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Comment l'opérette est redevenue cool

Une interview de Benjamin El Arbi et Mathieu Franot fondateurs des Frivolités Parisiennes dans l'Officiel par Célestine Fanguin.



Clarinettiste, bassoniste, vous êtes tous les deux issus de formations "académiques". En fondant Les Frivolités Parisiennes, vous cherchiez à vous démarquer ? 

Mathieu Franot : Est-ce que c’était calculé ? Je ne sais pas. La musique qu’on joue reste quand même de la musique classique, même si on gravite cette saison dans la sphère Années Folles, à la limite du premier swing français… La genèse des Frivolités Parisiennes, c’est d’abord la passion d'un répertoire qu’on connaissait sans le connaître. Avec Benjamin, on s’est retrouvés face à une mine d’or : plein de très belles choses n’avaient encore jamais été interprétées.

La musique dite "légère", pour vous, c'est inné ou acquis ?

Mathieu Franot : Il y a une dizaine d’années, on bourlinguait avec une troupe de chanteurs amateurs, Les Tréteaux Lyriques. Elle comptait parmi les rares formations, à l’époque, à défendre ce répertoire sur plateau. On a découvert cette musique en la jouant, tout comme l’euphorie qu'elle soulève chez les interprètes et le public. Très vite, Benjamin et moi avons voulu recommencer. On se levait en pensant à ça, à réunir des musiciens et des chanteurs autour de cet univers.

Plus qu’un orchestre, vous projetiez donc de créer une troupe ?

Benjamin El Arbi : Le mobile premier, c'était l'envie de se retrouver entre amis, avec des artistes qui avaient envie de jouer et de faire ça bien. Le côté "troupe" découle du répertoire mais aussi du discours, parfois juste léger, parfois sarcastique. Ça résonne presque "Groland" ou les "Guignols de l’info". À nous, musiciens, chanteurs, de souligner voir d'exacerber les turpitudes de l'âme humaine.

Être frivole, ça signifie quoi ?

Mathieu Franot : La frivolité, c’est aussi la légèreté... qui renvoie à toute cette terminologie un peu sexuelle de moquerie, de caricature. Beaucoup de nos spectacles éveillent un imaginaire lié aux cabarets parisiens du début du 20e siècle. Une époque d’émulation artistique, tant pour la poésie que pour la musique, la peinture. Une époque où l'on vivait grisés par le champagne. 

À qui vous adressez-vous ? 

Benjamin El Arbi : Notre public a évolué depuis la création de la compagnie en 2012. Au début, on fédérait du "mélomane curieux" qui va à l’Opéra Comique mais qui écoute aussi des émissions spécialisées sur France Musique. Et puis, par notre choix de répertoire, notre état d’esprit, notre dégaine aussi, l'audience s'est élargie. L'entrée des Années Folles à notre setlist a aidé : le "jazzy", ça parle aux gens. Les livrets sont des tableaux critiques d’une société qui nous ressemble plus. 

Vous êtes actuellement dans la fosse de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet…

Benjamin El Arbi : Oui, avec Le Testament de la tante Caroline, une opérette d’Albert Roussel composée sur un livret de Nino. Le pitch ? Une riche tante décède et laisse un héritage. Trois nièces vont espérer tirer leur épingle du jeu et rafler la mise. Sauf que la tante Caroline a posé une condition, et pas n'importe laquelle, au dit testament...

Si vous pouviez voyager dans le temps, vous choisiriez ?

Mathieu Franot : Notre époque. Il faut assumer et contribuer à son temps. C'est trop facile de se reposer sur l'adage "C’était mieux avant."

Le Testament de la tante Caroline, jusqu'au 13 juin à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet.