas classiques du théâtre en en renouvelant simplement l’expression. Le classicisme n’est jamais vieux et la tradition pas synonyme d’académisme -c’est même le contraire, affirme-t-il.

    La Cantatrice chauve, anti-pièce ou théâtre de la dérision? Et dérision de quoi? Du théâtre, des manuels de conversation en langues étrangères, de la société, de l’homme lui-même?

    Pour tenter d’y répondre, rendez-vous à partir de jeudi prochain à l’Athénée pour une reprise de la mise en scène mythique de La Cantatrice chauve faite par Jean-Luc Lagarce en 1991.

    Bon week-end et à lundi!


  • Les grands mystères de Dominique Lemaire (8) • La corde verte du lapin qui siffle




    Non, ceci n’est pas un radiateur.

    (c) Dominique Lemaire

    Bonne journée à tous!


  • “Denise, ça fait demi-monde. Je t’appellerai Mireille.” • D'hier à aujourd'hui




    Il y a quelques mois, un certain Hervé Riot téléphonait à Julie Bellanger, assistante de direction à l’Athénée, pour lui annoncer une drôle de nouvelle: l’une des pensionnaires de la maison de retraite où il travaille venait de décéder, et il se retrouvait avec des papiers que la famille ne souhaitait pas récupérer. Et de nombreux documents mentionnant abondamment Louis Jouvet, il avait pensé que l’équipe de l’Athénée serait intéressée...

    Quelques semaines plus tard, un gros classeur et un album photo intitulé “Vie exquise de 1916 à 1949” atterrissait donc à l’Athénée. À l’intérieur, des photos et lettres de Louis Jouvet, des programmes de ses spectacles et surtout, un récit complet des moments que l’auteure a passés avec la troupe de Louis Jouvet.

    Denise Mireille Delavigne a en effet fait partie de la compagnie Louis Jouvet au moment de sa tournée en Amérique du Sud de 1941 à 1945: si la carte de ce périple est aujourd’hui visible dans l’un des couloirs de l’Athénée (premier étage, côté cour), nous n’avions que peu d’informations à ce sujet.

    Je n’en suis qu’au début du déchiffrage du manuscrit et de l’examen des très nombreuses photographies, mais je me ferai un plaisir de vous livrer quelques anecdotes, photos et extraits de lettres au fil de mes lectures.

    À bientôt donc en compagnie de Denise (rebaptisée Mireille par Louis Jouvet dès leur première conversation), Louis, Madeleine, Christian, Romain, Monique, Wanda, René, Camille, Léon, Marthe, Germaine et tant d’autres en tournée théâtrale en Amérique du Sud dans les années 1940.

    Bon mardi!

     

    Édit : suite de l'histoire avec une lettre manuscrite de Louis Jouvet ici et des photos inédites de Louis Jouvet .


  • Salut! • Coulisses




    Minetti s'est terminé avant-hier sous vos applaudissements: serpentins, ballons, perruques et masques ont quitté la grande salle de l’Athénée et s’apprêtent à voyager jusqu’au Théâtre de ChartresMinetti se jouera le 13 novembre.

    Vus des coulisses, les acteurs de Minetti saluent à la fin de la représentation.

    Bon début de semaine et à demain!


  • C’est extra - Interview! • Entretien




    Comédien dans Minetti où il interprète l’extra (celui qui sert le champagne) et l’amoureux, Jérôme Maubert est également l’assistant de Gerold Schumann, le metteur en scène. Entretien dans la loge de l’intéressé avant une représentation:

    «_ Quel est, pour toi, le sujet central de Minetti?
    _ Minetti traite de l’artiste -du comédien bien sûr, mais aussi de toutes les formes artistiques comme les lettres, la musique... La pièce montre un parcours douloureux d’acteur, la trajectoire d'un homme qui a suivi ses convictions et s’y est tenu, ce qui est un acte courageux au final... Il est au bout de  sa vie... Thomas Bernhard est un visionnaire: ce "portrait de l'artiste en vieil homme" est si juste, si touchant et si réel... Comment a-t-il pu être si proche de la vérité de ce parcours d'acteur au bout de sa vie? Ce texte est incroyable d'humanité.
    (Il vérifie son maquillage dans le miroir)

    _ Pourquoi êtes-vous tous autant grimés?
    _ Nous ne sommes pas grimés, nous sommes “ensorisés”. La création maquillage et les costumes ont consisté à nous styliser afin de nous dessiner des silhouettes à la James Ensor... Minetti déclare d’ailleurs: "cet hôtel est plein de personnages qui rendent obligatoirement fou un homme comme moi...".  Gerold Schumann, le metteur en scène, a fait le choix de ne pas rester dans le réalisme.

    _ Et comment as-tu travaillé pour jouer ton personnage de l’extra qui, s’il a peu de texte, est très présent lors de la première partie du spectacle?
    _ Il s’agit d’un personnage qui a un métier et qui est ici à son travail: il doit se tenir à sa fonction quoiqu’il se passe. Je ne lui ai pas inventé toute une vie mais ai plutôt travaillé en fonction du jeu de Serge Merlin et de ce qu'il émane du plateau, de l'univers de l'auteur et celui du metteur en scène: en étant assistant à la mise en scène, j’ai travaillé un mois de plus que les autres et ai donc pu voir Serge Merlin construire et entrer au fur et à mesure dans son personnage, le voir s'emparer puis devenir Minetti...J'ai adapté une écoute qui me semblait juste en fonction de sa proposition
    Les rôles muets ont des partitions: comme en musique, les silences répondent à quelque chose. J’ai l’impression de converser avec Minetti même dans les silences, et ce uniquement par les regards ou les mouvements. C'est un vrai travail d'acteur: être juste, savoir s’effacer à bon escient et trouver sa place dans cet univers, ses rapports avec les autres. Ce rôle quasi-muet m'a laissé une grande liberté car rien n’est écrit sur ce personnage dans le texte, si ce n’est porter une valise, entrer ou sortir: tout est à créer.

     

    Liza Winzelle, habilleuse à l'Athénée, et Jérôme Maubert

    _ Pourquoi interprètes-tu l’extra et l’amoureux qui sont deux personnages différents dans le texte de Thomas Bernhard?
    _ C’est un choix qu’a fait Gerold Schumann dès le départ: il semblait logique que l’extra, qui est sans doute le personnage qui accorde le plus d’écoute et de considération à Minetti dans la première partie, ait amené ce dernier dans la salle de bar aux côtés de son amoureuse: c’est l’endroit où les gens attendent…
    D’ailleurs, ce rôle de l’extra est souvent supprimé ou réduit à sa première réplique: au cours des répétitions, sa présence et son écoute nous ont paru nécessaires, car le personnage Minetti comme l’acteur Serge Merlin ont besoin d’être soutenus... Minetti s’arrêterait de parler si personne ne l’écoutait ni le regardait.

    _ Couplé à la sympathie de la jeune fille dans la seconde partie, cette écoute de l’extra à l’égard de Minetti semble indiquer un certain espoir pour la jeunesse...

    _ Oui, nous avons pris ce parti: c'est auprès des jeunes que Minetti obtient le plus d'écoute  et d'intérêt; la jeunesse signifierait alors le renouveau, l’apport de quelque chose de neuf...

    _ Pourquoi es-tu à la fois assistant et comédien sur Minetti ?
    _ J’avais déjà travaillé avec Gerold Schumann sur L’Éveil du printemps de Wedekind où j’interprétais Melchior, et je tenais à participer au projet Minetti: c’est une position privilégiée de voir un acteur aussi talentueux que Serge Merlin en création sur un plateau, je ne voulais rien rater… J'aime les rapports de confiance qui s'établissent en tant qu'assistant avec les acteurs, et là je suis bien servi sur cette distribution. Ils sont tous d'une très grande humanité et de grands artistes.

    _ Tu mets des photos du spectacle dans ta loge alors que tu le vois tous les soirs?
    _ C’est ma façon de m’immerger dans le spectacle. Regarde, j’ai une tête d’amoureux également: c’est Serge Merlin qui me l’a offerte en m’affirmant que c’était moi… C'est flatteur... (Silence) Je suis désolé, je ne suis pas un grand bavard…»

     


    Le petit bavard est sans doute trop dur avec lui-même: pour le voir écouter et se taire aux côtés de l’équipe de Minetti, vous avez encore deux représentations ce soir et demain!

    Bon vendredi et bon week-end à tous!


  • Serpentins et cotillons • Coulisses




    Autour de Minetti, c’est le réveillon et de nombreux fêtards masqués apparaissent et disparaissent dans l’hôtel: entre deux surgissements, les comédiens se changent et se maquillent à toute allure dans les coulisses…

     

    Ève Guerrier, Irina Solano et Fabien Marais

    Irina Solano

    Olivier Mansard, Jessica Perrin, Irina Solano, Ève Guerrier, Liza Winzelle (habilleuse à l'Athénée) et Fabien Marais.


    Olivier Mansard

     

    Minetti se joue encore jusqu’à samedi! Bon jeudi à tous.


  • Sondage toi-même! • Perspective




    On l’a vu avec un rapport de la Cour des Comptes paru le 16 juillet dernier et suivi de batailles de chiffres qui ne semblent pas encore terminées aujourd’hui, le nombre et surtout le prix des sondages d’opinion commandités par l’État pose question.

    Permettez-moi donc de profiter de l’actualité pour vous faire un petit sondage (c’est gratuit) :

    Aimez-vous rencontrer les artistes après une représentation?
    Oui, cela permet de mieux comprendre le spectacle.
    Oui, j’aime bien échanger et discuter à propos du spectacle.
    Non, je trouve que cela n’apporte rien.
    Non, je n’ai pas envie que ma réception du spectacle soit modifiée par une rencontre.

    Pour répondre, cliquez ici et regardez à droite! Le sondage ne peut comporter que quatre réponses possibles que j’ai choisies de façon unilatérale et arbitraire (je me flagelle devant mon clavier, vous vous en doutez), aussi serais-je ravie que vous développiez votre sentiment dans un commentaire! Pour m’écrire, cliquez sur “Ajouter un commentaire” en bas de ce billet.

    Si vous avez répondu oui à la question, rendez-vous ce soir après la représentation dans le foyer-bar de l’Athénée pour une rencontre avec l’équipe de Minetti !

    Bon mardi...


  • Partez vite et revenez tard • Pleins feux




    Serge Merlin - Minetti - Athénée Théâtre Louis-Jouvet

     

    “Partir vite!” : hurle Minetti/Merlin sous la neige. Après ce samedi 24 octobre, Minetti sera définitivement parti de l’Athénée mais, pour prolonger le spectacle, le premier “Ensuite...” de la saison aura lieu demain!

    Après la représentation de demain, retrouvez l’équipe au bar de l’Athénée pour un “Entre nous” où vous pourrez discuter, réagir, poser vos questions ou demander des autographes…

    Bon début de semaine et à demain!


  • La jeune fille et la mort • Entretien




    Jessica Perrin interprète le rôle de la jeune fille dans Minetti actuellement joué à l’Athénée: quasiment muette, la jeune fille écoute Minetti assise sur un canapé de l’hôtel d’Ostende où celui-ci attend le directeur de théâtre de Flensburg.

    Jessica Perrin - Minetti - Athénée Théâtre Louis-Jouvet


    «_ J’ai tendance à penser que les rôles d’écoute, sous leur apparente simplicité, sont en fait les plus difficiles: comment as-tu travaillé ton personnage?
    _ J’ai d’abord beaucoup lu le texte pour bien le comprendre et l’intégrer: en fait, je connais celui de Serge Merlin par cœur, mais c’est valable pour tous les rôles. C’est essentiel de connaître le texte de ton partenaire pour pouvoir travailler avec l'autre et réagir justement, voire pallier un éventuel trou… La quantité de texte de l'acteur ne signifie pas grand-chose: ce qui compte, c'est surtout la qualité du texte et l'interprétation de l'acteur. Pour mon personnage, je devais travailler ma présence scénique et son univers.
    Pour chaque personnage à interpréter, il faut pouvoir s'exprimer avec son corps et son regard. Dans Minetti d’ailleurs, les regards que lance la jeune fille éveillent l’attention des spectateurs, c’est-à-dire que son attitude à elle peut les engager à être particulièrement attentifs à un moment ou à un autre du texte de Serge Merlin: c’est en tout cas en ce sens que nous avons travaillé avec Gerold Schumann, le metteur en scène.
    C’est vrai que, lorsqu'on a un texte important, on peut plus facilement se cacher derrière -comme dans la vie où, lorsqu'on manque de confiance, on a tendance à se dissimuler derrière un flot de paroles. Pour interpréter la jeune fille, c’était vraiment difficile au début de trouver la justesse, car on a très peu de renseignements sur elle dans le texte: on sait qu’elle a un amoureux de dix-sept ans, qu’elle a deux frères, qu’elle aime la musique et que son père était conducteur de train à Liège, mais c’est tout! J’ai donc imaginé sa vie afin d’appuyer mon jeu..

    _ Alors pour toi, comment s’appelle-t-elle, quel âge a t-elle, que fait-elle dans cet hôtel?
    _ Elle s’appelle Clarisse, elle a quinze ans, elle aime le jazz, sa mère était couturière mais elle est décédée dans un accident. Et si elle a quitté Liège, c'était pour suivre son amoureux mais aussi parce que, sa mère étant morte, son père toujours sur les rails et ses grands frères travaillant loin, rien ne l’y rattachait plus. J'ai décidé qu'elle était femme de chambre dans l'hôtel où se déroule la pièce afin de justifier le fait qu'elle y reste si longtemps sans aucune gêne.
    Là, elle a terminé son service et s’est mise dans un coin désert de l’hôtel pour attendre son amoureux qui est aussi l’extra de l’hôtel, celui qui sert le champagne à la dame en rouge au début de la pièce. Vu son métier et l’âge avancé de la population de l’hôtel, elle a l’habitude que des personnes âgées viennent lui parler: c’est pour cela qu’elle n’écoute pas spécialement Minetti au début.

    _ Mais son attitude va changer petit à petit..
    _ Oui: de l’indifférence, elle passe à l’écoute puis à la sympathie. Et même si elle laisse Minetti pour courir dans les bras de son amoureux lorsqu’il arrive, elle lui donne tout de même son poste de radio pour qu’il ait de la musique...


    Serge Merlin et Jessica Perrin - Minetti - Athénée Théâtre Louis-Jouvet
    NB : admirez l'effet de la poursuite précédemment évoquée sur le visage de Serge Merlin


    _ Thomas Bernhard avait-il indiqué que la jeune fille lisait un journal ou est-ce vous qui l’avez ajouté?
    _ Gerold Schumann, le metteur en scène, l’a ajouté -c’est un magazine de 1976 consacré au réveillon! Dans le texte de Bernhard, la jeune fille a sa radio sur ses genoux et la regarde: Gerold estimait que cela lui donnait un côté un peu trop autiste, alors il a préféré le journal pour qu’elle soit une jeune fille comme les autres, une jeune fille avec ses préoccupations, son univers. C’est la jeunesse qui ne s’intéresse pas tellement à la vieillesse...

    _ La jeune fille signifierait donc l’incommunicabilité entre la jeunesse et la vieillesse?
    _ De manière plus générale, Minetti est une pièce sur la solitude. Pendant trente ans, Minetti a vécu dans la mansarde de sa soeur sans parler avec qui que ce soit. Arrivé dans cet hôtel d’Ostende, la dame en rouge ne lui répond quasiment pas, il y a peu d’échanges avec le portier et l’extra, les gens qui passent font la fête entre eux… La jeune fille s’intéresse un peu plus à lui, mais elle le quitte précipitamment quand son amoureux arrive… C’est une pièce assez pessimiste où l’on est toujours seul au monde même si on lie quelques amitiés fugaces…
    Mais c'est peut-être à relier avec l'oeuvre de Thomas Bernhard dans sa globalité. Autrichien du 20e siècle, il est bien conscient que si l'homme est capable du meilleur, il est aussi capable du pire. La présence de la jeune fille me semble cependant être un message d’espoir: dans ce monde déglingué où tous portent des masques, y compris la dame en rouge qui parle d’aller se coucher avec un masque de singe et Minetti avec son masque de Lear fait par Ensor, elle est la seule à ne pas trouver cela nécessaire. Lorsque Minetti lui demande quel masque elle portera au bal de la saint-sylvestre, elle répond qu’elle n’en mettra aucun. Être pur peut suffire, et il n’est pas forcément nécessaire de se cacher pour exister...»

    Minetti se joue encore plus d’une semaine. Bon week-end à tous!


  • Athénée Bernhard Affiches • D'hier à aujourd'hui




    Thomas Bernhard est un auteur régulièrement célébré à l'Athénée: grâce au travail photographique de Dominique Lemaire, directeur technique adjoint du Théâtre, faisons un saut dans le passé de l'Athénée (et du graphisme).

    1988: Simplement compliqué
    Mise en scène Christian Colin


    1991: Les Apparences sont trompeuses
    Mise en scène Dominique Féret

     

    2003: RitterDeneVoss
    Mise en scène Hans Peter Cloos
    Comme dans le cas de Minetti, Ritter, Dene et Voss sont des noms d'acteurs ayant réellement existé.

     

    2007: L'Ignorant et le Fou
    Mise en scène Emmanuel Daumas

     

    2008: Claus Peymann compra un paio di pantaloni e viene a mangiare con me
    Thomas Bernhard en italien mis en scène par Carlo Cecchi

     

    2009: Minetti
    Mise en scène Gerold Schumann
    À l'Athénée jusqu'au 24 octobre!

     

    Bonne journée à tous.

     


  • Quitter le masque? • Pleins feux





    Serge Merlin (Minetti) et Jessica Perrin (une jeune fille)
    Minetti, Thomas Bernhard, mise en scène Gerold Schumann
    Athénée Théâtre Louis-Jouvet, du 8 au 24 octobre 2009


    Qu’y a-t-il dans la valise de Minetti? Des coupures de presse (que l’on verra) et, selon ses dires, un masque pour interpréter le Roi Lear réalisé par James Ensor (que l’on ne verra pas).

    Né en 1860 à Ostende où se déroule justement Minetti (c’est au nord-ouest de la Belgique, sur la côte de la mer du nord), le peintre et graveur flamand James Ensor ne se rattache pas à un mouvement pictural prédéfini: entre naturalisme, expressionnisme, surréalisme, symbolisme et fauvisme, Ensor cache les visages sous des masques et décompose les corps en squelettes dans une obsession de la mort à la fois glauque et burlesque.

     


    Autoportrait aux masques, James Ensor, 1899
     Menard Art Museum, Komaki City © 2009 Artists Rights Society (ARS), New York/SABAM, Brussels


    La farce se mêle au cauchemar et l’humain disparaît de manière inéluctable: l’individu peut-il exister sous son masque?
    C’est aussi l’un des sujets de Minetti de Thomas Bernhard, à l’Athénée jusqu’au 24 octobre.

    Bonne journée à tous !

    PS : après le Museum of Modern Art de New York, le musée d’Orsay consacre une rétrospective à James Ensor du 20 octobre au 4 février prochains. Plus d’informations ici.


  • Et caetera pantoufle • Coulisses




    Minetti est-il à côté de ses pompes? À la fête de la Saint-Sylvestre où se déroule la pièce de Thomas Bernhard actuellement jouée à l’Athénée, chacun cherche chaussure à son pied: les fêtards passent à toutes pompes, le majordome reste droit dans ses bottes, la dame en rouge se fait pomper l’air, la jeune femme est parfois dans ses petits souliers et le portier ne se laisse pas marcher sur les pieds.

    Irez-vous en grande pompe à l’Athénée compter le nombre de paires de chaussures qui défilent autour de Minetti? On a pu en glaner quelques-unes mais attention, il y a un intrus.

    C’est aujourd’hui relâche à l’Athénée, mais n’hésitez pas à chausser vos souliers pour découvrir à 20h30 le sublime Feux de la rampe de Chaplin au cinéma Le Balzac dans le 8e à Paris: un clown qui traîne ses savates peut-il sauver une ballerine?

    Bon lundi.


    PS : l’expression “et caetera pantoufle” existe vraiment. “Raisonner comme une pantoufle” aussi, d’ailleurs.


  • The show must go on • Pleins feux




    Charlie Chaplin a soixante-trois ans lorsqu’il réalise Limelight (Les Feux de la Rampe), et c’est en se rendant en Europe pour présenter le film qu’il décidera de ne pas rentrer aux États-Unis.
    Né à Londres, émigré aux États-Unis au début des années 1910, Charlie Chaplin entretient un rapport ambigu à sa patrie d’adoption: ses héros luttent pour leurs libertés dans une optique chère au rêve américain, mais ils vivent dans la misère ou sont des bourgeois opportunistes et vulgaires. Il avait en outre refusé de s’engager contre le communisme comme il n’avait pas souhaité demander la nationalité américaine: entre autres choses, c’en était assez pour déclencher les foudres de l’administration qui, en pleine guerre froide, se chargeait d’éradiquer toutes les activités dites “anti-américaines”.

    Réflexion sur le comique et l’art de l’acteur, Les Feux de la rampe est sans doute l’un des films les plus poignants de Chaplin qui interprète un clown déchu devenu incapable de faire rire. Le théâtre dans le théâtre et le music-hall dans le cinéma pénètrent dans l’intimité des artistes et la scène entre Charlie Chaplin et Buster Keaton rappelle les sommets du film muet.

    Gerold Schumann, le metteur en scène de Minetti de Thomas Bernhard, a choisi Les Feux de la rampe pour sa carte blanche au cinéma Le Balzac lundi soir: l’équipe du spectacle lira quelques textes avant de vous laisser découvrir les parallèles entre ces deux portraits de l'artiste en vieil homme.

    Pour voir Les Feux de la rampe, c’est lundi 12 octobre à 20h30 au cinéma Balzac, 1 rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris.
    Et pour Minetti, c’est à l’Athénée jusqu’au 24 octobre!

    Bon week-end à vous et à lundi.


  • Bas les masques! • Pleins feux




     

    Le peintre James Ensor a-t-il réalisé le masque de Minetti comme celui-ci le prétend?

    Tentez de percer le mystère à partir de ce soir à l’Athénée : Minetti se joue jusqu’au 24 octobre.

    Bonne journée à tous!


  • Lustrons ! • Coulisses




    Chaque année, le lustre de la grande salle de l’Athénée descend des cintres pour une révision complète : au cliquetis des pampilles et pendeloques qui s’entrechoquent, découvrez dans une vidéo de trente secondes Marie-Noëlle, Richard et Thomas en train de remettre le lustre à neuf avant le début de la nouvelle saison 2009!

    (Vous n’entendrez malheureusement pas Jean-Noël imitant une vache parce que “c’est incroyable ce bruit, on se croirait dans les alpages!”, mais sachez qu’il l’a fait, et que l’imitation était très réussie)


    Au programme: dépoussiérage au chiffon, lustrage au pinceau, remplacement des ampoules et contrôle des dispositifs anti-panique, ces petites lampes fonctionnant sur batterie autonome et qui évitent que la salle soit entièrement plongée dans le noir en cas de coupure de courant.

    Les plus attentifs devineront également en regardant le plafond d’où j’avais pris ma photo casse-cou du billet SOS de la semaine dernière….

    Ceux qui ne peuvent pas lire la vidéo dans leur boîte mail peuvent aller sur le blog ici ou sur YouTube .


    Bon mardi à tous, et à jeudi pour la première de Minetti !


  • “Le comédien parle” • Perspective




    “On ne tirera pas au clair l’idée de ce métier d’acteur, parce que ce n’est pas une idée claire.”

    Machiniste, accessoiriste, costumier, éclairagiste, peintre, metteur en scène, comédien et directeur de l’Athénée de 1934 à 1951, Louis Jouvet a laissé de nombreux écrits sur sa pratique du théâtre où transparaît toujours une profonde humilité.

    Le comédien parle, mais il ne le fait jamais à son compte: pour Louis Jouvet, l’acteur ne peut être ni penseur ni philosophe, car “il a une façon de penser qui est de sentir haut”.
    Attaché à un texte au point de complètement se l’approprier, le comédien est un faussaire professionnel qui s’empare d’un personnage à son propre bénéfice, et l’égoïsme originel qui le pousse à vampiriser autant le personnage que le texte serait paradoxalement le point de départ de sa sincérité.

    S’il se laisse envahir et porter par ce qu’il joue, le comédien selon Jouvet n’est pas pour autant transformé: la passion connue sur scène ne contamine pas sa vie, et sa solitude à la sortie de la représentation en est encore plus accrue.
    Installé dans le mensonge, il va de l’être au paraître et se rend progressivement compte qu’avant d’être une vocation spirituelle, être acteur est surtout un métier: le théâtre est une discipline, et pour les comédiens “tout doit être suspect sauf le corps”.

    Pour Gerold Schumann, le metteur en scène de Minetti qui commence jeudi à l'Athénée, un grand acteur est d'abord un homme humble; dans cette pièce, Thomas Bernhard brouille justement les pistes entre comédien et personnage et interroge l’art de l’acteur dans ce Portrait de l’artiste en vieil homme: qui joue (à) quoi?

    Bon début de semaine à tous!


    Les citations de ce billet sont tirées de Témoignages sur le théâtre, un recueil de textes de Louis Jouvet paru chez Flammarion.


  • Des sous !!! • Perspective




    “Culture et communication : un budget en forte hausse”, c’est le titre d’un article actuellement en première page du site du Ministère de la Culture.

    En effet, selon les chiffres fournis avant-hier par le Ministère des Finances, le projet de budget pour la Culture progresse de 5% par rapport au projet de loi de finances 2009, soit une hausse de 433 millions d’euros pour l’année 2010.

    Le Ministère de la Culture ayant choisi d’investir tout particulièrement sur l’entretien et la restauration du patrimoine historique, c’est le “programme patrimoine” qui bénéficie le plus de cette hausse de crédit avec une progression de 10%, soit 100 millions d’euros supplémentaires.
    Côté spectacle vivant, 15 millions d’euros supplémentaires avaient été exceptionnellement alloués au secteur pour accompagner le processus de discussion des Entretiens de Valois : cette mesure extra-budgétaire a été consolidée, et la hausse des crédits pour le spectacle vivant s’élève à 0,4%.

    Le Ministère de la Culture n’est pas le seul concerné par cette hausse budgétaire, les Ministères de l’Emploi, de l’Écologie, de la Recherche et de l’Éducation bénéficiant également d’une progression de leur crédit (ce qui n’est pas forcément synonyme de créations d’emplois, la suppression de 16000 postes d’enseignants pour 2010 étant prévue), tandis que le plan de relance géré par le tout nouveau Ministère du même nom s’élève à 33 milliards d’euros.

    Ce projet de budget repose sur un déficit de l’État de 116 milliards d’euros (contre, par exemple, 60 milliards en 2003) avec une dette publique représentant environ 84% du Produit Intérieur Brut.

    Dans le cas du Ministère de la Culture, favoriser le patrimoine correspond à choisir une politique économique d’investissement de l’État au prix d’un déséquilibre des finances publiques afin de relancer l’activité économique et donc les créations d’emploi et la consommation.
    En effet, en particulier selon les théories de l’économiste John Maynard Keynes décédé en 1946, la variation initiale d’un investissement entraînerait un effet final plus important : autrement dit, il existerait un effet multiplicateur qui ferait que l’argent au départ investi par l’État se retrouverait multiplié à ses passages dans le circuit économique. Rénover le château du Haut-Koenigsbourg ou engager des travaux dans le Musée du Louvre créerait ainsi des emplois qui favoriseraient la hausse de la consommation qui elle-même encouragerait l’augmentation de la production.
    Cet effet multiplicateur doit cependant être tempéré par le coût de l’emprunt public (en empruntant de l’argent, l’État est redevable d’intérêts), l’importance de l’importation (importer des produits étrangers freine la production dans le pays concerné) et enfin la tendance des ménages à épargner (l’épargne est considéré comme une fuite parce qu’elle correspond à un revenu non consommé qui n’a donc aucune incidence sur la production).
    L’économie n’étant pas une science mais plutôt liée à des choix bien politiques, notons que l’efficacité de l’investissement et l’effet multiplicateur sont contestés par d’autres économistes.

    Pour connaître le détail du budget du Ministère de la Culture, retrouvez le communiqué de presse du jeudi 1er octobre 2009 ici.

    N’étant pas économiste de formation (on s’en doutait) et ayant l’obligation de faire court, il est possible que j’aie commis quelques approximations. Que les économistes n’hésitent pas à apporter leurs précisions!

    Bon vendredi et bon week-end à tous.


  • C’est le paradis! • D'hier à aujourd'hui




    Je vous l’avais expliqué en novembre dernier (certes, cela date, et je ne vous en voudrais pas si votre mémoire vous faisait défaut : pour les non-souvenants et les nouveaux arrivants, rendez-vous au billet du 19 novembre 2008 ici), l’actuel Athénée est en fait un petit morceau d’un immense théâtre, l’Eden (ou Grand Théâtre), partiellement démoli à la fin du 19e siècle.

    L’art français du 19e siècle en général aimait souvent faire grand, multiplier les références au passé occidental mais également tenter quelques emprunts à la culture orientale, essor du colonialisme oblige: dans une petite pièce située au-dessus de la grande salle de l’Athénée, on trouve ainsi quelques traces du décor de la salle dite “indienne” de cet Eden Théâtre aujourd’hui presque disparu.




    Au-dessus de la grande salle, l’armature du lustre.

    Et tout autour, quelques emprunts (ou supposés tels) à ce que l’on croyait être l’art oriental:





     

    Cet ancien salon indien est aujourd’hui essentiellement occupé par l’armature du lustre de la grande salle et sert également de dépôt de projecteurs et autres ampoules. 

    Pour y accéder de la grande salle, il faut passer par une porte située en galerie sur laquelle est inscrit : EDEN - SANS ISSUE.

    Bonne journée à tous et à la semaine prochaine pour le début de Minetti!


  • SOS • La corde verte du lapin qui siffle




    En droit français, le code de la construction et de l’habitation stipule, entre autres, que les établissements recevant du public sont dans l’obligation de permettre l'évacuation rapide et en bon ordre de la totalité des occupants, en particulier en cas d’incendie.

    Avant que la nouvelle saison de l’Athénée commence avec Minetti à partir du 8 octobre, l’équipe technique du théâtre s’emploie donc à contrôler et éventuellement réparer les dispositifs de signalisation ou d’anti-panique : ici, Jano et Thomas se chargent d’une lampe indiquant une sortie de secours.



     

    Vous saurez bientôt d’où j’ai pris cette troisième photo, qui m’a par ailleurs rappelé combien je détestais l’escalade.


    PS : contrairement à une idée répandue, SOS ne signifie pas “Save our souls” (“sauvez nos âmes”) ni “Save our ships” (“sauvez nos bateaux”) : il s’agit en fait d’une transcription possible du signal morse …---… choisi comme appel international de détresse à l’article XVI du règlement de service annexé à la Convention radiotélégraphique internationale conclue en 1906. Le signal a été choisi parce qu’il était facilement identifiable même en cas d’interférence, et sa signification “Save our souls” n’a été donnée qu’a posteriori.
    SOS est également employé pour désigner un phénomène de réparation génétique erronée, mais mes compétences s’arrêtent là...

    Bonne journée!


  • Bonjour chez vous • Coup de théâtre




    Bonjour à tous, et bienvenue à ceux qui n’étaient pas inscrits au blog de l’Athénée la saison dernière.

    Comme l’année dernière, je vous écrirai tous les jours (sauf le samedi et le dimanche, j’essaie d’avoir une vie personnelle) pour vous offrir une chronique des coulisses de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet : photos de répétitions, vidéos de montages techniques, entretiens avec les artistes, réflexions sur les œuvres, notes sur la politique culturelle, devinettes ou anecdotes sur l’Athénée et le monde du théâtre seront ainsi et entre autres votre pain quotidien jusqu’en fin juin.

    Toujours comme l’année dernière, mes écrits vous seront envoyés par courriel et seront également publiés sur le site du blog à l’adresse http://blog.athenee-theatre.com. Vous pourrez y retrouver les billets classés par catégories et surtout m’y écrire vos commentaires, remarques, questions, réponses et critiques.

    Je vous dis donc à demain pour le vrai redémarrage du blog, et au 8 octobre pour la première de Minetti de Thomas Bernhard à l’Athénée.

    Sinon vous, ça va ?

    Bon lundi à tous !